Aux origines de black caviar

Autres informations / 20.04.2013

Aux origines de black caviar

 « Je ne trouve pas de raison valable pour

faire le tour du monde. Si quelqu’un pense avoir un cheval plus rapide qu’elle,

pourquoi ne viendrait-il pas en Australie avec pour affronter Black Caviar ? Il

n’y a pas un seul cheval capable d’aller avec elle. Si j’étais un entraîneur

globe-trotteur, j’aurais pu aller à Dubaï. Mais cela ne m’intéressait pas.

Black Caviar restera en Australie, les autres savent où nous trouver. Et si

elle termine sa carrière en étant invaincue, tous les "professeurs"

seront bien obligés de "la fermer". » Voilà ce que Peter Moody,

l’entraîneur de Black Caviar, avait déclaré après sa première victoire dans un

Gr1, le Patinack Classic. C’était le 6 novembre 2010. La suite de l’histoire

est connue, mais nous reprenons avec plaisir un papier "découverte",

paru en décembre 2010 dans le journal italien Trotto & Turf, alors que

Black Caviar n’était pas encore devenue Black Caviar. Bonne lecture !

« UNE

VITESSE PHENOMENALE

Les mots

de Peter Moody résonnent en Australie. Black Caviar est invaincue et, étant

donné ce qu’elle dégage en piste, elle le restera très longtemps. Chez eux, la

vitesse est la spécialité maison : ils n’ont jamais vu un cheval capable de

galoper plus vite. Huit courses et huit victoires, avec un écart moyen de

longueurs cumulées supérieur à trois longueurs (un océan dans les épreuves de

vitesse). Le tout sans jamais avoir été inquiétée, même lorsqu’elle a dû

affronter le champion Hay List (Statue of Liberty), qui restait sur deux

victoires de Grs1. Black Caviar, tout simplement, lui a fait croiser les

jambes. La "formule gagnante" de Black Caviar a été analysée en

décortiquant, à l’aide du chronomètre officiel, sa victoire dans le Patinack

Classic. La championne a parcouru les 1.200m en 1’07’’96 (à huit dixièmes du

record de la piste). Un bon temps, sans pour autant être "extraterrestre".

Mais il faut préciser qu’en Australie, comme chez nous, le chronomètre démarre

à l’ouverture des stalles. Ce n’est pas comme en Amérique ou en Argentine, où

il est mis en marche après vingt ou cinquante mètres de course. Or, si on

enlève les premiers deux cents mètres (13’’) et les derniers deux cents mètres

(11’’82), où son jockey avait déjà posé ses mains, on découvre quatre fractions

de deux cents mètres en moins de 11’’ : 10’’58, 10’’36, 10’’59 et 10’’96. Cela

revient donc à couvrir huit cents mètres en 42’’96, à une vitesse moyenne de 67

km/h, sans jamais sortir du canter! Dans sa façon de courir, Black Caviar est

très proche de Silent Witness (El Moxie), le héros de Hongkong. Elle galope

très vite, sans jamais se fatiguer, augmentant le rythme sans pour autant

allonger ses foulées… Comme le fait un Usain Bolt chez les bipèdes.

DES

DEBUTS PAS TOUJOURS FACILES

Ce

bolide possède-t-il un point faible ? Peter Moody, en riant, explique : «

Entraîner une championne de ce niveau, c’est un peu voler son salaire. » Il

joue la fausse modestie. Black Caviar n’est pas une machine sans problème.

Avant, elle faisait des difficultés pour rentrer dans les boîtes, devant

utiliser une couverture de protection. Et surtout, elle ne démarre pas comme

une vraie sprinteuse. Cela reste un problème minime : en trois foulées, elle a

déjà récupéré ce léger temps de retard. En début de carrière, sa deuxième

faiblesse était son incapacité à rester très longtemps en forme. Ses huit

premières sorties se sont étalées sur vingt mois, avec de longues pauses entre

un cycle de courses et le suivant. Black Caviar, avant de devenir Black Caviar,

a connu un problème musculaire (à la suite d’une glissade au départ), et

quelques autres pépins ayant contraint Peter Moody à la garder dans du coton pendant

huit mois. (1) Steve Moran, un confrère australien connu dans le monde entier,

nous avait expliqué après le Hong Kong Sprint 2010: « Les meilleurs chevaux de

vitesse sur le gazon s’affrontent à Sha Tin. Eh bien, les JJ The Jet Plane,

Rocket Man et Sacred Kingdom ont battu notre Ortensia d’une longueur. À

Flemington, Black Caviar avait laissé Ortensia à

six

grandes longueurs. Pas besoin d’être un génie pour deviner qui est le meilleur.

» Avant son premier triomphe au niveau Gr1 dans le Patinack Classic,

l’échelliste du Racing Post lui avait déjà attribué un rating de 131. Cela

représente trois livres de plus que Silent Witness, le meilleur cheval de

vitesse de cette première décennie du XXIe siècle.

UN

PRODUIT TYPIQUE DE VITESSE « MADE IN AUSTRALIE »

Black

Caviar est par Bel Esprit (Royal Academy) et Helsinge (Desert Sun). Elle est

donc un produit typique de la sélection australienne, basée sur la vitesse,

même si la course la plus célèbre du pays est le Melbourne Cup, avec ses

3.200m. Le premier nom de son pedigree tapant dans l’oeil est Vain (Wilkes),

qui est le grand-père de Bel Esprit et le père de son arrière-grand-mère

maternelle, Song of Norway. En Europe, Vain est un inconnu. Mais en Australie,

Vain, né en 1965 et fils du français Wilkes (2), est un cheval de légende. Il a

remporté douze de ses quatorze courses et s’est imposé dans la Triple Couronne

des 2ans (Sires’ Produce, Golden Slipper et Champagne Stakes). Dans cette

dernière course, remportée par dix longueurs, il avait établi le record des

2ans sur 1.200m (1’09’’2). Ce dernier a tenu pendant plus de vingt ans. Vain

est rentré dans le livre des records pour avoir remporté trois Grand Prix en

huit jours, durant le Melbourne Spring Carnival de 1969. Un exploit très

australien : là-bas, les champions sont obligés de se produire très souvent.

Vain a pris sa retraite en 1970 et il est devenu étalon tête de liste, puis un

remarquable père de mère. Bel Esprit, le père de Black Caviar, n’a pas atteint

les sommets de Vain. Mais il a prouvé sa qualité, avec huit victoires en

dix-neuf sorties (toutes au niveau Stakes). Il a gagné au niveau Gr1 à 2ans

(les Blue Diamond Stakes sur 1.200m) et à 3ans (le Dombeen 10.0000 Weight For

Age), avant de rentrer au haras en 2003, avec un compte en banque riche de deux

millions de dollars. Proposé à un tarif de 18.150 dollars, Bel Esprit a connu

une belle réussite commerciale (692 foals enregistrés pour ses cinq premières

saisons) et, en 2009, il avait sailli 251 juments, à 16.500 dollars. (3)

DU COTE

DE LA LIGNEE MATERNELLE

Black

Caviar n’était pas un achat bon marché. À la vente Melbourne Premier 2008, le

marteau est tombé à 210.000 A$ : un gros chèque pour le premier produit d’une

poulinière inédite. Sa mère, Helsinge, est quand même une demi-soeur du très

bon Magnus (Flying Spur), lauréat du Galaxy Handicap (Gr.1) et troisième à

Royal Ascot dans les King’s Stand Stakes (Gr1) 2007, derrière sa compatriote

Miss Andretti (Ihtiram). (4) La deuxième mère, Scandinavia, est par Snippets

(Lunchtime), champion Sprinter et étalon haut de gamme). Gagnante de Gr2 et

placée dans presque tous les Grs1 pour sprinters, elle a produit un seul bon

cheval, le précité Magnus. La troisième mère, Song of Norway, fille de Vain,

n’a jamais couru. Mais elle a fait oublier sa lenteur avec une brillante

carrière de poulinière : onze gagnants sur onze produits. Si Scandinavia était

bien son meilleur produit, trois autres se sont imposés au niveau Stakes :

Frosty the Snowman (Christmas Tree) (le bonhomme de neige) et Russian Tea Room

(Raise a Cup) ont démontré leur qualité sur 1.000m, tandis que la troisième,

Midnight Sun (par Western Symphony, un fils de Nijinsky), est surnommée la

mouche blanche et a gagné une Listed sur 2.400m, finissant aussi deuxième des

Oaks de Tasmanie.

LA

TOUCHE SCANDINAVE

Tous les

noms des poulinières dans le pedigree de Black Caviar (Song of Norway,

Scandinavia et Helsinge) nous rappellent le Nord de l’Europe. Ce n’est pas par

hasard. La quatrième mère est une certaine Love song. Elle est par Warpath, un

fils de Sovereign Path (Grey Sovereign) qui a eu des résultats surtout comme

père de sauteurs. Il est titulaire du suffixe DEN, assez rare chez les

pur-sang. Pouliche grise, entraînée à Newmarket par George Fletcher, Love Song

n’était pas assez bonne pour gagner en Angleterre. Son meilleur résultat

consiste en une deuxième place dans un maiden à Pontefract. Par contre, à 3ans,

Love Song a trouvé sa voie en remportant une victoire en Suède, ainsi que les

Oaks du Danemark. À la fin de la saison, elle fut envoyée à la vente de chevaux

à l’entraînement de Newmarket, où elle a trouvé preneur pour 4.600 Guinées.

Trente ans après, on retrouve son nom dans un coin du pedigree de la championne

la plus rapide au monde. Les contes de fées sont amusants, mais Black Caviar

n’a rien de Love Song. Les noms marquants sont ceux de Vain, Snippets et Bel

Esprit, les grands chevaux de vitesse d’Australie,

le pays

ou le speed est devenu un art. »

(1)

Black Caviar était rentrée d’Angleterre, après sa courte victoire dans le

Diamond Jubilee, avec des problèmes musculaires et a été contrainte à une

interruption de carrière de trente-quatre semaines.

(2)

Wilkes, produit du Haras Strassburger, avait quitté la France dans les années

cinquante pour devenir étalon en Australie. Il a terminé trois fois tête de

liste, produisant entre autres la championne Wenona Girl.

(3)

Black Caviar a fait une bonne pub à son père, dont le tarif est monté à 27.500

A$. Bel Esprit a produit pas mal de gagnants (365 sur 759 foals, c’est-à-dire

48,1 %) mais – outre Black Caviar – seulement quatre au niveau Groupe.

(4)

Après Black Caviar, Helsinge a produit un propre frère de la championne, nommé

Moshe, qui a gagné trois de ses cinq sorties et a débuté sa carrière d’étalon à

Eliza Park (à un tarif de 6.600 A$). Elle a ensuite donné All too Hard (Casino

Prince), acheté yearling pour 1.025.000 A$. Il a remporté trois Grs1 (Futurity

Stakes, Orr Stakes et Caulfied Guineas) et s’est classé deuxième du célèbre Cox

Plate (Gr1). La 2ans belle couture (Redoute’s Choice), achetée 2.600.000 A$,

n’a pas encore débuté, mais elle est très estimée. Le yearling, un mâle par

Redoute’s Choice (Danehill), a été adjugé pour 5.000.000 A$ lors des Inglis

Easter

Yearling

Sale 2013, en début de mois.