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Maxios: de l'inbred à l'outcross

Autres informations / 29.05.2013

Maxios: de l'inbred à l'outcross

PAR THIERRY GRANDSIR (DNA PEDIGREE)

Athlète splendide, performer de classe, né dans la pourpre, Maxios a complété le succès dominical de son père Monsun en remportant une victoire des plus méritées dans le Prix d'Ispahan (Gr1). Focus sur un pedigree dont la construction alterne les croisements outcross et inbred, en mode Formule 1...

PLUS DE TROIS SIÈCLES DE SÉLECTION

L'une des questions fondamentales que se posent de nombreux éleveurs lors de la conception d'un croisement est la suivante : dois-je m'orienter sur un pedigree outcross, c'est-à-dire choisir un étalon n'ayant aucun sang en commun avec ceux de ma jument, ou plutôt m'orienter sur l'inbreeding en utilisant les services d'un reproducteur au papier consanguin avec celui de ma poulinière. Les deux solutions fonctionnent, avec certes des taux de réussite très variables selon les cas, mais les excès de l'une ou de l'autre conduisent souvent à une alternance dont Maxios est un modèle du genre : son croisement est un pur outcross sur une mère fortement inbred en mode Formule 1, c'est-à-dire dupliquant une (ou plusieurs) ascendante de sa famille maternelle directe. Remontons quelques siècles en arrière. Schématiquement,  à l'origine de la race du pur-sang figure l'outcross, via le croisement entre des étalons orientaux et des juments anglaises sélectionnées sur leur aptitude à la course. Leurs produits furent croisés entre eux, générant souvent des inbreedings très proches. Maxios a pour ancêtre maternelle directe Burton Barb – la jument –(sa trente-troisième mère), sur laquelle on sait finalement peu de choses sinon qu'elle aurait appartenu à monsieur Burton, qu'elle serait peut-être issue de l'étalon Burton Barb – l'étalon–, et qu'elle aurait vécu sous le règne de Charles II (1660-1685) en Angleterre. Ses descendantes firent l'objet de croisements très consanguins, et ce, sans discontinuer pendant deux siècles jusqu'à la naissance de Bay Middleton en 1839, fixant ainsi les caractères d'une famille aujourd'hui réputée pour sa classe, sa précocité et sa substance. À partir de là, les duplications d'ancêtres majeurs se cantonnèrent à la quatrième ou à la cinquième génération des pedigrees. La famille de Maxios quitta l'Angleterre pour les USA en 1899 avec l'exportation de sa douzième mère Splendour, laquelle portait en ses flancs la future et multiple placée

classique Dazzling. Un étalon outcross (St Leonards) sur une jument fortement inbred en 3x3 sur Meteor en mode Formule 1, la combinaison qui engendrera plus tard Maxios et Bago venait d'être conçue (et réussie) pour la première fois dans la famille ! Les pedigrees des mères suivantes alternent les inbreedings et les outcrossings, jusqu'à la naissance de la jument d'élite Almahmoud (Mahmoud), elle-même génitrice de la non moins influente Natalma (Native Dancer), mère du chef de race Northern Dancer (Nearctic) et de Raise the Standard (Hoist the Flag). Quatrième mère de Maxios, dotée d'un "papier" totalement outcross, Raise the Standard ne courut pas et produisit modestement : seule sa fille Coup de Folie montra de la qualité, remportant le Prix d'Aumale (Gr3) devant Triptych et se plaçant troisième de cette dernière dans le Prix Marcel Boussac (Gr1) à 2ans. Coup de Folie est fortement inbred en 3x3 sur sa troisième mère Almahmoud, grand-mère de son père, Halo, en pur mode Formule 1 ! Comme nombre de reproducteurs d'élite issus de cette formule génétique, Coup de Folie produisit meilleure qu'elle même au haras : Machiavellian ouvrit le bal de sa production en dominant sa génération à 2ans (gagnant du Prix Morny et du Prix de la Salamandre Grs1), imité en cela par sa propre soeur, Coup de Génie, quatre ans plus tard. Machiavellian est devenu un étalon très important dans l'élevage international et Coup de Génie est la mère de la précoce Denebola, lauréate du Prix Marcel Boussac (Gr1) à 2ans. Denebola est inbred en 4x4 sur Natalma et en 5x5x5 sur Almahmoud en mode Formule 1, et demeure le meilleur produit de sa mère !

ALMAHMOUD ET NATALMA :REINES DES FORMULES 1

En fait, Almahmoud et Natalma sont les deux juments les plus fréquemment rencontrées en inbreeding dans les pedigrees classiques contemporains, devant Lalun, Special et Somethingroyal, et de nombreux croisements reposent sur la génétique haut de gamme qu'elles véhiculent. Posséder une jument de cette famille (estampillée 2-d) facilite la conception d'inbreedings Formule 1 efficaces, dupliquant tour à tour l'une des deux célèbres matrones. Neuf gagnants de Gr1 procèdent de cette formule : Annual Reunion (Santa Ana Handicap - 4x4 Almahmoud), Bluemamba (Poule d'Essai des Pouliches - 5x4 Natalma), Danehill (Sprint Cup - 3x3 Natalma), Denebola (déjà citée), Diatribe (Caulfield Cup, Rosehill Guineas - 4x4 Natalma), L'Émigrant (Poule d'Essai des Poulains, Prix Lupin - 4x4 Almahmoud), Lotka (Acorn Stakes - 4x4 Almahmoud), Orpen (Prix Morny - 3x4 Natalma - étalon au haras du Thenney) et Stephan's Odyssey (Hollywood Futurity, Dwyer Stakes -4x4 Almahmoud). Mais si cette combinaison a engendré d'excellents compétiteurs, elle a aussi produit des reproducteurs d'élite, dont Danehill est le meilleur exemple. Les poulinières de la famille 2-d inbred en mode Formule 1 ont engendré dix gagnants de Gr1 : Machiavellian, Coup de Génie, Bago et Maxios, déjà cités, mais aussi Bouquet-Garni (South African Derby), Exit to Nowhere (Prix Jacques Le Marois), Flawlessly (US Champion Turf Mare), Nadia (Prix Saint-Alary), Way of Light (Grand Critérium, étalon au haras du Petit Tellier), et la 3ans Emollient (Empire Maker) qui vient de remporter les Ashland Stakes (Gr1) aux USA. On citera également le bon Nutello (Lemon Drop Kid), troisième du Prix du Jockey Club (Gr1) en 2012.

LA PRODUCTION DE MOONLIGHT'S BOX

Fille de l'excellent père de mères Nureyev (vingt-six gagnants de Gr1 à l'actif de ses filles dans notre hémisphère), la mère de Maxios, Moonlight's box, est demeurée inédite en course. Forte d'un pedigree inbred en 3x4 sur Natalma et en 4x5x5 sur Almahmoud en mode Formule 1, elle a donc fait mouche d'emblée au haras en produisant le champion Bago (Nashwan). D'un modèle très signé par sa famille maternelle (tout comme Maxios), Bago remporta avec classe le Critérium International, le Prix Jean Prat, le Grand Prix de Paris, le Prix de l'Arc de Triomphe et le Prix Ganay (Grs1), avant de trouver sa place au haras au Japon où il a produit quelques bons vainqueurs dont le classique Big Week, lauréat du Kikuka Sho (Gr1), le St Leger local. Après le gagnant de Derby Nashwan, Moonlight's Box a rencontré deux lauréats de notre Prix du Jockey Club (2.400m) : Darshaan, d'où la triple gagnante Million Wishes (aujourd'hui poulinière), puis le "Niarchos" Hernando, d'où Silhouetting (toujours maiden en trente-quatre sorties !). Des outcross qui n'ont guère fonctionné, probablement faute d'affinité génétique notable avec Nureyev... Moonlight's Box rencontra ensuite le miler Selkirk pour donner le jour à la précoce Beta, gagnante du Critérium de Vitesse (L), deuxième du Prix de Cabourg (Gr3) et troisième du Prix d'Arenberg (Gr3) à 2ans. Ses produits suivants se nomment Makani (A.P. Indy), triple vainqueur, puis Maxios, son sixième produit. Ensuite, changement d'option radical pour Moonlight's Box : retour à l'inbreeding "massif". Mr Moonlight (Dansili), son septième foal aujourd'hui âgé de 4ans, n'est devenu qu'un vainqueur modeste malgré un pedigree mentionnant Natalma en 5x5x7x4x5 et six citations d'Almahmoud en mode Formule 1... Même schéma pour les deux derniers produits de Moonlight's Box, le 3ans Parallax et sa propre soeur, une pouliche yearling baie née l'an passé. Des croisements saisissants, au-delà même des qualités exceptionnelles de reproducteur de leur père Galileo : inbreeding en 3x3 sur Northern Dancer, en 4x3 sur Mr Prospector, en 4x3 sur Special, en 4x4x5 sur Natalma et en 5x5x6x6 sur Almahmoud, le tout sous un taux de consanguinité supérieur à la limite souhaitable (plus de 8 % !). L'avenir nous dira si le choix était avisé : le 3ans n'a toujours pas débuté, mais la pouliche aura clairement sa place au haras, pour des croisements outcross !

MONSUN, LE PARFAIT OUTCROSS...

Père de Maxios, le chef de race allemand Monsun a déjà été évoqué à plusieurs reprises dans nos colonnes, et le sera certainement encore. Authentique champion, sa carrière fait état de douze succès en vingt-trois sorties dont l'Aral Pokal et deux éditions successives du Preis von Europa (Grs1), sans oublier un titre de cheval de l'année à 3ans en Allemagne, et quatre titres d'étalon tête de liste des pères gagnants. Devenu aveugle avec l'âge, il assura son devoir d'étalon jusqu'à sa disparition, à vingt-deux ans. Monsun combine en son pedigree les sangs des deux lignées mâles allemandes les plus influentes (K.nigsstu¨hl et Surumu), plus une équivalence entre Kaiserkrone et son propre frère Kaiseradler. Cette génétique fait de lui un outcross parfait pour les juments porteuses des sangs dominants du moment : celui de Northern Dancer bien sûr, mais aussi celui de Mr Prospector. On ne sera donc pas surpris de retrouver ces deux chefs de race dans les pedigrees des deux lauréats majeurs de dimanche à Longchamp : Silasol (Monsun), gagnante du Pour Moi Coolmore Prix Saint Alary (Gr1), est par une fille de Gulch (Mr Prospector) et sa deuxième mère est inbred en 3x4 sur Northern Dancer, et Maxios a pour mère une petite-fille de Northern Dancer et de Mr Prospector. D'ailleurs, douze des dix-sept gagnants de Gr1 que Monsun a produits sont issus d'une descendante directe de Northern Dancer : pour qu'un croisement outcross fonctionne, il est utile qu'il puisse s'asseoir sur une affinité génétique solide !

UN HISTORIQUE PORTEUR D'ESPOIR...

Avant Silasol, Monsun avait déjà enregistré un succès dans le "Saint-Alary" avec sa fille Stacelita, en 2009. De son côté, Maxios galope dans les traces de son demi-frère Manduro, lauréat du Prix d'Ispahan en 2007 (aujourd'hui étalon au haras du Logis et père de la lauréate des Oaks d'Italie, Gr2, dimanche !). On souhaitera à nos deux champions une réussite au moins égale à celle de leurs glorieux prédécesseurs, dans le Prix de Diane pour la demoiselle, et dans les Prince of Wales's Stakes ou le Prix Jacques Le Marois pour le mâle !