La valeur de notre elevage n’est pas mise en peril par ces nouvelles mesures pierrick rouxel (haras de maulepaire), membre du comite du syndicat des eleveurs

Autres informations / 06.07.2012

La valeur de notre elevage n’est pas mise en peril par ces nouvelles mesures pierrick rouxel (haras de maulepaire), membre du comite du syndicat des eleveurs

 « Dans la polémique relative à la nouvelle

donne pour l'attribution des primes, je pense qu'il est temps de laisser de

côté les réactions sur le vif, de garder la tête froide et d'examiner les

faits. Les propositions du Syndicat des éleveurs, travaillées et avancées par

la commission des primes, puis votées à une forte majorité lors du comité

spécialement dédié à ce sujet, n'ont pas été retenues au final par le conseil

d'administration de France Galop. La raison m'en semble simple : le message du

Syndicat des éleveurs a été brouillé et rendu inaudible, à cause des stratégies

dissidentes de certains membres du comité, partisans du "surtout ne

changeons rien" qui, s'étant affranchi du processus démocratique du vote

du comité, ont tenté d'imposer le poids de leur influence aux instances

dirigeantes de France Galop. Finalement, les lignes ont bougé, et que faut-il

en retenir ? Les décisions du conseil d'administration de France Galop

ont-elles permis de tracer une improbable ligne d'équilibre entre les

revendications, diamétralement opposées, des partisans du protectionnisme à tout

crin, et celles des tenants d'une ouverture toujours plus laxiste du système

des primes ? Il semble bien que la gageure ait été tenue. Les primes

propriétaires restent attribuées à l'ensemble des chevaux "FR" et

assimilés, qu'ils soient conçus ou non-conçus en France. Voilà qui ne peut que

rassurer les agences de ventes et les éleveurs-vendeurs, cette prime ayant le

même impact attractif aux yeux des acheteurs que dans le système actuel. Le

nouveau taux constant de 64 %, applicable jusqu'à l'année de 4ans incluse,

permet aux écuries des grands éleveurs-propriétaires, qui valorisent

majoritairement leurs effectifs à 3 et 4ans, d'augmenter de façon significative

leurs espérances de gains dans ces classes d'âge, avec un différentiel de 16

points en faveur des 4ans. Il faut donc en déduire que la mesure qui a

"fâché" les grands consortiums d'élevage, entraînant des démissions

regrettables d'un Syndicat où ils avaient toute leur place, est la différence

de primes à l'éleveur entre les "conçus" et les "non-conçus",

de 5 points en la faveur des premiers. S'il est vrai que chaque éleveur doit

être libre de pouvoir choisir pour chaque jument, un étalon au potentiel

améliorateur, où qu'il soit stationné, force est de constater que les portes

des établissements de ventes se font de plus en plus étroites pour les produits

issus d'étalons stationnés en France. Chaque année, le fossé commercial se

creuse un peu plus entre les "conçus" et les "non-conçus" ;

chaque année, les juments sont plus nombreuses à s'expatrier temporairement

pour être saillies à l'étranger, au grand dam des étalonniers français, qui

voient les opportunités de réussite de leurs étalons diminuer d'autant. Ces

quelques points d'écart dans la prime aux éleveurs ne vont sans doute pas

inverser la tendance, mais vont redistribuer une valeur ajoutée aux éleveurs de

bons chevaux "nationaux", et corriger un tant soit peu des écarts

commerciaux très pénalisants pour bon nombre de petits et moyens éleveurs.

N'oublions pas que la valeur de notre programme de sélection des courses en

France n'est rendue possible financièrement que par l'apport de recettes

générées par l'ensemble des courses de niveau D et en-dessous, dont les acteurs

sont majoritairement conçus sur notre sol. Non, je ne crois pas que la valeur

intrinsèque de notre élevage soit mise en péril par ces nouvelles mesures,

comme j'ai pu le lire parfois. Je ne crois pas qu'elles puissent être

qualifiées d'iniques, ou dangereuses. Je crois surtout qu'il faut en toute

chose raison garder... Ayons toujours à l'esprit que les bons chevaux naissent

partout, en France comme à l'étranger, dans les petits, les moyens et les

grands élevages, et qu'on n'a pas le droit, dans ce métier hasardeux et

merveilleux qui est le nôtre, de n'agir que pour nos propres intérêts, sans

mettre en péril ce fragile équilibre qui donne toute sa valeur à l'élevage, et

dont le Syndicat des éleveurs est le reflet dans sa diversité. »