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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Pour une contre-reforme du "jockey club

Autres informations / 08.06.2012

Pour une contre-reforme du "jockey club

PAR

DAVID POWELL, PROPRIETAIRE ET ELEVEUR

Dès la

semaine qui a précédé le Prix du Jockey Club, notre quotidien a foisonné

d'interventions de journalistes, turfistes et jockeys, mettant en cause la

nouvelle distance, confirmant par là même le beau consensus qui a toujours

existé contre cette mesure qui fut imposée de manière arbitraire à la

profession. J'ai apprécié la qualité des articles et billets, et notamment un

titre éditorial ou il était question de "rois" et de

"princes", manière concise d'illustrer le souci. La course elle même,

et le contraste avec celle d'Epsom, a bien évidemment confirmé ces mises en

garde et réserves. Ma position sur la question est bien connue, je ne demande

donc qu'à commenter ou complémenter ces articles. On souligne à juste titre que

le programme préparatoire est devenu anarchique, mais c'est justement à cause

du raccourcissement de la distance, de l'épreuve qui devrait être la

"finale", et qui n'est devenue qu'une préparatoire de plus, un

"euroLupin" comme j'avais écrit à l'époque, qu'il est compliqué de

rédiger une filière d'approche en ce qui concerne les dates, les distances,

etc., car on est toujours dans la mauvaise foulée. Par contre je n'ai jamais

été d'accord avec la théorie selon laquelle 2.100m "économisent les

organismes" davantage que 2.400m : ce qui abîme les chevaux, c'est de les

courir contre leur aptitude, et notre race a été forgée par une sélection sur

les vrais Derbies, c'est à dire des classiques courus début juin sur la

distance… classique. Il est absurde de dire qu'il est nuisible pour les chevaux

d'effectuer ce pour quoi ils ont été sélectionnés depuis trois siècles ! Il

suffit de consulter la liste des protagonistes principaux du "Jockey

Club" avant et après le "raccourcissement" pour voir que les

vainqueurs "rois classiques" ont bien mieux confirmé que les

"princes du 2.100" ... « Puisque le premier vainqueur de "Jockey

Club à 2.100" en a produit un autre, la nouvelle formule est une réussite

» : c'est ce que certains ont voulu faire valoir et, à ce moment, j'avais déjà

noté dans JDG qu'il s'agissait d'une lapalissade, car les chiens ne font pas

des chats et les aptitudes se transmettent... Vous pourrez courir l'épreuve sur

1.000 ou 4.000m, son vainqueur aura toujours une meilleure chance de produire

un gagnant sur la même distance. Par contre on remarquera cette année que

Chichicastenango, deuxième sur 2.400m, a déjà produit deux vainqueurs sur

2.100m, et que Montjeu, père d'un quatrième gagnant du Derby, avait remporté un

"vrai Jockey Club". J'avais aussi écrit que la pléthore de partants

n'était guère un argument en faveur de la nouvelle formule : pour reprendre la

belle phrase du pronostiqueur « c'est devenu un handicap à poids égal », ou

celle de son collègue, « plus les lots sont fournis, plus la grande classe fait

défaut »: si autant de chevaux tentent leur chance, c'est plutôt signe que les

lots sont moins relevés, et la course plus ouverte, que le contraire : le

"Jockey Club" n'est plus un classique, on a réussi a en faire un

Quinté de luxe. Bravo. Le "Grand Prix du 14 juillet" n'ayant pas

réussi à s'imposer comme tel (les journalistes ont bien énuméré les raisons,

date, terrain, chaleur, qui auraient dû être évidentes pour tout homme de

cheval), il n'y a plus de "Derby français", ce qui est tout de même

fâcheux, et je suis d'accord avec un turfiste avisé, que bientôt les instances

internationales nous contesteront le label Gr1 du "Jockey Club", voir

celui du Grand Prix de Paris, si on laisse la situation perdurer.. Celui-ci

reproche aux professionnels de ne pas avoir suffisamment combattu cette

"réforme" à l'époque, mais dois-je rappeler qu'une grande majorité

d'entre nous ont opposé une résistance farouche et courageuse, au risque de

représailles, à cette mesure qui a été adoptée de manière arbitraire, et on se

demande comment, "contre la volonté du peuple" .... Je suis heureux

qu'aujourd'hui le même consensus contre cette aberration est devenu unanimité,

et la manière dont elle a été imposée justifie d'autant plus une

"contre-réforme," pour « revenir dans le droit chemin, ne serait-ce

que pour être pris aux sérieux par les Anglais » (je cite une belle phrase qui

n'est pas de moi)... mais justement, il faudra renégocier cela avec nos amis

outre-Manche, qui furent à l'époque médusés, mais pour certains trop heureux,

par l'auto-sabordage du programme français, qui en faisait un "circuit

bis" pour les autres programmes européens : seront-ils d'accords pour que

la France reprenne sa place dans le concert des nations hippiques ?