Christophe pieux :  la legende d’auteuil raccroche la cravache

Autres informations / 01.11.2012

Christophe pieux : la legende d’auteuil raccroche la cravache

Sa septième place dans le Grand Steeple-Chase d’Enghien (Gr2) avec Madox (Trempolino) restera comme la dernière "sortie" de sa carrière. À la veille du Week-end international de l’obstacle, Christophe Pieux a décidé d’annoncer sa retraite. À quarante-cinq ans, le crack jockey tenait beaucoup à disputer le Prix La Haye Jousselin (Gr1) avec Rhialco  (Dom Alco). Il s’y voyait une très belle chance et cela lui aurait permis de quitter la scène par la grande porte. Malheureusement, Rhialco est tombé et s’est blessé dans le Prix Héros XII (Gr3). Pas de "Haye Jousselin" pour lui, ce qui a diminué la motivation de son pilote, qui avait misé, ces dernières années, sur des montes de qualité, plutôt que sur la quantité. « Rhialco, c’était ma motivation », a-t-il avoué. Son année était plutôt moyenne avec quatorze succès et quarante-sept places en cent vingt-cinq courses. Désormais, Christophe Pieux va devoir réfléchir à son futur professionnel, mais il a avoué qu’il laisserait passer l’hiver avant de décider de ses activités ultérieures. Christophe Pieux quitte la scène avec 2.000 succès à son tableau de chasse, dont trois Grands Steeple-Chases de Paris. Loin du record en obstacle de 1.007 victoires détenu par Georges Parfrement jusqu’en l’an 2000, année où Christophe Pieux l’a "cassé". Mais, au-delà du palmarès exceptionnel, on gardera surtout de Christophe Pieux le souvenir de ses mythiques acrobaties, en fait de véritables exploits. Dans le "Grand Steeple" 1997, en selle sur chamberko, il se rattrape miraculeusement à l’encolure de son partenaire, fautif à la dernière haie, et conserve une méritoire quatrième place. Il y a quelques années, il aide un confrère à se remettre en selle après un saut mal négocié à la rivière des tribunes. Plus près de nous, en 2009, il enlève le "Grand Steeple" avec Remember Rose (Insatiable), alors qu’il a souffert d’une fracture du pied pendant l’épreuve. Car il n’y a pas que les acrobaties chez Christophe Pieux, il y a aussi les exploits physiques. Il est tombé de nombreuses fois, se remettant ensuite en quelques jours, étonnant la science. Christophe Pieux, c’est aussi l’homme qui s’est astreint à des régimes draconiens pour monter parfois à des poids très bas. En 2008, il doit monter Alarm Call (Solar One) dans le Nakayama Grand Jump (Gr1) au Japon, à 63 kilos. Au pays du Soleil Levant, on ne badine pas avec le poids et Christophe Pieux se nourrit donc de raisins pour finalement être associé à Alarm Call, avec lequel il finira sixième. Christophe Pieux est donc un sportif complet, un vrai, il est d’ailleurs le seul jockey à avoir reçu la Médaille d’or de la Jeunesse et des Sports en 2003. Salut champion !

CHRISTOPHE PIEUX ET JACQUES ORTET

Comme Yves Saint-Martin à son époque, Christophe Pieux aura monté pour tous les grands professionnels de sa discipline, de Jacques Ortet à Jean-Paul Gallorini, en passant par Jehan Bertran de Balanda, Guillaume Macaire, François Doumen ou encore Guy Cherel. Tous les Groupes (ou presque) du programme français, sur les obstacles, ne lui auront pas résisté. Il se les ait tous offerts au moins une fois. Mais de Christophe Pieux, il faut aussi se souvenir de sa collaboration avec Jacques Ortet, qui a duré plus d’une quinzaine d’années. Il est arrivé à Sers après avoir fait ses armes à La Roche-Chalais, en Dordogne, puis chez Guillaume Macaire. Avec le maître palois, il a trusté ses premières grandes victoires et une première Cravache d’or à vingt et un ans. D’où sa joie immense lorsqu’il décroche le "Grand Steeple" 2005 avec sleeping Jack, pour l’entraînement de Jacques Ortet. Une juste récompense de l’élève pour son patron.

CHRISTOPHE PIEUX EN CHIFFRES

45 ans

15 Cravaches d’or

3 Grands Steeple-Chases de Paris (Gr1)

8.057 courses

2.000 victoires

3.266 places

Record de 119 victoires en 2001

UN STYLE INIMITABLE

De la vie de Christophe Pieux, on pourrait écrire un livre en dix chapitres, dont l’un aurait pour cadre sa façon de monter. Ses étriers étaient particulièrement hauts, ce qui ne pardonnait pas la moindre erreur de ses partenaires, ou l’obligeait à "se rattraper aux branches" en cas de faute. D’où ses acrobaties. Jean-Paul Gallorini, avec lequel le jockey a collaboré, avait déclaré à ses apprentis : « Ne cherchez pas à faire comme lui. Il est unique, inimitable, rallongez-moi tout de suite ces étriers ! »

CHRISTOPHE PIEUX ET LE "GRAND STEEPLE"

Onze ans. Christophe Pieux a mis onze ans à enlever son premier "Grand Steeple". C’est en 2003 qu’il décroche le Graal, alors associé à Line Marine (Agent Bleu). Ironie de l’histoire, cette dernière était entraînée par Jacques Ortet, mais avait quitté son box palois après sa victoire dans le Prix Renaud du Vivier (Gr1). Entraînée par Christophe Aubert, elle a ensuite enchaîné les bons résultats, gagnant le Prix William Head (L) 2003, quelques semaines avant son sacre dans le "Grand Steeple". Elle était alors confiée à Dominique Bressou, lequel était à pied le jour du "Grand Steeple". Ce qui a donc permis à Christophe Pieux de retrouver Line Marine pour un premier Graal. Deux autres succès suivront dans la plus grande épreuve d’obstacle française, avec Sleeping Jack (Sleeping Car) et Remember Rose (Insatiable). Au printemps dernier, Christophe Pieux nous avait parlé du "Grand Steeple" en ces termes : « Le "Grand Steeple", il m’a fallu onze ans pour le remporter, c’était mon plus grand challenge et je pense que je n’aurais pas mis un terme à ma carrière sans avoir triomphé dans cette course. J’ai remporté mon premier "Grand Steeple" en 2003 avec Line Marine. C’était un grand moment, une joie immense. Mais c’était aussi ma plus facile victoire dans cette épreuve, alors elle a un peu moins de saveur que celle obtenue avec Sleeping Jack. Lui n’avait pas une première chance au départ et il a fallu lutter jusqu’au bout pour s’imposer. Nous avons devancé Ma Royale (Garde Royale) d’une encolure. Je suis un compétiteur alors les victoires à la lutte sont plus fortes pour moi. Et celle-ci était pour Jacques Ortet avec qui j’ai travaillé pendant plus de dix-sept ans. C’est un souvenir énorme, une très belle histoire. Mon plus grand regret, c’est la deuxième place d’Or Jack en 2000. C’était le cheval de ma vie, le premier à m’avoir apporté de grandes émotions. Nous avons été battus dans les dernières foulées, c’était très dur à accepter. Or Jack avait 11ans à cette époque et il méritait une telle victoire avant de partir à la retraite. Il y a eu aussi le "Grand Steeple" 2010 lorsque j’ai été éjecté de Remember Rose au départ. Le cheval fait pile devant les élastiques, je passe par la fenêtre et le starter ne me voit pas au sol. Je pense que s’il me voit, il reprend le départ et l’histoire s’arrête là. C’était très frustrant parce que ce jour-là, j’étais sûr de gagner et je n’ai même pas eu l’occasion de défendre ses chances. »

CHRISTOPHE PIEUX ET L’AMITIE

Le mot "amitié" n’est pas un vain mot pour Christophe Pieux. Et un exemple est très parlant. En 1999, il est à la lutte avec son ami Philippe Sourzac pour la Cravache d’or. Il n’hésite pas à effectuer des aller-retour à Cagnes et Pau. Mais il se blesse lors d’une chute et décide de s’arrêter à 70 succès pour partager la victoire finale avec Philippe Sourzac, également blessé.

FRANCE GALOP RENDRA HOMMAGE A CHRISTOPHE PIEUX

À l’occasion du Week-end international de l’obstacle, France Galop rendra hommage à Christophe Pieux, lequel avait d’ailleurs prêté son visage pour l’affiche 2011 de cet évènement. Le président de France Galop, Bertrand Bélinguier, au nom de France Galop et en son nom, « tient à rendre hommage à Christophe Pieux, ce sportif hors normes, dont l’exceptionnelle longévité de carrière force l’admiration. Il n’a jamais ménagé sa peine et ses efforts pour faire vibrer les passionnés des courses à obstacles. »