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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Special courses et cinema,turf : un bien mauvais serviteur de la cause hippique…

Autres informations / 23.01.2013

Special courses et cinema,turf : un bien mauvais serviteur de la cause hippique…

PAR PIERRE

LAPERDRIX, REDACTEUR EN CHEF DE JOUR DE GALOP

Le 13

février prochain, le film Turf sort dans les salles. C’est une comédie de

Fabien Onteniente qui se déroule dans l’univers des courses hippiques. Ce film

est attendu de par son casting (Edouard Baer, Alain Chabat, Gérard Depardieu…)

mais aussi de par son réalisateur, qui a connu un très grand succès avec

Camping en 2006 (plus de 5 millions d’entrées en France). Lundi soir, j’ai

assisté à l’avant-première du film, organisée au Gaumont Opéra. Pendant le

film, personne ne riait dans la salle, car ce film comique n’est pas drôle.

Mais en quittant la projection, je me suis surtout demandé : « Ce film va-t-il

servir l’image des courses ? » La réponse est clairement « Non ». Comment

pourrait-il en être autrement, avec la vie de propriétaire montrée sous l’angle

de l’argent facile et, surtout, un dénouement qui s’articule autour des courses

truquées. Sans parler des incohérences nombreuses, l’image que va retenir le

public néophyte, c’est que les courses sont un milieu malsain, où règnent les

magouilles en tout genre. Beau résultat. Pour pondérer mon propos, je me suis

dit qu’à l’époque de Camping, les habitués de ce mode de vacances ne s’étaient

certainement pas reconnus dans le film. Je suis aujourd’hui certain qu’il en

sera de même pour les gens des courses, qui ne vont pas reconnaître dans Turf

l’univers qu’ils côtoient chaque jour. Un film où les poncifs s’enchaînent…

C’est d’abord l’histoire d’une jument sortie du nulle part qui devient une

championne. Elle est entraînée par un looser, gérant d’un poney club, mais qui

va mieux se débrouiller qu’un entraîneur tête de liste. Accessoirement, il

ressemble plus à un ostéopathe à moitié marabout qu’à un entraîneur, mais

passons…Sans parler de la course d’obstacle inaugurale sur la plage de

Ouistreham, ni des 300.000 euros offerts par un escroc pour que la jument ne

fasse pas l’arrivée du Grand Steeple-Chase de Paris rebaptisé Prix de France,

ni des propriétaires de la jument qui transportent eux-mêmes leur protégée…Cela

dit, fallait-il en espérer mieux ? Certes non. Il n’empêche : on sort tout de

même très déçu – au-delà d’un scénario tristement prévisible. On aurait aimé

que Turf renouvelle un peu le genre. Mais l’imagination n’est pas le point fort

du film. C’est le choix de la facilité qui a été fait, avec le groupe de

propriétaires qui tombe miraculeusement sur "la poule aux oeufs

d’or", qu’ils ont achetée sur une simple photo, et se retrouve confronté à

un truand qui veut truquer la course de leur cheval. Le conte de fée de ces

turfistes devenus propriétaires par hasard ne devrait pas susciter des

vocations parmi les spectateurs et cette histoire de course arrangée ne va pas

améliorer l’image du milieu hippique. C’est dommage car nous avions

l’impression que, grâce aux efforts du PMU et des sociétés de courses, notre

sport favori avait un peu redoré son blason dans le grand public, en jouant la

double carte de la transparence et de la pédagogie. Retomber dans un tel abîme

est triste, surtout lorsqu’on lit les noms de France Galop et du PMU sur

l’affiche du film.