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Francis teboul : « tout est possible aux courses »

Autres informations / 11.06.2013

Francis teboul : « tout est possible aux courses »

Vingt-quatre heures après le succès de Gémix (Carlotamix) dans la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1), Francis Teboul, son propriétaire, a la voix cassée par l’émotion. Il est revenu avec nous sur l’histoire aux accents de conte de fée qu’il vit grâce à l’alezan, vingt-cinq ans après avoir pris ses couleurs.

L’ACHAT

« Un soir de juillet 2010, je rentrais chez moi et je suis tombé un peu accidentellement sur les courses de Vichy. J’étais avec mon épouse et mon fils, Benjamin, et nous repérons un cheval avant une course à réclamer. Son modèle nous plaît et avant la course, mon épouse me dit de le réclamer s’il gagne. Il s’impose vraiment brillamment, sous une pluie battante. Je mets un premier bulletin, et ma femme me conseille d’en mettre un second, de peur que je ne l’aie pas. Et pourtant, généralement, elle n’a pas besoin de m’encourager pour que j’achète des chevaux ! Ce cheval, vous l’avez compris, c’était Gémix. J’ai proposé à un ami, Michel Haski, de participer à l’aventure avec moi. Il revenait aux courses après avoir déjà connu de la réussite en s’associant avec moi sur une jument nommée Reine de Lestrade, qui a gagné un Quinté. Gémix a réalisé une jolie carrière en plat, puisqu’il a gagné une course D puis une “B”. Quand il a commencé à plafonner dans cette discipline, Nicolas Bertran de Balanda nous a proposé de le mettre sur les "balais". Finalement, il n’y a que lors de ses débuts que nous avons souffert. Un cheval est tombé devant lui, le faisant chuter à son tour. Ensuite, son palmarès ne compte pas de fausse note. Il a couru onze fois en obstacle, pour six victoires et quatre places... »

UN ENCOURAGEMENT POUR LES “PETITS”

« Gémix nous fait vivre une histoire merveilleuse. Comme je l’ai dit hier, pris par l’émotion, cette victoire montre que tout est possible aux courses. Ce ne sont pas toujours les meilleurs étalons croisés aux meilleures poulinières qui donnent les meilleurs chevaux. Parfois, une fée donne un coup de baguette magique, et des petits propriétaires, car c’est ainsi que je me considère, peuvent gagner au plus haut niveau. »

DE DENHAM RED A GEMIX, DE JEHAN A NICOLAS...

« À une période, je n’achetais que des chevaux à réclamer. J’ai connu beaucoup de succès par ce biais. Denham Red avait été acheté ainsi, et c’est devenu un très grand cheval de haies qui a juste eu la malchance de tomber sur Villez, puis un étalon, Il a terminé deuxième du Prix Cambacérès, deuxième du Prix Alain du Breil... Il était entraîné par Jehan Bertran de Balanda, donc finalement, ce que je n’ai pas réussi à faire avec le père, nous l’avons fait avec le fils ! Five Fishes, placée de Gr3 et gagnante de Listed, Saperlipoupette, gagnante de trois Quintés mais aussi d’un Gr3 en Allemagne et placée de Gr2 en Italie, ou Zuppa Inglese, qui a aussi gagné au niveau Quinté, ont tous été acquis à réclamer ! »

UNE  POLITIQUE  D’ACHAT  QUI  S’EST  DIVERSIFIEE  AVEC  LE TEMPS

« Au fil du temps, je suis devenu un propriétaire “multicanal”. J’ai gardé certaines juments comme poulinières. Je me suis donc lancé dans l’élevage. Puis j’ai fait la connaissance de Paul Basquin, et il me conseille dans mes achats dans les ventes de 2ans montés. Je lui ai aussi confié toute la partie débourrage-préentraînement de mes poulains, et nous sommes associés sur la propriété de chevaux, comme Five Avenue, chez Jean-Claude Rouget, ou Arthur the King, chez Yan Durepaire. J’ai une douzaine de chevaux à l’entraînement, la majorité en association, chez un certain nombre d’entraîneurs, Yan Durepaire, Jean-Claude Rouget, Damien de Watrigant, Élie Lellouche et bien entendu Nicolas Bertran de Balanda, avec qui je vais encore développer ma collaboration. »

LA FIDELITE AUX BALANDA

« Mon histoire avec la famille de Balanda dure depuis plus de vingt ans. J’ai connu Nicolas alors qu’il avait une dizaine d’années. Je pense avoir été l’un de ses tout premiers propriétaires, à l’époque où il était installé à Lyon. Je voulais lui donner un coup de main, et m’offrir un succès dans la Grande Course de Haies, c’est le plus beau retour qu’il pouvait me rendre. Je ne suis pas certain d’avoir déjà ressenti une émotion aussi forte que celle de dimanche. J’ai beaucoup d’amitié et de tendresse pour lui. S’appeler de Balanda dans ce milieu n’était pas évident, et il a réussi à se faire un prénom, grâce à son sérieux, son honnêteté et son professionnalisme. Il a réalisé un travail formidable avec Gémix, qui était “tout fou” au début. Pour tout vous dire, il y a deux semaines, je n’étais pas sûr de courir. Nous avons eu une dernière réunion avec mon associé, Nicolas et David Cottin.

J’avais peur de courir un 5ans contre ses aînés. Mais Nicolas et David ont su trouver les arguments, notamment sur la tenue du cheval, et David nous avait dit que si cela n’allait pas, il ne lui ferait pas mal. La veille de la course, j’espérais une quatrième ou une cinquième place ! Mais mon associé, qui aime les statistiques, m’avait fait remarquer que la dernière fois qu’un Mullins avait gagné deux fois de suite, c’est un Balanda qui avait gagné la fois suivante... L’histoire s’est répétée ! Vingt-cinq ans après avoir pris mes couleurs, choisies avec Léon Gaumondy, l’entraîneur de Hyères III avec qui nous avons débuté, j’ai connu la consécration. »