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Jour de Galop

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Pierre boulard : « la competition est plus dure en angleterre et en irlande »

Autres informations / 15.03.2013

Pierre boulard : « la competition est plus dure en angleterre et en irlande »

Courtier

travaillant depuis plusieurs années pour Willie Mullins, Pierre Boulard (PB Bloodstock)

est à l’origine de l’achat de Quevega (Robin des Champs), quintuple lauréate du

Mares’ Hurdle (Gr2) de Cheltenham. Présent au cours de ce festival 2013, et à

la veille du Gold Cup (Gr1) dans lequel son ancien cheval Silviniaco Conti (Dom

Alco) est engagé, il nous a livré ses impressions sur le fils de Dom Alco, le

marché des "FR" ainsi que les caractéristiques intéressant les

professionnels britanniques.

JDG. –

VOUS COMPTEZ, PARMI VOS ACHATS EN VUE A CHELTENHAM, SILVINIACO CONTI, CANDIDAT

CE VENDREDI AU GOLD CUP (GR1). COMMENT L’AVEZ-VOUS ACHETE ?

Pierre

Boulard. – Je l’ai acquis foal, notamment du fait de son pedigree, puisqu’il

appartient à une bonne famille. C’est un fils de Dom Alco et Gazelle Lulu, qui

avait remporté cinq courses plates, dont deux face aux purs. Il fait partie

d’une bonne souche de l’élevage Lothe et mon père m’avait dit que c’était une

bonne famille. J’ai senti le coup et nous l’avons acheté avec Guillaume

Macaire. On l’a vendu très vite, après qu’il avait gagné à Senonnes et Nancy,

car nous avions eu une offre importante. Il n’était pas démonstratif le matin

mais a confirmé sa qualité, notamment ici en Angleterre. Vendredi, j’aurai

aussi Diakali (Dalakhani) dans le Triumph Hurdle (Gr1). Son pedigree et son

modèle m’avaient plu. Et il a déjà bien couru en Irlande.

DE

NOMBREUX CHEVAUX QUE VOUS AVEZ ACHETES SONT ENTRAINES PAR WILLIE MULLINS. DE

QUAND DATE VOTRE ASSOCIATION AVEC LE PROFESSIONNEL IRLANDAIS ?

Je

travaille en priorité pour Willie et notre association remonte à sept ou huit

ans. C’est-à-dire depuis l’époque de Quatre Heures (Vertical Speed) [un lauréat

de Gr1 en Irlande, ndlr], que je lui avais vendu. Mais je le connais depuis

1986 car j’étais parti en stage chez son père, à l’époque de la championne Dawn

Run. À cette période, Willie était champion des jockeys amateurs. Avant, j’ai

également vendu Twist Magic [lauréat, entre autres, du ChampionChase de

Punchestown] et Baracouda (Alesso) [double gagnant du World Hurdle].

QUEL

GENRE DE CHEVAUX FAUT-IL POUR LES COURSES ANGLAISES?

Il faut

un cheval avec du cadre, car les poids à porter sont lourds en Angleterre et en

Irlande. Il doit aussi avoir de bons aplombs, du coeur et être solide. Il doit

également bien marcher, avoir un bon équilibre. Sprinter Sacré (Network) rassemble

tous ses critères, car il n’a aucun défaut. En steeple, les chevaux doivent

mesurer 1,65m à 1,70m du fait des obstacles à franchir et du poids. En haies,

c’est moins important et c’est pour cela qu’on voit des chevaux comme Quevega

et Hurricane Fly (Montjeu), de petite taille, se distinguer.

QU’EST-CE

QUE VOUS REGARDEZ CHEZ UN CHEVAL QUI VOUS INTERESSE ?

Le

pedigree, le physique et le modèle. Il faut anticiper le physique des chevaux.

Les 3, 4ans sont des chevaux qui intéressent les Britanniques. Les 3ans sont

plus durs à juger physiquement et les entraîneurs étrangers nous demandent

souvent si le cheval pourra aller en steeple. Ce n’est donc pas évident.

D’APRES

VOUS, QU’EST CE QUI FAIT QUE LES ENTRAINEURS FRANÇAIS NE SE DEPLACENT PRESQUE

PAS EN ANGLETERRE ET EN IRLANDE ?

Les

courses sont très différentes ici, la compétition y est beaucoup plus dure. On

part lentement puis on accélère jusqu’à la fin. En France, c’est plus tactique.

De plus, en Irlande, il est impossible d’éviter les bons chevaux car il n’y a

que vingt-cinq hippodromes avec le même nombre de chevaux à l’entraînement

qu’en France, alors que nous avons deux cent cinquante hippodromes. La

compétition est donc très sélective en Irlande. Emmanuel Clayeux, avec Sirène

d’Ainay (Dom Alco), pensait au Mares’ Hurdle (Gr2) depuis six mois et sa jument

a fait une excellente course car il faut avoir une grande capacité

d’adaptation. C’est un exploit. Et tous les entraîneurs français qui viennent

en Angleterre ont des obstacles anglais chez eux. La différence entre les

obstacles, avec des claies où il n’y a rien à sauter et des fences que l’on n’a

pas le droit de toucher, n'entraîne pas l'adhésion des entraîneurs français qui

ne se déplacent pas.

COMMENT

ETES-VOUS DEVENU COURTIER ?

J’ai été

entraîneur en Allemagne pendant dix ans, à Berlin. Il n’y avait pas de marché

et l’on pouvait trouver des chevaux qui avaient de la tenue et appréciaient le

lourd, parfait, donc, pour l’obstacle. C’est là-bas que j’ai eu cette fibre

pour chercher des chevaux. J’avais notamment repéré Mantovo, futur lauréat de

la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1) 1998, en Allemagne. C’était un vrai

achat coup de coeur, malheureusement, il n’a pas passé la visite vétérinaire. À

l’époque, Cash Asmussen était venu le monter en Allemagne et il a conseillé à

des propriétaires de l’acheter.

QUELLE

EST LA PLUS GRANDE EMOTION QUE VOUS AYEZ VECUE AVEC L’UN DE VOS ACHATS ?

Certainement

la première victoire de Quevega à Cheltenham. L’émotion est devenue moins vive

avec le temps, mais cela avait été extraordinaire.