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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les courses sont-elles un sport ? peu importe !

Autres informations / 03.05.2013

Les courses sont-elles un sport ? peu importe !

Faut-il

que les courses soient considérées comme un sport ? Depuis quelques années,

invariablement, nos hippodromes se sont vidés et la notoriété des courses a

reculé dans la population française. Au cours de ces mêmes années, la plupart

des directeurs de la communication (je précise que je ne parle pas de

Jean-Christophe Giletta, qui vient d’arriver aux affaires et dont je ne connais

pas la position personnelle) que j’ai vus défiler à France Galop n’avaient tous

qu’un mot à la bouche : sport, sport, sport. J’avais l’impression d’entendre le

général de Gaulle clamer à la télévision : « Bien sûr, on peut sauter sur sa

chaise en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe… mais ça n’aboutit à rien et ça

ne signifie rien. » Je me souviens particulièrement de l’un d’entre eux, qui

était tellement "fanatique" qu’il voulait que le départ de toutes les

courses soit donné devant les tribunes, que l’on parte du point où l’on arrive.

Pourquoi ? Pour que, comme dans un stade de football, les spectateurs puissent

bien voir les "actions". Quel drame. Qui peut sérieusement affirmer

que les courses doivent renier leurs valeurs, leurs fondamentaux, pour copier

ceux du football ? On fantasme sur le sport ou plutôt, on croit fantasmer sur

le sport. Car, en réalité, ce n’est pas sur le sport que l’on fantasme, c’est

sur le football et uniquement sur le football.On envie ses stades pleins, ses

audiences et ses droits télé, etc. C’est bien, mais il n’y a qu’un seul

football – pas deux. Et puis pourquoi faire des complexes en permanence en nous

comparant au sport-roi ? Un exemple : la Ligue 1 a rassemblé en moyenne 19.000

personnes dans chaque stade au cours de la saison 2012-2013. Ce n’est pas moins

que les 17.000 du premier Dimanche au Galop à Longchamp le jour du

"Fontainebleau", qui n’est pourtant pas la plus belle journée de

l’année…De toute façon, selon moi, il est inutile de copier le football car les

recettes de son succès sont impossibles à reproduire. Au fond du fond,

qu’est-ce qui fait le succès du football ?

1/ Le

fait que tout le monde peut y jouer (petits et grands, riches et pauvres,

hommes et femmes, sourds muets aveugles…).

2/ Le

fait que l’on peut y jouer partout.

3/ Le

fait que l’on peut y jouer sans rien, même sans ballon (une boule de papier suffit)

et même sans buts (on peut jongler).

4/ Le

fait que les règles sont très simples (sauf celle du hors-jeu).

Je cesse

la litanie… Eh bien les courses, c’est le contraire :

1/ Tout

le monde ne peut pas monter un pur-sang.

2/ On ne

peut pas organiser des courses partout.

3/ Pour

pratiquer, il faut beaucoup de choses : un animal, une piste, etc.

4/ Les

règles sont très compliquées (même la plupart des amateurs éclairés ne

connaissent pas le dixième du code des courses).

Donc

ensuite, on peut nous expliquer qu’il faut copier le football mais, avec un

doigt de logique, on comprend que c’est une impasse. Une fois que l’on a dit

cela, faut-il pour autant tuer toute idée sportive ? Non, certes non : pour

moi, les courses sont un événement sportif avant d’être un sport. Et c’est là

que le rôle du nouveau directeur de la communication, qui vient du Stade de

France, peut être capital. Les courses me font penser aux combats de

gladiateurs. Vous pouvez vous identifier. Mais vous savez bien que vous ne

serez jamais gladiateur. Parce que l’identification ne se fait pas, comme au

football, par mimétisme, par imitation. L’identification se fait par

procuration. Cette notion a déjà été en partie exploitée par les sociétés

mères. Mais je ne suis pas sûr que nous ayons bien compris ce qui en fait le

sel. Je prends simplement l’exemple de la cravache. On nous dit : "Il faut

limiter la cravache parce que cela peut faire fuir le public." À mon sens,

c’est le contraire: les gens aiment les coups de cravache parce qu’ils aiment

une certaine forme de violence théâtralisée. Pas la vraie violence de la rue,

que personne n’aime. Mais la violence simulée que les Grecs appelaient

catharsis. Les gens aiment ça depuis la nuit des temps parce que c’est un

défouloir absolu et sans danger. Le processus d’identification passe par deux

biais : le jeu et le propriétariat. Dans les deux cas, de quoi parle-t-on ?

D’investir de l’argent pour vivre une passion sportive. En cela, c’est très

différent de tous les sports populaires que l’on voudrait copier. Pas besoin de

parier ni d’investir de l’argent pour vibrer devant un match de foot. Au

football, l’identification se fait par la pratique du sport ("Je joue avec

mes amis : moi je suis Zidane, toi tu es Messi") ou par la fierté

régionale ou nationale ("Je suis pour la France parce que je suis

Français, je suis pour le PSG parce que je suis Parisien")… Mais aucun de

ces deux cas ne convient aux courses. Car, quand on a parié sur un cheval, peu

importe son pays d’entraînement ou la nationalité de son jockey ; on veut

simplement qu’il gagne. Donc ma recommandation, c’est de "pousser" le

pari hippique et le propriétariat qui, finalement, sont les deux facettes du

même phénomène qui fait la force des courses. Et là, nous renversons le rapport

de force avec le football. Et là nous sommes forts. Comme je l’ai dit à Equidia

Turf Club le 22 avril : un boulanger pourrait-il devenir propriétaire de la

plus grande équipe de football française, par exemple le PSG ou l’OM ? Jamais

de la vie ! Un boulanger peut-il devenir propriétaire du gagnant de la plus

grande course française du printemps, par exemple le "Jockey Club" ?

Oui. La même remarque vaut pour le parieur qui joue ses 2 euros sur le gagnant

de l'“Arc”. Ce jour-là, il a gagné l'“Arc”! Quel bonheur. Voilà, là nous

pouvons être plus forts que le football parce que notre base est plus

importante. Il existe, en France, vingt personnes capables d’acheter un club de

Ligue 1…alors que nous avons cinq mille propriétaires potentiels d’un gagnant

de Gr1. Si France Galop effectue les bons choix, nous ne pouvons que gagner. Si

nous copions un sport qui, finalement, possède moins de passionnés prêts à

investir, ce sera un gâchis. Mon message, c’est : « travaillons sur nos forces,

plutôt que de nous obstiner à copier les forces des autres. » L’idée du pari

simple gagnant bonifié pour les gens qui font l’effort d’aller aux courses va

dans le bon sens. Mais il faudrait le généraliser, l’étendre à toutes les

courses. Car c’est un vrai motif pour aller aux courses. Et cela ferait revenir

les vrais turfistes qui, aujourd’hui, préfèrent jouer par téléphone devant

Equidia. Mon idée, c’est qu’il faut cesser d’opposer le sport et le pari. Aux

courses, les deux sont consubstantiels. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de

sport hippique sans pari et pas de pari sans sport hippique. À chaque fois que

l’on méprisera cette vérité historique, on ira dans le mur. Le jeu d’argent

doit être une motivation à aller aux courses. Certaines personnes se pincent le

nez pour échapper à la puanteur des parieurs ; ils devraient se souvenir que

les aristocrates qui ont lancé la mode des courses en France étaient autant

parieurs que propriétaires, et que sans le jeu, ils n’auraient sans doute pas

fait autant pour que les courses se développent. Je me répète : les courses ont

des atouts, des forces. C’est sur cela qu’il faut jouer.

1/ Les

courses sont un spectacle.

2/ Les

courses sont un art de vivre.

3/ Les

courses sont un jeu d’argent.

J’ai

déjà parlé du spectacle et du jeu d’argent plus haut dans cet article. Le

second point – l’art de vivre – est une question restée presque totalement en

jachère. Alors qu’elle est essentielle. Car finalement, partout, ce que le

client recherche, c’est : «Qui suis-je si je consomme ça ? » C’est pour cela

que beaucoup de publicités montrent à peine le produit et, à la place,

décrivent un univers merveilleux dans lequel le consommateur se projette et

projette ses fantasmes. Par exemple, pour vendre un parfum pour hommes, on

montre un playboy entouré de femmes. Cela signifie : « Monsieur, mettez ce

parfum et les femmes vont craquer. » Cela signifie : « Je suis super, je suis

chic, je suis dans le coup. » Tout le reste, c’est du vent. Et en conclusion :

quand on change quelque chose –marque, loi, maison… - c’est d’abord parce qu’on

en attend un bénéfice. Donc je pose la question : quel bénéfice tireront les

courses si elles sont un jour reconnues comme un sport ? Franchement, rien.

Tous les sondés peuvent répondre que les courses sont maintenant un sport, cela

ne changera rien à notre problème. La preuve ? Le lancer du disque ou le 110m

haies sont considérés comme des sports, et cela ne les aide en rien à être sur

le premier plan de la scène médiatique. Pensons un peu à eux, lorsqu’on parle

de sport. Et oublions quelques secondes le football. Cela nous fera des

vacances.