Rencontre avec christophe clément

Autres informations / 14.09.2012

Rencontre avec christophe clément

Présent

à Keeneland pour les ventes, Christophe Clément est revenu pour nous sur son

premier semestre 2012 et sur sa vision des courses américaines, mais aussi

européennes.

JDG. -

QUELLE "ANNÉE" RÉALISEZ-VOUS JUSQU’À PRÉSENT?

Christophe

Clément. - En termes de gagnants, les résultats sont bons, avec soixante-dix

victoires, dont quinze de Stakes. Mais, en termes de gains, c’est un peu moins

bien, car je manque d’un fer de lance comme l’était Gio Ponti.

COMMENT

S’ORGANISE VOTRE ÉCURIE ?

Du 15

avril au 1er décembre, nous sommes à New York, avec trente-six chevaux sur le

site de Belmont, et trente autres à Saratoga. Puis, à partir du 1er décembre,

nous déménageons à Payson Park, un centre d’entraînement situé en Floride. J’ai

donc un effectif de soixante à soixante-dix chevaux, ce qui me convient bien,

alors que beaucoup de mes collègues ont entre cent et deux cents chevaux. Cet

effectif me permet de me situer dans le top ten des entraîneurs de New York.

Évidemment, pour que tout cela fonctionne, j’ai des assistants dans chacun de

ces centres, dont deux Français, Christophe Lorieul, qui est mon assistant

principal et travaille avec moi depuis plus de quinze ans, et Thomas

Brandebourger, qui est là depuis trois ans. J’ai toujours eu des jeunes

stagiaires. Quand j’avais leur âge, j’ai eu la chance que l’on me forme à mon

métier, et j’essaie de faire la même chose.

AVEZ-VOUS

TOUJOURS BEAUCOUP DE CHEVAUX FRANÇAIS ?

J’en ai

beaucoup moins, sans que je sache vraiment pourquoi. Actuellement, j’ai Barocci

(Deep Impact), pour la famille Wildenstein, et Right One (Anabaa), pour

Ghislaine Head, qui est le dernier cheval français avec lequel j’ai gagné un

Stakes. J’ai, en revanche, beaucoup de propriétaires anglais ou irlandais, qui

sont également éleveurs et qui me confient des femelles, car le programme

américain pour les juments d’âge est à la fois plus attractif et plus facile

que le programme européen.

SUIVEZ-VOUS

LES COURSES EUROPÉENNES, ET NOTAMMENT FRANÇAISES ?

Bien

entendu ! Je suis obligé de me tenir au courant et, avec mon frère installé en

France, j’aime suivre votre actualité de près. En revanche, alors que les

simulcastings avec l’Irlande sont fréquents sur les chaînes américaines, ils

n’existent pas pour les courses françaises, alors que je suis persuadé que les

parieurs américains joueraient sur vos courses, qui correspondent plus à leur

mentalité. Je vais essayer de venir en France pour l’"Arc" ou en

décembre, pour les ventes Arqana.

COMMENT

FRANKEL EST-IL PERÇU AUX ÉTATS-UNIS ?

Frankel

est très populaire ici, on en parle beaucoup. Pour moi, c’est un phénomène, et

j’ai beaucoup d’admiration pour son entraîneur et tout son entourage. Les

courses ont besoin de tels champions pour attirer le public sur les hippodromes.

Aux États-Unis, on a eu la chance d’avoir Zenyatta, Rachel Alexandra ou Gio

Ponti. Vous savez, ici,  c’est comme en

France : on a beaucoup de monde pour les grands événements, mais, le reste du

temps, les hippodromes sont vides, car il y a beaucoup de concurrence avec les

autres sports. Trois meetings font cependant le plein chaque année : celui de

Del Mar, qui dure cinq semaines, les deux meetings de Keeneland, trois semaines

au printemps et trois à l’automne, et Saratoga, où l’on passe six semaines en

été. Quand on propose des courses de qualité, 

sur une période limitée dans le temps, le public répond présent. Les

instances réfléchissent à réduire le nombre des hippodromes, pour s’adapter à

la réduction de la production de pur-sang, et à se concentrer sur la qualité.

C’est ce qui marche. À Aqueduct, grâce à la présence du casino qui reverse 6 %

des recettes des machines à sous aux allocations des courses, nous avons pu

avoir des maidens dotés de 86.000 $, ce qui est formidable.

VOUS

ÊTES PRÉSENT À KEENELAND, POUR LES VENTES. QUE CHERCHEZ-VOUS À ACHETER ?

Comme je

travaille beaucoup avec des propriétaires-éleveurs, je n’ai pas le budget

nécessaire pour acheter les meilleurs mâles. Nous sommes plutôt sur des

pouliches bien nées qui, si elles n’ont pas la carrière de course espérée,

gardent une valeur résiduelle pour l’élevage.

COMMENT

EXPLIQUEZ-VOUS LE FAIT QUE SI PEU D’EUROPÉENS SE SOIENT DÉPLACÉS CETTE ANNÉE ?

Le

catalogue est très américain, et même si les chevaux américains ont eu de bons

résultats en Europe récemment, ce ne sont pas forcément les pedigrees et les

individus que les Européens recherchent. Pourtant, il y a des étalons

prometteurs comme Candy Ride, English Channel ou Kitten’s Joy qui produisent des

chevaux de gazon. Ils peuvent donc trouver leur bonheur pour des sommes

raisonnables. Quant au modèle, les chevaux de dirt sont plus forts, car la

surface est beaucoup plus éprouvante pour les organismes. On y présente donc

des chevaux avec un niveau de fitness très élevé. Sur le dirt, les quatre cents

premiers mètres sont les plus rapides, alors que c’est l’inverse sur le turf.

Le contre-exemple, c’est la victoire d’Arcangues dans le Breeders’ Cup Classic,

qui a attendu et est venu gagner sur des chevaux qui cédaient.