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Jour de Galop

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Courtiser les meilleurs performers internationaux pour booster la mediatisation des courses

Autres informations / 21.06.2013

Courtiser les meilleurs performers internationaux pour booster la mediatisation des courses

Par Génération Galop

Peu importe son issue décevante, l’épique tentative d’Animal Kingdom dans les Queen Anne Stakes Gr.1 et la médiatisation tous azimuts qui l’a accompagnée ont une nouvelle fois mis en lumière l’intérêt de « démarcher » des partants étrangers de haut niveau pour les plus grandes épreuves, une pratique à laquelle la France ne s’est pas encore convertie. L’extraordinaire odyssée de ce cheval, déjà lauréat de l’épreuve reine dans son pays et qui, loin de se contenter de ce titre, entreprend un périple inédit pour se mesurer aux meilleurs compétiteurs internationaux, a séduit les médias du monde entier. Aux USA, où il est né, en Australie, où il fera la monte, et bien sûr en Grande-Bretagne, il a largement dépassé les frontières de la presse hippique spécialisée.

Certes, une part non négligeable de ce battage médiatique a été alimentée par les propriétaires du cheval eux-mêmes, dans l’objectif de lui préparer une entrée tonitruante au haras : comptes Twitter et Facebook, site internet dédié, clips vidéos permettant de suivre la préparation du champion au jour le jour, bref une campagne de communication de grande envergure, orchestrée à la perfection par une agence spécialisée. Toutefois, la participation d’Animal Kingdom à une course qui se déroule à 6.000 km de son lieu d’entraînement et offre moins de £200.000 au gagnant – alors que son compte en banque affichait déjà plus de £5 millions – ne doit rien au hasard.

Comme l’a expliqué Nick Smith, responsable des relations publiques de l’hippodrome d’Ascot, dans une interview à la chaîne britannique Channel 4 : « Notre politique consiste à contacter l’entourage de chevaux étrangers qui peuvent apporter un « plus » au meeting, ce qui implique de financer une partie de leur déplacement, en général la moitié pour les meilleurs chevaux ». La présence de visiteurs de marque est en effet vue comme un formidable booster pour le rayonnement international et médiatique du meeting royal : « Le meeting 2013 tourne essentiellement autour des Américains. Nous avons le cheval le plus connu aux USA, donc cette course va être l’épreuve phare du meeting, de la même façon que Black Caviar était la star l’an dernier. Ce qu’il essaie de réaliser n’a jamais été fait, c’est un challenge unique. Un peu comme un joueur de tennis qui essaie de gagner sur toutes les surfaces. Ce genre de campagne agressive est très rare dans les courses, c’est très courageux de la part de son entourage, et c’est fantastique pour notre événement. »

Lorsqu’on lui demande si la notoriété intrinsèque de Royal Ascot ne suffit pas à attirer les meilleurs chevaux étrangers, Nick Smith ne s’illusionne pas : « La plupart des gens dans le monde des courses connaissent Royal Ascot, mais je crois

que cela aide de prendre les devants et d’aller parler aux propriétaires de façon proactive pour leur dire que nous souhaitons réellement qu’ils viennent. Je connais la plupart de ces entraîneurs, propriétaires et organisations après plusieurs années dans ce rôle, et cela aide d’avoir ces relations. »

Il est donc bon de rappeler que le « démarchage » de concurrents étrangers, arguments financiers à l’appui, n’est pas réservé aux nouvelles nations hippiques en quête de reconnaissance, telles que Hong Kong ou Singapour. En Australie aussi, le fait de « vendre » les grandes épreuves à l’étranger est une pratique désormais bien ancrée, et les autorités sont même critiquées lorsqu’elles ne parviennent pas à attirer de concurrents internationaux ! Après avoir longtemps essuyé de tels commentaires au sujet du Cox Plate, qui n’a pas recueilli de souscription étrangère depuis 2005, le Mooney Valley Racing Club a récemment décidé de prendre le taureau par les cornes en publiant une « wish list » de 20 chevaux entraînés en Afrique du Sud, Grande-Bretagne, France, Irlande, à Hong Kong ou encore aux USA, pour lesquels l’autorité s’engage à prendre à sa charge les frais de transport. Le très francophile Bob Scarborough, président du MVRC, a déclaré : « J’espère que les propriétaires des meilleurs chevaux du monde accepteront notre invitation de venir à Melbourne participer au championnat de l’hémisphère sud disputé selon la formule « poids pour âge » [rappelons que la Melbourne Cup est un handicap], et tenteront de devenir le premier concurrent étranger à s’emparer de ce titre ».

Camelot, Giofra ou encore Planteur iront-ils croiser le fer avec les meilleurs Australiens ? Ce serait sans aucun doute une aubaine pour le rayonnement du Cox Plate et des courses australiennes en général. Après tout, ces paris extrêmement audacieux voire un peu fous font partie de l’ADN des courses – les premiers challenges transatlantiques remontent aux années 1920, notamment avec le « Wertheimer » Epinard – et ont toujours capturé l’imagination du grand public. Pourquoi ne pas procéder de la même façon pour nos grands championnats intergénérationnels (l’Arc bien sûr, mais aussi le Prix Jacques Le Marois, le Moulin de Longchamp, le Grand Prix de Saint-Cloud, le Prix Maurice de Gheest et même les Gr.1 réservés aux femelles ?). Notre pays possède un avantage immense dans la chasse aux partants internationaux : les allocations les plus élevées d’Europe. Et l’enthousiasme suscité, tant du côté du public que des médias, par les tentatives de El Condor Pasa, Deep Impact, ou encore Orfevre, est plus qu’encourageant sur le potentiel de ces démarches.