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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Ne nous enervons pas, mais posons les bonnes questions par pierre laperdrix

Autres informations / 22.03.2013

Ne nous enervons pas, mais posons les bonnes questions par pierre laperdrix

Comme

dans toute compétition, les courses ont besoin de classements et hormis celui

immédiat du poteau d’arrivée, la référence qui fait foi sur le long terme est

celle des ratings. On peut trouver la méthodologie des ratings imparfaite ou

subjective, mais il est évident qu’il faut un outil pour évaluer les courses

entre elles et les chevaux entre eux à un moment donné. Ce genre

d’appréciations basées sur des faits techniques, permet par exemple de dire

que, dans le football, le championnat anglais est meilleur que la ligue 1. Le

classement livré par la FIAH est sans appel pour le galop français : aucun

classique ne figure dans le classement et seul le Juddmonte Grand Prix de Paris

(Gr1) se démarque un peu en arrachant la 46e place mondiale. Que faut-il en

déduire ? Que nos classiques sont devenus nuls ? Non. Ne nous énervons pas et évitons

les conclusions trop hâtives. L’explication majeure sur ces "mauvais

traitements" par les handicapeurs internationaux dépend d’un phénomène sur

lequel il est difficile d’avoir de l’emprise : le niveau d’ensemble des chevaux

d’une même génération. L’une des règles de base est qu’une année moyenne ne

favorise pas l’envolée des ratings. Les deux dernières arrivées de la Poule

d’Essai des Poulains : Lucayan - Veneto- Furner’s Green - Amaron et Tin Horse

-Havane Smoker Venomous- Temps au Temps n’ont pas aidé au redressement de la

valeur de la course. Et d’un point de vue général, les 3ans français de 2012 ou

2011 ne peuvent être considérés d’un grand cru, ce qui s’en ressent forcément

dans les ratings à la fin de l’année. Ce n’est pas tous les ans qu’une "Poule

d’Essai", en l’occurrence celle des pouliches, va accoucher d’une arrivée

Zarkava - Goldikova – Halfway to Heaven, comme 2008. Cette course peut être

recourue 50 fois, l’arrivée serait toujours la même. La grande génération se

démarque par la répétition dans l’année des "lignes" du début de

saison et chez les mâles ces deux dernières années, les "lignes"

étaient plus emmêlées que continues. 

Quand l’Angleterre possède un cheval comme Frankel, qui en plus ne sort

pas de ses frontières, tous les ratings des épreuves qu’il a courues et gagnées

sont rehaussés et les Champion Stakes (Gr1) deviennent meilleurs que l'“Arc”,

qui s’est retrouvé décapité par plusieurs forfaits en 2012. Là encore, pas de

quoi s’énerver et il faut relativiser en se disant qu’en France, ces dernières

années, surtout chez les mâles, on a eu des chevaux qui se tiennent de très

près chez les 3ans, sans véritable leader. Dès qu’un nouveau Montjeu ou même un

Dalakhani va resurgir, les ratings des classiques français vont remonter de manière

automatique. En revanche, il est tout de même inquiétant de savoir que la Poule

d’Essai des Poulains est en zone rouge et dans le collimateur des handicapeurs

internationaux. L’explication de la génération moyenne ne suffit pas et deux

autres raisons expliquent ces mauvais ratings : le parcours de Longchamp des

1.600m : la "Poule d’Essai" est courue un jour de lice à zéro, avec

une portion près de la corde quasi neuve et peu utilisée dans les semaines

précédentes. Cela n’avantage pas les attentistes, crée des embouteillages à la

corde et aide les surprises, comme Veneto, le leader de Dabirsim, qui a

conservé par son allant la deuxième place. Ce parcours peut piéger un bon

cheval. Alors pourquoi risquer de tirer le numéro 16 à la corde à Longchamp,

tandis que dans l’équivalent de Newmarket, la corde se retrouve gommée par le

parcours en ligne droite ? Les chevaux sont tributaires du "bon

wagon", mais Hermival en 2012 a réussi à terminer troisième des 2.000

Guinées alors qu’il n’était pas dans le peloton le plus rapide. À Longchamp,

avec la corde 17, il aurait pu terminer neuvième, comme Tamayuz en 2008. C’est

toujours flatteur quand des entraîneurs français vont défier les Anglais à

domicile, mais ils y vont aussi par recherche de prestige et d’un parcours qui

sera plus limpide. Beaucoup de gens qui réfutent l’idée que le parcours des

1.600m à Longchamp désavantage les chevaux partant à l’extérieur diront que

Lope de Vega a gagné avec la corde 15. C’est vrai, mais pour une exception Lope

de Vega, combien de vérités ?  De plus,

si d’un côté les entraîneurs français sont obligés d’aller à Newmarket avec de

très bons chevaux, l’inverse n’est pas vrai. Il suffit de regarder, en général,

les partants des entraîneurs anglais et irlandais dans notre "Poule

d’Essai" pour se rendre compte que cette épreuve n’a pas, pour eux, une

importance majeure. En 2009, Richard Hannon a amené Dick Turpin et non Canford

Cliffs par exemple. Mais l’exemple le plus parlant est celui d’Aidan O’Brien

qui y amène des deuxièmes et troisièmes couteaux. D’ailleurs, avant le départ,

il est toujours difficile dans son lot de partants de savoir qui court sous son

compte et qui fait leader…Du côté de France Galop, le discours est de ne pas

s’inquiéter outre-mesure pour la Poule d’Essai, qu’un Gr1 classique ne se

rétrograde pas comme cela. Il faudrait plusieurs années très moyennes de

"Poule d’Essai" pour qu’elle soit rétrogradée, mais en attendant le

miracle ou l’hypothétique bon cheval qui va relever le niveau, il faut se poser

des questions et regarder comment cela se passe ailleurs. Avec son parcours

manquant de sélectivité, la Poule d’Essai va continuer d’attirer les étrangers

de seconde zone, encore plus en cas de générations moyennes, et va aider à

l’export des meilleurs français qui iront à Newmarket. À laisser faire, le Gr2

pointe le bout de son nez…