Poliglote, polytete de liste

Autres informations / 06.11.2012

Poliglote, polytete de liste

PAR GUY

THIBAULT, HISTORIEN DES COURSES

Au soir

du « Week-end International de l’obstacle », Poliglote occupe le premier rang

des étalons non seulement en obstacle, mais aussi en plat. En obstacle, avec

2.804.725 € gagnés par ses produits, il devance Saint des Saints (2.031.785 €)

et Turgeon (1.980.875 €). En plat, avec les gains de ses rejetons, s’élevant à

2.898.625 €, il précède Monsun (1.942.810 €) et Slickly (1.844.715 €). L’écart

est tel avec ses suivants que Poliglote est d’ores et déjà assuré d’être le

champion des étalons en 2012 dans les deux spécialités. Si, en obstacle, il

avait déjà atteint le premier rang en 2010, en plat, son meilleur classement

datait de 2007, année où il avait occupé la cinquième place grâce à son fils

Irish Wells. Obtenir la première place des deux classements la même année,

c’est une « première », non seulement en France mais aussi outre-Manche.

Méritent d’être contées les approches de ce fait sans précédent. Tout d’abord,

il y a les étalons champions d’une spécialité mais seulement capables d’obtenir

simultanément une place d’honneur dans l’autre. Ils ne sont que trois : en 1887

Saxifrage, 2e en plat, 1er en obstacle ; en 1914 Rabelais, 3e en

plat, 1er en obstacle ; en 1928 Alcantara II, 1er en plat, 3e en obstacle.

Ensuite figurent les étalons ayant atteint le premier rang dans chacune des

deux spécialités, mais pas la même année. Ils sont six. Les voici avec

l’indication de la performance de leur meilleur produit.

Saxifrage = 1er plat 1889 (Pourtant, Prix Royal Oak, 2e Grand Prix

de Paris). 1er obstacle 1892, 1893 (chevaux divers).

Sardanapale = 1er plat 1922 (Bahadur, Grand Prix de Deauville), 1927 (Fiterari,

Poule d’Essai, Grand Prix de Paris, Prix Royal Oak). 1er obstacle 1926 (Cyrus,

Grande Course de Haies de Cannes).

Massine = 1er plat 1932 (Strip the Willow, Jockey Club, Grand Prix de Paris),

1936 (Mieuxcé, Jockey Club, Grand Prix de Paris). 1er obstacle 1935 (Viviers,

Grand Prix de la Ville de Nice).

• Biribi

= 1er plat 1941(le Pacha, Jockey Club, Grand Prix de Paris, Arc de Triomphe).

1er obstacle 1934 (Lord Byron, Grande Course de Haies d’Auteuil), 1936

(Céréaliste, Grande Course de Haies d’Auteuil).

Vatellor = 1er plat 1956 (Vattel, Grand Prix de Paris). 1er obstacle

1946 (Vatelys, Grande Course de Haies d’Auteuil).

• Wild

Risk = 1er plat 1961 (Le Fabuleux, Jockey Club). 1er obstacle 1966 (Weather

Permitting, Prix La Haye Jousselin) et Hyères III(Grand Steeple-Chase de

Paris).

On

notera au passage l’importance – entre les deux guerres mondiales – des grandes

courses d’obstacles de Nice et de Cannes ayant valu à leurs vainqueurs de

permettre à leur père d’accéder au premier rang des étalons. Quant à l’étalon

vedette de l’année 2012, Poliglote, il doit son premier rang en plat

essentiellement à l’héroïne du Prix de l’Arc de Triomphe, Solemia (2.450.805

€). Mais pour l’obstacle, son titre de champion est dû à une multitude de

produits – 40 vainqueurs qui se sont partagé 74 victoires –les principaux étant

Saint du Chênet (Grand Prix d’Automne, Prix Carmarthen), Nikita du Berlais

(Prix Léon Rambaud, Prix de Compiègne, 2e Grande Course de Haies d’Auteuil),

Kotkieglote  (2e Prix des Drags), Tanaïs du

Chênet (Prix Jean Granel), et la prometteuse 3 ans Viviane Royale (Prix

Bournosienne). Âgé de 20ans, Poliglote a sailli en 2012 encore 60 juments dont

42 sont présumées pleines, tandis qu’il compte 71 produits répertoriés cette

année. Après avoir gagné le Critérium de Saint-Cloud (Gr1) à 2 ans, Poliglote

n’avait échoué que de peu (une demi-longueur) contre le visiteur anglais Celtic

Swing, dans le Prix du Jockey Club. En digne fils du prodigieux Sadler’s Wells,

il s’est révélé un remarquable reproducteur, non seulement en France mais

également en Argentine où il a effectué trois saisons de monte (deuxièmes

semestres 2000, 2001 et 2005), ayant engendré en Amérique du Sud sept

vainqueurs de Groupe 1 en plat. À ce titre Poliglote mérite bien le

qualificatif d’étalon sans pareil.