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Jour de Galop

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Une exception n’infirmera jamais la règle par mayeul caire

Autres informations / 14.12.2012

Une exception n’infirmera jamais la règle par mayeul caire

Hier dans JDG, Corine Barande-Barbe a répondu à l’éditorial dans lequel je proposais de faire sortir du système les chevaux les plus modestes (principalement parce que l’absence de rentabilité écoeure les propriétaires). Pour s’opposer à mon texte, Corine Barande-Barbe cite des exemples de "petits" chevaux gagnant bien leur vie. J’ai publié son texte, même si j’insiste, en rappelant que jamais une exception n’infirmera une règle. Je dirais même qu’au sein d’une société, il ne faut jamais s’appuyer sur le sort des plus "faibles" pour bâtir le socle commun, sous peine d’affaiblir toute la société. Cela me rappelle une nouvelle de Zamiatine, écrivain soviétique dissident. Dans un monde imaginaire rappelant l’URSS, le chefde l’État voulut corriger une injustice de la nature : certains citoyens avaient de grands pieds ; d’autres de petits. Il décida d’aligner tout le monde sur l’homme qui avait les plus petits pieds, pour que les grands pieds de ses voisins cessent de lui faire injure. Et tous les habitants durent porter du 36… même ceux qui chaussaient du 45 ! Corine Barande-Barbe parle aussi d’ingérence. Le mot est un peu fort et, surtout, il ne s’applique pas à ma morale. Il n’y a pas plus libéral que moi. Je ne souhaite aucune ingérence. Sauf si l’on détourne le mot d’ingérence pour considérer que c’est une ingérence, actuellement, d’organiser des handicaps dans lesquels les chevaux portent des poids différents en fonction de leur valeur! Sauf si c’est une ingérence, actuellement, ne serait-ce que d’attribuer une valeur à un cheval ! Certes, notre société est liberticide mais n’exagérons rien. Nous ne sommes pas en dictature. Ni en dictature des élites autoproclamées (nazisme) ni en dictature du peuple autoproclamé/ prolétariat (communisme). Et c’est heureux. Enfin, Corine Barande-Barbe pense que la crise va naturellement dégraisser les effectifs. C’est malheureusement faux, comme le montrent les chiffres officiels publiés par France Haras : les naissances de pur sang n’ont pas baissé d’un iota en France depuis plusieurs années, alors que notre élevage traverse la crise la plus grave de son histoire et que la grande majorité des chevaux se vendent à perte ou ne se vendent pas du tout sur les rings d’Arqana et d’Osarus. La crise ne dégraisse rien du tout, mais pourquoi ? Parce que, précisément, les "petits" éleveurs s’illusionnent sur la capacité de leurs "petits" chevaux à rapporter à la maison de "petites" primes. Ce n’est évidemment pas le cas, mais le mirage a la peau dure…Depuis la parution de mon article, on m’a fait aussi remarquer que la rentabilité réelle des plus petites valeurs handicaps n’était pas la même que celle des autres chevaux car, dans bien des cas, ces petits chevaux appartenaient à leurs entraîneurs. Sans doute est-il vrai qu’un cheval coûte moins cher à son entraîneur si l’entraîneur est son propre client…Mais la marge bénéficiaire de ces chevaux n’en demeure pas moins faible, car les charges de base sont les mêmes (selon l’adage, le mauvais cheval mange autant que le bon). Et, ce que nous souhaitons tous, ce n’est tout de même pas que les entraîneurs s’appauvrissent. Donc, en faisant sortir du système ces chevaux à peine rentables (même à moindre coût), on aidera toujours ceux qui les possèdent. Bref, je persiste et je signe. Dans la majorité des cas, et même si l’on trouvera toujours des contre-exemples, les chevaux de valeur handicap modeste font perdre des investisseurs (propriétaires et propriétaires-éleveurs) à la filière. Car les propriétaires sont animés par deux choses différentes mais complémentaires : le rêve d’avoir un bon cheval, et la volonté de se rapprocher d’un équilibre financier dans leur investissement. Si bien que, même dans les cas rares où un cheval de valeur modeste gagne sa vie, il n’entretient aucun rêve chez le propriétaire qui, à moyen terme, se lasse d’investir pour toujours courir dans les petites catégories. Alors oui, comme me l’a dit un entraîneur de renom, j’y suis certainement allé un peu fort en proposant de faire sortir du système les chevaux de valeur inférieure à 28. Disons 25, pour commencer. Ou bien étudions la possibilité d’une élimination par les gains, comme cela devait se faire à Deauville en hiver, ainsi que l’évoquait dans nos colonnes Richard Crépon.