Comment, j’ai mal entendu, vous avez dit « elevage français » ?

Autres informations / 05.09.2012

Comment, j’ai mal entendu, vous avez dit « elevage français » ?

PAR

PHILIPPE DESBOIS, MEMBRE DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’APGO

« Eh

oui, au train où vont les choses, on peut craindre qu’en 2015 ne naîtront dans

nos grands haras que des foals n’ayant que du sang de père et de mère étrangers

pour ne pas dire irlandais ou anglais, seule l’herbe qui les aura nourris sera

française… Parallèlement, dans les courses de Groupe, la presse ne pourra

qualifier de "français" les seuls chevaux entraînés en France !

Remercions JDG de donner une place à toutes les opinions dans cette rubrique de

l’ampoule allumée, nous ayant déjà permis de lire des lignes intéressantes et

de mettre en lumière des points de vue différents enrichissant les débats, sans

attaque personnelle et tout en restant dans le "politiquement correct".

J’ai eu la chance d’avoir un père propriétaire/éleveur qui m’a emmené aux

ventes à Deauville dès l’âge de 15 ans et m’a fait aimer l’élevage et les

courses. Je me souviens qu’en 1975, pour 5.000 francs (800 €) de plus, nous

repartions de Deauville avec Pharly (Lyphard), beau yearling bai brun qui fut

classique et étalon… Également avec ma belle famille je n’ai cessé d’être

acteur dans l’Ouest, élu, engagé et observateur depuis près de 50 ans comme

sans doute certains d’entre vous. Les diverses réactions négatives aux

décisions de France Galop concernant les primes allouées aux éleveurs de 15 à

10 % et de 14 à 15 % équivalent semble t-il à une tempête dans un verre d’eau.

Et quand bien même, si pour certains, incidence il y aurait, il semble que

France Galop a voulu effectuer un juste retour des choses. Lorsque des règles

sont établies pour arriver à un but précis, elles doivent être respectées. Car

rappelons-nous, sauf erreur de ma part, le principe de la "prime

propriétaire" (qui n’a même pas avantagé les propriétaires français par

rapport à leurs homologues étrangers) a été demandée par les éleveurs français

(parfois les mêmes) pour un encouragement en leur faveur, et cette prime a été

établie pour inciter les acheteurs internationaux à acheter des yearlings français

sur les rings de ventes. En aucun cas, pour aider certains à vendre très cher

des produits conçus ailleurs ! La dérive perverse "d’assimilé" venue

plus tard, détourna les règles du jeu et a sans doute participé à amener

l’élevage français là où il est ! En effet à l’époque, yearling français

équivalait à produire français: conçu, né, élevé en France, (étalon stationné

en France). Bien sûr qu’il faut croiser les meilleurs courants de sang pour

améliorer la race et ce n’est pas nouveau, mais, pour prendre deux exemples,

quand Alec Head en 1970 est allé acheter Lyphard yearling aux USA pour la

casaque Wertheimer, qu’il l’a entraîné, en a fait un classique, puis lui a fait

faire la monte en France pour apporter le sang de Northern Dancer, on peut

constater que par cette opération il a apporté beaucoup à l’élevage français.

Par contre, quand cette même casaque va faire saillir Goldikova (IRE) à

Galileo, c’est son libre choix et on peut le comprendre, mais – même sans le

vouloir – elle promeut ainsi malheureusement l’élevage irlandais. De plus,

est-il logique dans l’esprit du but recherché (voir plus haut) que son produit

(s’il est assimilé) ait droit à la "prime propriétaire" à 100 % ? À

ce sujet, notre système de paris en jeu mutuel et de courses reconnu comme le

meilleur au monde, permet de verser quelle somme totale dans une année en

"primes propriétaires" aux propriétaires n’ayant pas de résidence

principale en France? Pourquoi ne pas aller plus loin dans la logique, par

exemple : accorder la "prime propriétaire" à 100 % aux poulains

conçus, nés, et élevés en France, et à 20 % pour les autres? Vous verriez alors

que comme par enchantement notre parc d’étalons s’étoffera et que nos

meilleures juments resteront ici plus souvent ! Ce n’est pas "faire du

franco-français", chacun restant libre de son choix avec les conséquences

qui y sont attachées. Si, comme pour S.A. Aga Khan – et d’autres – qui élèvent

et font courir en prenant les risques de propriétaire, on peut comprendre des «

écarts » pour tenter de produire les meilleurs compétiteurs (trices), cela

paraît moins fondé pour certains éleveurs/vendeurs recherchant trop souvent

d’abord un étalon "à la mode" pour produire un yearling qui (devrait)

se vendre cher, plutôt que de chercher à effectuer des croisements susceptibles

de "faire" un bon cheval de course. Nous produisons pourtant aussi

des chevaux de Groupes en France, les récents Saônois (Chichicastenango),

Cirrus des Aigles (Even Top), Dunaden (Nicobar), No Risk at All (My Risk) pour

ne citer qu’eux, nous le rappellent. Même si les esprits chagrins souligneront

que le premier nommé a couru "à réclamer" et gagné un

"petit" Jockey Club, qu’ils auraient qualifié de "grand" si

le même Saonois avait terminé quatrième derrière les trois grandes casaques,

éleveurs et entraîneurs qu'il a précédés. Pour le deuxième nommé qu’il soit

hongre, pour le troisième lui reprochant ses origines roturières ou pour le

quatrième parce qu’il est entraîné par un entraîneur d’obstacles (un maître

pourtant). Faut-il leur rappeler qu’André Fabre et Jean-Claude Rouget ont

commencé dans cette discipline ? Quand on constatera par ailleurs, qu'un

produit de Montjeu (au hasard !) pourtant acheté très cher est "atteint de

lenteur", on en connaît tous ! Alors qu’à l’opposé un yearling acheté

10.000 € gagnera Listed ou Groupe… La génétique a ses secrets heureusement, et

si, pour prendre un exemple (courant de sang à la mode) on "offrait"

à Anabaa Blue (Jockey Club et très proche parent des suivants) les juments qui

"vont" à Galileo ou à Sea the Stars, qui sait s’il n’en sortirait pas

un crack ? et…. français cette fois. Un des problèmes pour les éleveurs existe

: des yearlings au coût de revient trop cher, leur créant ainsi l’obligation

d’aller chercher même très loin ces acheteurs miraculeux qui, "Oh

miséricorde", au moins leur rembourseront ce coût ! Mais le marché décide

et il faut mieux parfois produire des foals français pour un coût de revient

autour de 20.000 € /40.000 €, ce créneau de prix où il existe beaucoup plus

d’acheteurs français raisonnables, rapport coût/espérance de gains oblige ! Ces

chevaux seront entraînés en France, avec l’espérance de beaucoup de primes

" éleveur" à 15 %. N’oublions pas qu’un yearling, s’il n’est pas

"2ans" se produira sur un champ de courses après avoir coûté à son

propriétaire de 15 à 30.000 € de plus que son prix d’achat ! Ce n’est pas un

hasard si les urnes pour les chevaux "mis à réclamer" n’ont jamais eu

tant de bulletins, même de "rachats" malgré les nouvelles mesures les

pénalisant. Ce sont toujours les acheteurs qui font le marché et chacun sait

qu’il existe moins d’acheteurs de Rolls que de Clios ! Confirmation aux

dernières ventes où les deux derniers jours furent marqués par un nombre de

yearlings réellement vendus des plus faibles. C’est pourquoi les ventes

d’octobre, de décembre d’Arqana et l’Agence Osarus n’ont jamais eu tant leur

raison d’être, de même pour les ventes de 2ans montés. L’équipe d’Arqana se dit

satisfaite du résultat de leurs prospections effectuées très loin de chez nous

pour aller "chercher" de nouveaux "gros" clients, il reste

à espérer qu’à l’avenir avec les mêmes moyens mis en oeuvre, une même réussite

vienne couronner leurs efforts pour aller chercher beaucoup de

"petits" clients qui achèteront les "petits" yearlings pour

la plus grande joie des "petits" éleveurs. Car on le voit bien dans

d’autres domaines, un grand nombre de "petits" clients fait le gros

C.A. et c’est la multiplicité des casaques qui assurera la pérennité des

courses de demain. Je glisse à l’occasion une suggestion innovante aux

statisticiens : en plus de glorifier le "top price" et de classer les

haras suivant leur C.A. (comme si c’était une compétition) à l’issue des

ventes, il serait très intéressant et enrichissant pour ces vendeurs en publicité,

comme pour nous tous en infos, de "sortir" avant les ventes, pour

tous les yearlings vendus à ces mêmes ventes : leur prix d’achat avec leurs

gains en courses 3 ans plus tard, cela aurait au moins le mérite d’encourager

les meilleurs ! Après tout n’est-ce pas cela que l’acheteur attend d’un éleveur

/ commerçant, le rapport qualité / prix ? »