Rene sauval : le "grand steeple" a dix-sept ans !

Autres informations / 17.05.2013

Rene sauval : le "grand steeple" a dix-sept ans !

PAR GUY

THIBAULT, HISTORIEN DES COURSES

Né à

Paris le 6 avril 1889, René Sauval a gagné le Grand Steeple-Chase de Paris en

selle sur Burgrave II le 3 juin 1906 alors qu’il était apprenti. Âgé de

dix-sept ans, un mois et vingt-sept jours, il est le plus jeune jockey à avoir

remporté la plus grande course de l’hippodrome d’Auteuil dont ce sera la 135e

édition dimanche prochain. Il est aussi le deuxième citoyen français à avoir

gagné le "Grand Steeple" après que le Béarnais Hubert Mousset – en

1889 avec Le Torpilleur – eût interrompu la suprématie des jockeys

britanniques. Après une seconde victoire obtenue dès l’année suivante (avec

Grosse Mère) dans le "Grand Steeple", René Sauval devint rapidement

l’une des vedettes d’Auteuil. Car à l’instar des nouveaux champions, Alec

Carter et George Parfrement, il adopte une monte plus courte que les jockeys

anglais traditionnels. Ainsi, il devient vice-champion des jockeys d’obstacle

durant quatre années (de 1908 à 1911), devancé chaque fois par George

Parfrement. L’hippodrome de Saint-Ouen fut particulièrement favorable à René

Sauval qui y établit deux records. En 1912, le 4 mai, il y fut victorieux dans

les quatre courses qu’il monta et, le 21 mai, ce furent cinq victoires qui

soldèrent ses six montes. Le 20 juillet 1914, avec Figurine, c’est lui enleva

la dernière course organisée sur cet hippodrome qui deviendra un stade après la

Première Guerre mondiale. Au palmarès de René Sauval, outre ses deux

"Grands Steeple",on relève – avec Royal Visiteur – le Prix La Haye

Jousselin en 1907 et le Prix Murat en 1908, le Prix du Président de la République

en 1909 (Journaliste), le très riche Grand Prix de la Ville de Nice en 1909

(Chanoine) et en 1911 (Cheshire Cat), le Grand Steeple-chase d’Enghien en 1914

(Le Potache) et le Prix des Drags en 1919 (Albanais). Après quoi, René Sauval

aborde une nouvelle carrière ; il abandonne l’obstacle pour le plat tout en se

faisant entraîneur (6, rue du Fossé à Maisons-Laffitte) d’une demi-douzaine de

chevaux – dont la plupart à lui – qu’il monte lui-même quand leur poids n’est

pas inférieur à 54 kilos. C’est ainsi que son meilleur cheval fut Recordman (né

en 1925), titulaire de neuf victoires en plat – dont huit monté par lui-même –

qui de surcroît remporta en steeple le Grand Prix du Conseil Général à Cannes

en 1931 monté par le champion Jean Luc. Entraîneur jusqu’en 1947 – alors qu’il

atteint sa cinquante-huitième année – et décédé en juillet 1974 à

quatre-vingt-cinq ans, René Sauval avait révélé en juin 1914 à la revue La Vie

au Grand Air les détails du début de sa carrière qu’il est intéressant de

découvrir.  « Mon père suivait les

courses avec conviction ; le jeudi ou le dimanche, à titre de récompense, il

nous emmenait avec lui, mon frère et moi, soit à Longchamp, soit à Auteuil. Ces

séances constituaient pour nous une réjouissance qui frappait beaucoup mon

imagination. Les casaques chatoyantes, les chevaux fougueux et le public

enthousiaste trottaient dans ma jeune cervelle, au détriment des leçons de

grammaire ou d’arithmétique qu’on s’efforçait de m’inculquer à Saint-Nicolas de

Vaugirard. Bientôt, cédant à mes instances et à mon obstination, mon père se

résigna à me retirer de l’école et me conduisit un beau matin à

Maisons-Laffitte pour me présenter à l’entraîneur Lawrence, qui m’accepta en en

raison de ma robustesse étonnante, si l’on songe à ma taille minuscule et à mon

poids de 30 kilos. Dès le lendemain, je commençai mon nouveau métier par des

débuts chiches de promesse. Ma première tentative sur le dos d’un pur sang se

termina par une chute magistrale qui, me clouant au lit pendant quinze jours,

refroidit quelque peu mon ardeur. Je fus alors relégué au seul service de la

cour ; cependant, à quelque temps, mon patron recourut à nouvelle expérience.

De ce jour, je m’appliquai avec tant de coeur que je fis de rapides progrès.

Quelques mois après, je montais dans tous les galops. Je débutai bientôt sur

les hippodromes et remportai ma première victoire à Colombes, le 5 avril 1905,

avec un fils de Saint Damien, Saint Lazare, à M. Sydney Platt, battant d’une

encolure un cheval de M. W.-K. Vanderbilt, Mac Keesport. Mais je ne devais pas

poursuivre longtemps la spécialité des courses plates. Le hasard voulut qu’un

jour mon patron me fit monter à l’exercice sur les obstacles, malgré mon poids

extra-léger de 40 kilos. Je ne m’en tirai pas trop mal et je continuai mon

apprentissage avec la jument de cinq ans Bisbille. » L’année suivante, 1906,

fin février à Auteuil, René Sauval en selle sur la jument Planète devait «

égayer la monotonie d’une course à trois en se recevant, à la rivière des

tribunes à Auteuil, au beau milieu de l’eau glacée, où nous exécutâmes un

véritable plongeon. Cependant quelques victoires acquises attirèrent

l’attention de M. Gaston-Dreyfus, qui, bien que je ne fusse qu’apprenti,

m’engagea comme premier jockey. C’est ainsi que je fus amené à monter Burgrave II

dans le Grand Steeple de 1906. L’entraînement du cheval fut particulièrement

sévère ; dans les dix jours qui précédèrent la course, il ne couvrit pas moins

de trois fois la distance de l’épreuve [alors 6.400 mètres, ndla] en

franchissant vingt-cinq obstacles. Bref, au jour fixé, il était dans un état

magnifique et ma tâche fut bien simple. D’impressions pendant la course, je

n’en eus pour ainsi dire pas,  mes

dix-sept ans m’empêchèrent sans doute d’apprécier l’importance de ma tâche et

la responsabilité qui m’incombait. Ce fut avec un sang-froid désintéressé que

j’imposai une sage course d’attente à mon cheval, me trouvant ainsi en posture

de venir prendre part à la lutte au bull-finch et de m’assurer un avantage de

deux longueurs sur le fameux Violon II. 

L’année suivante je renouvelai ce succès avec Grosse Mère. Mais il s’en

fallut de bien peu que je fusse dans mon lit le jour de la course.

L’avant-veille, en montant à l’exercice une jument de trois ans nommée Laverrière,

j’allais passer la dernière haie, lorsque la bête, se jetant de côté, franchit

l’aile de l’obstacle, me désarçonna et retomba sur moi. Je m’en tirai avec de

fortes contusions au cou et aux reins ; et deux jours de soins énergiques me

permirent de me mettre en selle pour la grande épreuve. »