Chriseti, la genese d’une idole

Autres informations / 08.09.2012

Chriseti, la genese d’une idole

À peine

croyable. Non seulement, Chriseti (April Night) a réalisé un exploit, le 2

septembre dernier, en remportant pour la troisième fois le mythique Grand Cross

de Craon (L) à l’âge de 12ans, avec une facilité déconcertante, et en devenant

ainsi le premier cheval de l’histoire des courses à faire le doublé Anjou-Loire

Challenge (L) – Grand Cross de Craon deux années de suite, mais, en plus, au

retour de son sacre, il y a une semaine, Chriseti n’avait perdu... qu’un seul

kilo par rapport à son poids de forme habituel ! Ce vendredi matin, il avait

déjà repris huit kilos depuis sa course. Nous sommes allés à sa rencontre et

Étienne Leenders, son fidèle entraîneur, nous a raconté son histoire.

L’ALLIER,

UNE BONNE SOUCHE

Chriseti

est né le 2 mars 2000 au Haras de la Rousselière, chez Nelly et Pierre de la

Guillonière, des amis de longue date de la famille Leenders. Son nom n’est

autre que la contraction des prénoms des époux Leenders, Christine et Étienne.

La mère de Chriseti, L’Allier (Rose Laurel), avait été achetée par Étienne

Leenders à Daniel Chassagneux, son éleveur, alors qu’elle n’était encore que

yearling : « Elle avait un physique totalement commun, mais possédait un bon

pedigree, avec Rose Laurel comme père et Devon comme père de mère. C’était pour

moi un bon croisement pour l’obstacle. Elle a eu une carrière de course

honorable. Elle a toujours été chanceuse également. Ce n’était pas une

championne, mais elle avait assez de qualité pour gagner de belles courses en

province. C’est suite à une chute sur l’hippodrome de Saint-Malo que nous avons

décidé de l’orienter vers son nouveau métier de mère », nous raconte-t-il.

L’Allier, qui est devenue poulinière à l’âge de 10ans, n’a produit que six

poulains, dont deux morts très jeunes. Les quatre autres ont été, eux,

d’excellents éléments, amassant plus de 1.130.000 €. Parmi eux, Gondleen (April

Night), lauréat de Listed et placé de Gr2 sur l’hippodrome d’Auteuil, L’Artiste

Français (Art Français), gagnant de Listed en Province, et Kusea (Useful), qui

n’a évolué qu’en plat et qui est désormais poulinière, et bien sûr Chriseti,

dont on ne cite plus le palmarès.

POURQUOI

APRIL NIGHT COMME ETALON ?

April

Night appartient à la famille d’All Ready (Fin Bon), la jument grâce à laquelle

tout a commencé pour Étienne Leenders. « C’est avec elle que j’ai gagné mon

premier Grand Cross de Craon. C’était une formidable jument »,se souvient

l’entraîneur. Ensuite, comme il nous l’a expliqué, Étienne Leenders a toujours

essayé de trouver des étalons "mixtes", alliant vitesse et pedigree

d’obstacle. April Night concordait tout à fait. D’autant plus que l’étalon

stationnait au Haras de la Rousselière, avec lequel la famille Leenders

collabore depuis de nombreuses années.

CHRISETI,

LE PLUS COMMUN DES POULAINS

Contrairement

à ses frères et soeurs qui sortaient de l’ordinaire alors qu’ils étaient encore

sous la mère, Chriseti faisait partie de ces foals « dont on ne parle pas »,

comme nous l'a avoué Christine Leenders, l’épouse de l’entraîneur angevin. « Il

était assez grand et dégingandé lorsqu’il était poulain. Il était vraiment

commun », continue Étienne Leenders. Mais Chriseti était issu d’une bonne

famille, de l’élevage familial qui plus est, et il fallait tenter le coup.

DEBUTS A

L’AGE DE DEUX ANS

C’est à

Senonnes, alors qu’il n’avait que 2ans, que Chriseti débuta sa carrière de

course, monté par Sandrine Boisnier, femme-jockey malheureusement décédée à

Plouescat, en septembre 2003, alors qu’elle exerçait passionnément son métier

de jockey. Ce jour-là, pour l’anecdote, Chriseti terminait à quatre longueurs

de Touch of Land (Landon), entraîné par Henri-Alex Pantall, vainqueur de Gr2

deux années plus tard. Une course pour que Chriseti sache à quoi s’attendre,

comme nous l’a expliqué Étienne Leenders : « À cette époque, j’avais pour

habitude de débuter mes chevaux d’obstacles à l’âge de 2 ans, en plat, dans le

but de leur apprendre ce qu’on allait leur demander plus tard. Puis ils

partaient en vacances pour ne revenir qu’à 3ans. À y réfléchir, peut-être

devrais-je recommencer ?! », s’amuse-t-il.

CHRISETI,

UN RESCAPE DU COULOIR DE LA MORT

À 3ans,

alors qu’il venait de commencer sa carrière d’obstacle en s’imposant sur

l’hippodrome de Dieppe en haies pour sa troisième sortie, et finissant

troisième des reconnus Cyrlight (Saint Cyrien) et Rigoureux (Villez) pour ses

débuts en steeple à Auteuil, Chriseti est victime d’une lourde chute

occasionnant une fracture de la malléole, au niveau d’un jarret. Les

vétérinaires présents sur place le disent condamné et préconisent l’euthanasie.

Impensable pour Étienne Leenders qui nous a raconté : « Lorsque les

vétérinaires m’ont proposé l’euthanasie, je ne l’ai même pas envisagée une

seule seconde. En tant qu’entraîneur, il y a des choses que l’on sent, ou pas.

Il y a des chevaux que l’on sent assez durs physiquement et psychologiquement

pour s’en sortir et passer un cap, et d’autres que l’on ne sent pas capables.

Chriseti, malgré son grand physique à l’époque, faisait partie de ces chevaux

capables de s’endurcir et passer outre la douleur. À croire que je ne me suis

pas trompé. » C’est donc six mois d’immobilisation totale qui ont suivi pour le

jeune champion en herbe. Le temps d’une bonne convalescence et c’était reparti

pour Chriseti. Le cheval avait changé. Il sautait toujours aussi bien, mais ne

finissait plus ses courses. Il n’avait plus le mordant et l’envie que lui

connaissait son entourage avant son accident.

DES

MOMENTS DE DOUTE

Chriseti

ne trouvait plus l’envie de se battre. Sûrement à cause de son jarret qui

continuait de le tourmenter. Étienne Leenders nous a confié à ce sujet : « Il

ne finissait plus, il avait perdu tout courage à la lutte, sans doute à cause

de son jarret qui le rappelait à l’ordre de temps en temps, malgré le fait

qu’il était sorti d’affaire. Il fallait trouver une solution. Nous avons alors

décidé d’arrêter l’obstacle pendant quelque temps. Histoire qu’il reprenne goût

aux courses. Il a couru en plat, puis, quand je l’ai senti revenir bien, nous

l’avons débuté en cross. Et il a gagné ! La gymnastique du cross l’amusait. Il

reprenait du moral à chaque course. Je ne sais pas comment exactement, mais il

avait passé un cap. La carrière de cross qu’on lui connaît a commencé là. »

« COMME

LE BON VIN, CHRISETI SE BONIFIE AVEC L’AGE »

Pour son

cinquième parcours de cross, Chriseti se classe troisième de l’Anjou-Loire

Challenge (L) en 2007, remporté cette année-là par Le Krakatoa (Murmure). Monté

à l’arrière-garde durant ses parcours, il ne progressait que dans les derniers

mille mètres pour ne pas le décourager trop tôt. Mais, au fur et à mesure des

années, Chriseti a passé des caps, comme Étienne Leenders aime l’expliquer : «

C’est comme à l’entraînement, au fur et à mesure des années, il s’est endurci,

a pris de l’expérience, a appris à se gérer. Lorsqu’il revient de vacances,

c’est vrai qu’il est toujours très frais et très allant, mais plus il avance

dans sa préparation, plus il se gère et serait de ceux qui en font le minimum.

Cette année, lors de sa victoire dans le Grand Cross de Craon, c’est pareil.

Ses courses précédentes lui ont fait franchir un cap. Il s’est endurci, il a

continué à prendre de l’expérience et a fait une chose à laquelle on ne

s’attendait pas, c’est-à-dire gagner alors qu’il avait été monté aux

avant-postes. D’autant plus qu’il est le seul cheval à avoir passé les passages

de route en seulement deux foulées, alors que les autres chevaux le font en

trois. Il est comme le bon vin, il se bonifie avec l’âge ! » Non seulement le

champion de cross se bonifie au fil du temps, mais c’est aussi une force de la

nature. En effet, son entraîneur nous a clairement avoué qu’en douze ans,

excepté sa fracture de la malléole, Chriseti n’avait jamais eu un problème de

santé. Problème tendineux, problème au dos, problème articulaire... rien !

C’est simple, Chriseti ne voit le vétérinaire qu’au moment de ses vaccins.

Prise de sang ? Pas besoin. Cela fait douze ans qu’Étienne Leenders côtoie son

champion et il sait quand Chriseti n’est pas en forme. La seule personne qui

est amenée à observer Chriseti pendant sa préparation est son ostéopathe,

Jean-Philippe Gondouin, le frère de Christine Leenders. Une bonne semaine avant

les grosses échéances, Jean-Philippe Gondouin vérifie que « tout est bien en

ligne ».

CRAON,

UNE AVENTURE UNIQUE

Tous les

professionnels, de l’obstacle du moins, vous le diront. Craon est unique, hors

norme. Gagner à Craon, pour un entraîneur, un jockey, un propriétaire ou un

éleveur, c’est quelque chose de vraiment à part. Étienne Leenders en a bien

conscience. Il nous a raconté : « Gagner sur l’hippodrome de Craon est quelque

chose d’unique. C’est une émotion particulière, car, chaque année, cela attire

une foule énorme. Le cross est ma danseuse. Cette année, être l’entraîneur

vainqueur du Grand Cross a non seulement été une fierté et un plaisir personnel,

mais aussi une grande joie quand je vois la reconnaissance qui est rendue à mon

cheval, Chriseti. Nous avons reçu de nombreux témoignages de sympathie, non

seulement envers nous, mais aussi envers lui. Il suscite énormément

d’engouement et c’est cela qui me fait plaisir. Il devient une idole ! »

A QUAND

LA RETRAITE DE CHRISETI ?

Nous ne

pouvions quitter les écuries d’Étienne Leenders sans lui poser LA question.

Jusqu’à quand aurons-nous le plaisir de voir Chriseti relever chaque année un

nouveau défi ? Étienne Leenders s’est montré honnête : « Tout en le respectant,

bien évidemment, quand le record d’Archy Bald (Carmont) sera égalé, voire

dépassé! [Archy Bald fut quintuple vainqueur du Grand Cross de Craon en 1996,

1997, 1998, 1999 et 2001, ndlr]. Il a 12ans. À 13 et 14ans, c’est encore

faisable, à 15ans, cela devient plus dur. Alors nous verrons, c’est lui qui

nous le dira. »

JOËL

BLANDIN : « JE PENSE ETRE UN PROPRIETAIRE CHANCEUX »

Joël

Blandin est propriétaire de chevaux de courses depuis 1987. Cela fait vingt ans

qu’il confie ses chevaux à Étienne Leenders, mais aussi à Guy Henrot. Il se dit

être « un propriétaire chanceux », notamment grâce à Le Montagnard (Saint

Cyrien), entraîné par Guy Henrot, avec qui il a remporté son premier Gr3 en

plat, en 1992, mais aussi grâce à Gondleen (April Night), le propre frère de

Chriseti (April Night), qui lui donna beaucoup de joies sur les hippodromes

d’obstacles parisiens et, bien sûr, Chriseti, qui lui a permis de remporter son

troisième Grand Cross de Craon (L), dimanche dernier. « Ce fut une joie immense

que de remporter notre troisième Grand Cross de Craon. Nous sommes passés par

plein d’émotions ce jour-là, en commençant par le changement de jockey à la

dernière minute, son jockey Wilfrid Denuault s’étant blessé le jour même.

Heureusement, nous sommes tombés sur un jockey d’expérience comme Anthony

Blais. Puis, il y a eu ce déroulement de course auquel nous n’étions pas

habitués en voyant Chriseti partir aux avant-postes dès le début du parcours.

Et enfin, il y a eu ce grand soulagement et cette grande joie au passage du

poteau. C’est un travail de longue haleine, un travail d’équipe. Mon travail à

moi est de faire confiance à l’entraîneur ainsi qu’au jockey. Je suis quelqu’un

qui croit en la fidélité et la patience. Car pour être propriétaire, il en faut

! J’ai toujours fait confiance à Étienne et je trouve remarquable le travail

qu’il a effectué avec Chriseti. Il a cru en lui et a su le ménager comme il le

fallait pour le faire durer jusqu’à aujourd’hui. Il a su être raisonnable,

alors que certains défis étaient tentants, et c’est là que réside également la

performance de l’entraîneur. Chriseti n’a perdu qu’un seul kilo de sa course,

cela signifie vraiment que nous avons affaire à un vrai athlète, qui ne se fatigue

pas malgré l’effort qui lui a été demandé. Chriseti est dans la continuité de

Gondleen pour moi. »