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Philip prévost-baratte : « nous sommes là pour passer le relais à l’entraîneur »

Autres informations / 26.04.2013

Philip prévost-baratte : « nous sommes là pour passer le relais à l’entraîneur »

Avec

onze poulains inscrits au catalogue du breeze up Arqana, et six autres chez

Osarus, Philip Prévost-Baratte fait partie des consigneurs français qui

comptent. Il est aussi le premier à avoir présenté au cours de la vente de

Saint-Cloud un futur lauréat classique, avec Lucayan (Turtle Bowl), vainqueur

de la dernière Poule d’Essai des Poulains. Et pourtant, il ne se considère pas

vraiment comme un spécialiste de la préparation aux breeze up…

JDG.

– POURQUOI AVOIR CHOISI DE VOUS SPECIALISER DANS LA PREPARATION AUX BREEZE UP ?

Philip

Prévost-Baratte. – Je ne peux pas dire que je suis un spécialiste des breeze

up. Pour moi, ces ventes sont une continuité de ce qui reste mon activité

principale, le débourrage préentraînement. Comme j’aime apprendre, je me suis

petit à petit investi dans la préparation des 2ans aux ventes. Cela offre aussi

une opportunité supplémentaire aux clients qui me confient leurs 2ans et qui

sont vendeurs. Mais je ne partage pas les méthodes de préparation qui

consistent à pousser les poulains, aussi bien physiquement que dans leur

alimentation, pour réaliser un super breeze le jour de la vente. On ne peut pas

demander à un 2ans né en mai une somme de travail que l’on demanderait à un

cheval à l’entraînement. Je considère que la préparation aux breeze up doit

être menée dans la même optique que le préentraînement, c’est-à-dire sans

mettre les poulains dans le rouge. Il faut respecter leurs courbes de

croissance, leurs morphologies, ne pas les suralimenter sous peine d’abîmer

leur système lymphatique. Nous sommes là pour préparer le travail de l’entraîneur…

QUEL

A ETE VOTRE PARCOURS PROFESSIONNEL AVANT DE VOUS INSTALLER ?

J’ai

fait l’école du Moulin à Vent et suis entré au service de Christiane

Head-Maarek pendant quatre ans. Ensuite, je suis parti chez Jean-Claude Rouget

qui pouvait me faire monter plus régulièrement en course. Mais j’ai vite senti

que je n’étais pas fait pour cela, que je n’avais pas le sixième sens que

peuvent avoir les bons jockeys. Je suis alors revenu chez madame Head en

préparant mon départ aux États-Unis, où j’ai eu l’opportunité de travailler

comme élève assistant chez Christophe Clément. J’y suis resté de 1996 à 2000.

Aux États-Unis, j’ai rencontré Henri Bozo et Charles-Henri de Moussac qui m’ont

présenté leur projet de développer le préentraînement au haras du Mézeray. J’ai

été séduit et ai décidé de rentrer en France. J’y suis resté plus de trois ans,

avant de partir en Grèce en 2003, où, installé sur l’hippodrome d’Athènes,

j’étais l’entraîneur de Leonidas Marinopoulos, pour lequel j'ai notamment

remporté le Derby. En 2005, je suis revenu en France où j’ai créé avec ma femme

mon centre de débourrage préentraînement.

POURQUOI

AVOIR CHOISI CETTE ACTIVITE PLUTOT QUE L’ENTRAINEMENT LUI-MEME ?

J’étais

parti de nombreuses années à l’étranger et je trouvais cela compliqué de

revenir et de m’installer directement comme entraîneur. Au début, je pensais

que le préentraînement serait une voie progressive pour bifurquer vers

l’entraînement ensuite. Mais je prends tellement de plaisir à m’occuper des

jeunes chevaux, je trouve cela tellement passionnant que je ne veux plus faire

autre chose !

DE

QUELLES INSTALLATIONS BENEFICIEZ-VOUS ?

Quand

je me suis installé, j’ai consacré un budget très conséquent aux installations.

D’abord parce qu’il me semble que trouver une écurie propre, bien équipée, est

plus convaincant pour un propriétaire. J’ai donc préféré investir dans les

équipements plutôt que dans les chevaux. Je travaille avec un marcheur couvert,

un rond de longe, un manège couvert lui aussi pour stocker paille et foin, une

piste de 1.400m en sable, une autre de 1.200m en gazon, et des boîtes pour y

habituer les poulains. J’ai une capacité d’accueil de 60 chevaux et nous sommes

complets tout au long de l’année…

L’IMAGE

DES BREEZE UP EN FRANCE N’EST PAS DU TOUT LA MEME QUE CELLE EN GRANDE-BRETAGNE

OU AUX ETATS-UNIS. COMMENT L’EXPLIQUEZ-VOUS ?

Aux

États-Unis et en Grande-Bretagne, les breeze up sont depuis longtemps

considérés comme des ventes de sélection. En France, pendant longtemps, c’était

un peu une voie de garage pour des chevaux que l’on n’arrivait pas à vendre

ailleurs. Les consigneurs britanniques sont venus présenter des poulains car la

concurrence était vraiment faible, et cela nous a fait progresser. À présent,

les catalogues offrent de la qualité et pour cette raison, il faut vraiment

soigner le travail. Notre activité de débourreurs préentraîneurs a été

développée par Yann Poirier et il faut garder ce label de qualité que Yann a

mis en place. Il faut qu’un climat de confiance se mette en place entre le

vendeur et l’acheteur. On ne peut pas garantir vendre des chevaux de Gr1, mais

on peut garantir que le poulain est bien sa tête et son physique. Pour moi, une

belle vente, c’est lorsque ensuite il y a des résultats aux courses. Je le

répète, nous sommes là pour passer le relais à l’entraîneur. Il faut qu’il

puisse continuer notre travail, sans devoir mettre le cheval au repos pendant

trois mois parce qu’il aura été surpréparé pour la vente. C’est notre

responsabilité de vendeur.

DE

PLUS EN PLUS D’ACHETEURS, PARMI LES PLUS IMPORTANTS EN EUROPE, JUGENT LES

POULAINS AU CHRONOMETRE LORS DE LEUR BREEZE. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

Pour

avoir travaillé aux États-Unis, je connais bien cette façon de travailler. Et

je peux vous dire que j’ai connu énormément de morning glories qui étaient

incapables de gagner une course l’après-midi. Pour moi, le chrono d’un breeze

n’est pas un gage de qualité. Jamais je ne travaillerai de cette façon. Je

pense qu’il faut avant tout faire ce qu’on sait faire, sans essayer de copier

les autres, et surtout croire en ce que l’on fait.