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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Olivier corbière

Autres informations / 11.06.2012

Olivier corbière

L’élèveur

de Saônois est revenu sur la polémique qui s’est installée, après son succès

dans le Prix du Jockey Club (Gr1), tout en précisant qu’il ne vise pas JDG dans

ses propos. Devant la polémique que je déplore et qui semble vouloir

s’installer autour du "Jockey Club" et de la victoire de mon élève

Saônois, je voudrais quand même exprimer mon opinion. Petit éleveur - C’est

tout à fait vrai. Je le suis par le physique et par le nombre de mes

poulinières : une douzaine dont 50 % vouées à l’obstacle. Pour ma défense, je

dirais que mon pedigree personnel a pas mal de caractères gras si on remonte

aux deux générations qui m’ont précédé. Selon une expression typiquement

normande, je suis "racé pour". Je ne suis pas un néophyte : mon haras

s’étend sur une surface de 145 hectares à Nonant-le-Pin sur les meilleures

terres d’élevage de chevaux de France. Saônois tient sa force du terroir et de

ses origines maternelles très solides. Sa mère a couru cinquante fois en

province pour accumuler 140.000 € de gains. Je suis aussi un éleveur un peu

atypique, un peu paysan, car j’ai un troupeau de soixante vaches salers et un

autre de cent cinquante brebis. J’aime aussi beaucoup élever les chiens

labrador. Petit entraîneur - C’est vrai. Jean-Pierre Gauvin est peut-être un

peu moins gros que moi mais il est très grand par son intelligence, son

courage, son savoir-faire et sa modestie. Je le connais depuis ses débuts et il

a déjà entraîné beaucoup de bons chevaux venant de mon haras. Petit jockey -

C’est normal puisque c’est un jockey mais il a un très gros potentiel. Malgré

sa jeunesse, il a monté Saônois à la perfection. Petit propriétaire - C’est

vrai aussi. Monsieur Treyve est boulanger, une profession très respectable. Je

lui ai vendu Saônois 10.000 €. C’est un homme très sympathique, très grand par

son amour des chevaux et sa sportivité. Il a refusé beaucoup d’argent de son

cheval car il y croyait et il est récompensé. Saônois, petit cheval - C’est

vrai. Il ne mesure qu’un mètre cinquante-six, mais c’est un géant par son

mental, son courage, son physique d’athlète musclé, sa faculté de récupération

et sa gentillesse. Je le savais déjà avant de le vendre car à l’herbage, dès sa

jeunesse, il voulait toujours dépasser ses petits camarades. De plus,

pratiquant chez moi un élevage artisanal axé sur les courses, on habitue les

chevaux à passer dans les trous de souris en leur montrant beaucoup de choses,

dès leur plus jeune âge. Il ne craint pas les moutons, les vaches salers aux

grandes cornes, les chiens et les sangliers qui passent souvent dans les prés.

Il est aussi habitué au grand air, à la pluie, au froid et au soleil.  Sa nourriture est saine, convenant à un

herbivore : avoine, orge, foin récoltés sur ma propriété avec des minéraux

adaptés mais très peu de granulés du commerce. Petit "Jockey club" -

Je ne sais pas. Je ne suis pas dans les instances dirigeantes du galop qui

décident de ces choses-là. Je dis simplement que cela aurait été préférable de

laisser les choses comme elles étaient auparavant. Saônois aurait tenu 2.400m.

En ce qui concerne la course, je pense qu’elle a été très belle. Saônois est

sur la brèche depuis le 20 novembre 2011. Il avait déjà montré tout son talent

auparavant. Les autres n’avaient qu’à l’imiter après tout. On a dit que son

adversaire, Saint Loup, était le vainqueur moral du Prix La Force. Pourquoi

n’est-il pas venu prendre sa revanche dans le "Jockey Club" ? En

conclusion, je pense que tout est petit dans cette histoire, surtout les

commentaires éclairés de certains. La polémique est stérile. Par contre,

l’histoire est très belle : c’était la victoire de la France profonde, la

vraie. La marseillaise sur le podium, c’était très beau. Une histoire

susceptible de susciter de nouvelles vocations dont les courses ont besoin. La

bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. Seul Saônois peut répondre

dans l’avenir à toutes ces interrogations.