« un signe d’espoir, mais en aucun cas une volonte de fermer l’elevage français »

Autres informations / 27.06.2012

« un signe d’espoir, mais en aucun cas une volonte de fermer l’elevage français »

Philippe

Jeanneret, élu au sein du conseil d’administration de France Galop, Président

du comité de Basse-Normandie et membre des P.P., a été l’un des artisans de la

réforme des primes annoncée lundi dernier. Il a souhaité revenir sur la genèse

de cette réforme et sa finalité.

JOUR DE

GALOP. – POUVEZ-VOUS REVENIR SUR LA GENESE DE LA REFORME DU SYSTEME DE PRIMES

ANNONCEE LORS DU DERNIER CONSEIL D’ADMINISTRATION DE FRANCE GALOP ?

Philippe

Jeanneret. – Avant tout, il faut rappeler que nous sommes dans un mouvement

associatif, et qu’à ce titre, nous nous devons d’écouter tous les acteurs de la

filière, à la fois ceux qui sont au sommet de la pyramide et ceux qui en

constituent la base. Nous avons donc commencé par cette phase d’écoute, qui a

fait émerger une demande forte d’évolution, face à différentes préoccupations,

comme la faiblesse du parc étalon français, le nombre important de juments qui

partent à la saillie à l’étranger, et les difficultés des éleveurs à

rentabiliser leurs entreprises. D’autre part, nous ne voulions pas occulter la

vocation première de l’élevage, qui est l’amélioration de la race, et qui passe

donc par l’utilisation des meilleurs étalons disponibles. Il fallait à la fois

raffermir les règles des assimilations, pour éviter les quelques abus

existants, tout en consolidant la dimension internationale de notre élevage,

que nous ne voulions surtout pas fermer aux meilleurs courants de sang

étrangers. Ce long débat a débouché sur cette prime à l’éleveur à deux

vitesses, selon que le cheval ait été conçu ou non en France. Les sommes en jeu

restent assez modestes par rapport au volume total distribué – une enveloppe

globale de 15,557 millions pour les primes à l’éleveur, à comparer aux 140

millions d’allocations et primes propriétaires en 2011 –et on ne peut pas

parler de révolution, mais plutôt de microévolution. C’est surtout un signe

d’espoir, une impulsion que l’on veut adresser aux éleveurs français, et qui

vise aussi à faciliter l’arrivée de nouveaux étalons en France. Un "fonds

étalons" va voir le jour. Nous devions prendre en compte les aspirations

des petits comme des grands éleveurs, trouver un équilibre. En aucun cas, nous

ne voulons fermer l’élevage français, mais nous souhaitons redonner du moral

aux éleveurs français, dont nous avons absolument besoin pour générer les

partants de nos courses.

L’AUTRE

CHANGEMENT IMPORTANT CONCERNE LES PRIMES PROPRIETAIRES…

Nous

avons constaté que la surprime de 75 % pour les 2ans n’avait eu que peu

d’impact. Elle aurait même eu tendance à mettre certains poulains dans le

rouge, pour toucher cette manne. En étudiant la réalité économique des

propriétaires, et la façon dont ils rentabilisaient leur écurie, il nous a

semblé plus productif d’établir un même taux pour les chevaux de 2, 3 et 4ans,

l’âge auquel un cheval devient réellement rentable. La hausse de la prime pour

les 4ans, qui passe de 48 % à 64 %, va dans ce sens. Elle sera loin d’être

négligeable dans le compte d’exploitation d’un propriétaire. La baisse de la

prime pour les "5ans et plus" vise à accélérer le renouvellement des

effectifs. Elle va de pair avec une réflexion sur le programme, avec la

réévaluation progressive de la valeur de base des handicaps. Il faut inciter

les propriétaires à renouveler leur cheptel et investir dans les jeunes

chevaux, plutôt que de conserver des chevaux âgés dont la valeur trop faible ne

permet pas la rentabilité. Ces évolutions sur les primes à l’éleveur et au

propriétaire se font à masse constante. Nous avons gardé les grands équilibres,

en cherchant à ne pas dépenser plus. QUE REPONDEZ-VOUS AUX CRITIQUES QUI

COMMENCENT A AFFLUER ?

Je suis moi-même

éleveur-vendeur, et je ne pense pas que l’impact des primes à l’éleveur soit

déterminant lors de la vente de nos produits. Pour ma part, ce n’est en tous

cas pas ce système qui m’incite à présenter un poulain au mois d’août. Aller à

un étalon étranger, c’est un choix personnel et économique, parce que l’on

espère en retirer une plus-value plus importante, grâce au travail et à

l’investissement consenti. Mais la refonte des primes propriétaires peut

encourager à garder les chevaux pour les faire courir. Je ne pense donc pas que

l’on va modifier les équilibres d’un système qui reste très attractif. Les

évolutions annoncées ne méritent pas cette lutte intestine qui se dessine. Il

faut savoir raisonner de façon globale, pour le bien commun et pour l’avenir de

la filière. C’est ce qu’a fait de façon courageuse et efficace Bertrand

Bélinguier lors du conseil d’administration de lundi à l’issue duquel il a

obtenu un large consensus. La question suivante, à laquelle nous allons nous

attaquer, est celle du programme qui doit compléter notre démarche.