L’elevage "aga khan" dynamise par l’elevage "lagardere" par guy thibault, historien des courses

Autres informations / 04.07.2012

L’elevage "aga khan" dynamise par l’elevage "lagardere" par guy thibault, historien des courses

La

victoire de Valyra a non seulement permis à S.A. Aga Khan de remporter sa

septième victoire dans le Prix de Diane –dépassant ainsi le score de six succès

acquis par Auguste Lupin entre 1845 et 1886 –, mais aussi de se réjouir, une

fois encore, de l’acquisition en 2005 de tout l’effectif de feu Jean-Luc

Lagardère. Héritier brusquement en 1960 d’un élevage – bâti à grands frais par

son grand-père, le prince Aga Khan III, après la Première Guerre mondiale –

bénéficiant alors d’une renommée universelle, le prince Karim Aga Khan s’est

rapidement révélé un très habile gestionnaire de ce patrimoine équin. Il a su

introduire dans la jumenterie familiale du sang nouveau– double signe de

modestie et d’habileté. D’abord en octobre 1977 avec l’achat de 83 chevaux

provenant de la succession de Mme François Dupré ; parmi eux, le yearling Top

Ville, futur lauréat du "Jockey Club". Puis, en juillet 1978,

acquisition de 144 chevaux de Marcel Boussac, dont Acamas, fraîchement

vainqueur du "Jockey Club". Enfin en avril 2005, reprise de la totalité

de l’effectif de Jean-Luc Lagardère, soit 188 chevaux (dont l’étalon Linamix)

et deux haras, Ouilly et le Val Henry. Si l’on consulte le palmarès des courses

de Gr1 gagnées depuis l’année 2005 à ce jour par les chevaux portant les

couleurs du prince Karim Aga Khan et de sa fille la princesse Zahra, on

dénombre vingt-trois sujets ayant remporté trente-sept épreuves au plus haut

niveau. Ils se répartissent ainsi d’après la provenance de leur souche

maternelle : 10 Lagardère avec 11 victoires, 7 Aga Khan avec 15 victoires, 4

Boussac avec 6 victoires, 1 Dupré avec 3 victoires et 1 différente (Zuylen)

avec 2 victoires.

Le

détail de ce palmarès est instructif.

Lagardère

: Valirix (2001, Ispahan, Queen Anne Stakes 2005), Vadawina (2002, Saint-Alary

2005), Carlotamix (2003, Critérium International 2005), Sageburg (2004, Ispahan

2008), Montmartre (2005, Grand Prix de Paris 2008), Varenar (2006, Forêt 2009),

Rosanara (2007, Marcel Boussac 2009), Siyouni (2007, Grand Critérium 2009),

Sagawara (2009, Saint-Alary 2012) et Valyra (2009, Diane 2012).

Aga Khan

: Kastoria (2001, Irish St Leger 2006), Shawanda (2002, Irish Oaks, Vermeille

2005), Shamdala (2002, Gran Premio di Milano 2006), Mandesha (2003, Astarté,

Vermeille, Opéra 2006), Zarkava (2005, Marcel Boussac 2007, Poule Essai, Diane,

Vermeille, Arc 2008), Alandi (2005, Irish St Leger, Cadran 2009), Shalanaya

(2006, Opéra 2009).

Boussac

: Darsi (2003, Jockey Club 2006), Darjina (2004, Poule Essai, Astarté, Moulin

de Longchamp 2007), Daryakana (2006, Hong Kong Vase 2009), Behkabad (2007,

Grand Prix Paris 2010).

Dupré :

Sarafina (2007, Saint-Alary, Diane 2010, Grand Prix Saint-Cloud 2011).

Zuylen :

Azamour (2001, Prince of Wales’s, King George VI 2005).

Une

remarque s’impose. Pas de lauréat de Gr1 issu de souche "Aga Khan"

depuis la génération 2007, alors que les souches "Lagardère" en ont

fourni chaque année de 2001 à 2009 à l’exception du millésime 2008. Preuve que

l’achat de l’effectif Lagardère se révèle capital aujourd’hui dans l’élevage du

prince Karim Aga Khan, devenu un ensemble de très haute qualité sans pareil

présentement dans le monde du pur sang. C’est pourquoi il me semble aujourd’hui

opportun de rappeler quelques principes suivis par Jean-Luc Lagardère pour la

création de son élevage. La sélection s’opère par la vitesse et non par

l’endurance, un constat que n’oubliera jamais Jean-Luc Lagardère qui fait

preuve aussi d’une très grande patience et de persévérance, le niveau classique

n’étant atteint qu’une vingtaine d’années après les premières acquisitions de

femelles destinées au haras. Les deux premières victoires classiques – celle de

Resless Kara (Prix de Diane 1988) et celle de Linamix (Poule d’Essai 1990)

–rendent toutefois justice à ses premières acquisitions, les deux élèves ayant

respectivement pour grand-mères Reine des Sables, achetée yearling à Deauville

en 1967, et Lutine, provenant de Newmarket en 1969 à 3ans. À l’égard de

Linamix, boudé par les éleveurs, il était animé de la foi du charbonnier, lui

présentant annuellement une trentaine de ses poulinières. Cette confiance

immense accordée par Jean-Luc Lagardère à Linamix – qualifiée de suicidaire par

certains – a été justifiée au-delà de ses espérances. Il s’est montré l’étalon

améliorateur par excellence, fournissant à ses produits l’ultime accélération

(faite de vitesse, de vigueur et de volonté de vaincre), cette arme décisive en

fin de parcours,  qu’il soit de 1.600m

(Miss Satamixa, Prix Jacques Le Marois 1995), 2.000m (Slickly, Prix de Paris

1999), 2.400m (Sagamix, Arc de Triomphe 1998) et 3.100m (Amilynx, Prix

Royal-Oak 1999 et 2000). Sa victoire dans "l’Arc", Sagamix la doit à

son père Linamix et à sa mère Saganeca, acquise en janvier 1994 à Keeneland

pour 165.000 $ par Éric Puérari pour Jean-Luc Lagardère. En effet celui-ci

n’avait de cesse d’introduire chaque année une poulinière étrangère dans son

élevage pour renouveler la jumenterie. À ses mandataires, des instructions : la

présence d’un lauréat de Gr1 dans les deux premières générations du pedigree,

l’origine devant convenir à Linamix et le prix restant raisonnable, n’excédant

généralement pas 1 million de francs. Achats privilégiant les marchés

étrangers. C’est ainsi que les reproductrices venant d’Amérique procureront à

l’élevage Lagardère neuf vainqueurs de quinze courses de Grs1, et celles venant

d’outre-Manche trois lauréats d’autant de Groupes de même niveau. Quant aux

trois autres lauréats de Gr1, ils proviennent des deux juments acquises

initialement, la française Reine des Sables et la britannique Lutine. Au total,

quinze vainqueurs de vingt et une courses de Gr1, c’est-à-dire la crème de la

crème. Disposant ainsi de quatre souches maternelles très différentes

(familiales plus les Boussac, Dupré et Lagardère), cela permet au prince Aga

Khan d’effectuer une grande quantité de cocktails à partir d’ingrédients variés

de très haute qualité. Dans ces cocktails s’exhale une senteur croissante émise

par Linamix. N’est-il pas le père de Carlotamix (2003), le grand-père maternel

de Valixir (2001), Sageburg (2004), Montmartre (2005), Rosanara (2007),

Sagawara (2009), Valyra (2009) et l’arrière-grand-père maternel de Vadawina

(2002) ? Et l’influence du "chouchou" gris de Jean-Luc Lagardère ne

vient-elle pas encore de s’affirmer au Royal Ascot qui a vu dans les St James’s

Palace Stakes (Gr1), la victoire de Most Improved dont la mère, Tonnara, est

une fille de Linamix ?

P.S.

J’apporte mon total soutien à tous ceux qui s’opposent au projet d’implantation

d’une zone de déchets dans la région de Nonant-le-Pin. Une région où le cheval

est roi, et que je connais très bien, ayant passé une année entière à l’école

du haras du Pin. Quand Louis XIV avait décidé de transférer le cheptel du haras

royal de Saint-Léger-en-Yvelines, près de Montfort-l’Amaury – qui s’était

révélé incapable de produire des animaux de qualité –, il avait chargé

François-Gédéon de Garsault de trouver un meilleur emplacement. Au terme d’une

visite en Normandie l’amenant à parcourir le pays d’Auge, la forêt de Brotonne

et le pays du Merlerault, l’enquêteur donna préférence à ce dernier « réputé

pour ses pâturages et ses eaux chargées de chaux et de fer donnant du squelette

aux excellents chevaux qu’on y élevait depuis le Moyen Âge. » Cet avis est daté

de 1715 – trois siècles ! – et Nonant-le-Pin est toujours partie intégrante du pays

du Merlerault.

N.B. Le

président de France Galop, Bertrand Bélinguier, m’a fait remarquer que dans

l’article consacré aux performances en France des chevaux de la reine Elizabeth

II, j’avais oublié de mentionner les trois victoires du sprinter Sharp Prod

portant les couleurs royales. Il avait été témoin de son succès (monté par Cash

Asmussen) le 26 juillet 1992 à La Teste, dans le Critérium du Béquet. Entraîné

par Lord Huntingdon, ce cheval, grand voyageur en Europe, est revenu quatre

fois en France : deux victoires, en 1993 à Longchamp, le Prix du Pin (à

l’époque Listed), monté par Lester Piggott, et en 1995 à Évry, le Prix

Contessina, monté par Olivier Peslier. Entre-temps, en 1994, Sharp Prod avait

obtenu deux places de quatrième dans des Grs3, le Prix du Palais Royal à

Longchamp et le Prix de Seine-et-Oise à "Maisons". Une preuve que le

président de France Galop lit attentivement Jour de Galop !