Philippe bouchara : « le programme, c’est le nerf de la guerre »

Autres informations / 17.07.2013

Philippe bouchara : « le programme, c’est le nerf de la guerre »

Le Syndicat national des propriétaires tenait son assemblée générale ce mardi, en plein cœur de la Grande Semaine de Vichy. C’était l’occasion pour l’assistance de revenir, avec son président Philippe Bouchara, et en présence de Bertrand Bélinguier, président de France Galop, sur les grands sujets qui agitent en ce moment le monde des courses.

LE PROGRAMME AU CENTRE DES PREOCCUPATIONS

Pour lancer un sujet qu’il considère comme crucial, le programme des courses, Philippe Bouchara a livré une statistique du PMU. En 2011, 46 % des courses (galop et trot confondus) réunissaient quatorze partants ou plus. En 2012, elles ne représentaient plus que 44 %. Ce recul de deux points entraîne une baisse de 80 millions d’euros du chiffre d’affaires du PMU. « À la lecture de ces données, on se dit que l’on peut trouver des ressources dans le cadre d’un travail nouveau sur le programme, en ouvrant un peu plus nos courses et en analysant pourquoi certaines courses ont si peu de partants, a développé Philippe Bouchara. Au sein du syndicat national, nous pensons qu’aujourd’hui, le programme doit être repensé, réétudié régulièrement, en fonction du nombre de chevaux entraînés dans les régions, du nombre de chevaux courant sur les différentes distances... Le programme, c’est le nerf de la guerre. Nous avons eu l’idée, lors du dernier conseil d’administration de notre syndicat, de confier une mission à chacun de nos présidents de régions pour leur demander ce qu’ils aimeraient voir évoluer au niveau du programme sur leur territoire. En mettant en commun toutes ces idées, nous allons pouvoir faire des propositions à France Galop, ce qui est le rôle d’un syndicat comme le nôtre. »

Bertrand Bélinguier a lui aussi exposé ses idées en matière de programme et annoncé la création d’une commission dédiée à ce sujet : « Trop de chevaux de qualité moyenne doivent aujourd’hui se déplacer sur de longues distances pour trouver des courses. Cela coûte cher, en transport des hommes, et évidemment en transport des chevaux compte tenu de la hausse des carburants. Nous avons effectivement un programme qui a fait une large part à la décentralisation. C’est très bien, et il était indispensable de le faire. Au-delà de cela, nous constatons aujourd’hui que nous avons été amenés à multiplier les réunions premium en régions, à la demande du PMU, pour rivaliser avec l’offre des paris sportifs. Mais il n’est pas normal qu’un cheval, où qu’il soit entraîné, effectue 1.300 km aller-retour pour disputer une troisième épreuve de handicap ou un "réclamer". Il faut essayer de trouver des solutions. Si l’on admet que les chevaux de très bonne valeur doivent voyager pour se mesurer entre eux, puisque c’est le principe même de la sélection, il faut en revanche éviter que les chevaux de petite valeur fassent tous ces kilomètres. Il s’agit d’un sujet difficile, car le programme est un monument et l’on peut créer des difficultés en touchant une ou deux courses. Nous avons déjà initié certaines choses, comme la multiplication de séries de deux ou trois réunions de courses, ainsi que nous l’avons vu à La Teste et bientôt au Lion-d’Angers. Cela ne règlera pas tout le problème, et je souhaite qu’au sein du conseil du plat, Loïc Malivet puisse mettre en place une commission avec tous ceux qui sont le plus habilités à travailler sur ce sujet afin de recueillir des idées pour limiter ces coûts de déplacement. Il s’agit d’un travail indispensable, et je sais que Loïc va prendre ce sujet très à cœur. Toutes les idées sont les bienvenues. »

LA REFORME DES INDEMNITES DE TRANSPORT

Au lendemain de l’annonce des amendes écopées par certains entraîneurs dans l’affaire des non partants de Dax, la réforme des indemnités de transport a beaucoup fait parler dans les allées de Vichy, et l’A.G. du syndicat des propriétaires n’y a pas échappé. Bertrand Bélinguier a pu s’exprimer à ce sujet : « Il faut rappeler que cette réforme concerne en premier lieu les propriétaires. Elle a été rendue indispensable quand la STH-Hipavia a résilié le contrat qui la liait à France Galop. Par conséquent, nous nous sommes retrouvés dans une situation où il fallait vraiment agir. Nous avons donc organisé les choses comme elles devaient l’être et confié un travail à un propriétaire, Jean de Cheffontaines. Il a consulté un certain nombre de personnes, propriétaires, entraîneurs, et il a fait des propositions qui ont été discutées par chaque association et syndicats représentatifs, avant d’être de nouveau discutées au conseil du plat et à celui de l’obstacle, puis d’être adoptées par le conseil d’administration. À budget constant (10 millions d’euros), cette réforme nous a permis d’augmenter de 7 % le montant des indemnités. Simplement, nous avons plafonné pour éviter que ces indemnités ne se transforment en allocations supplémentaires. C’est, je pense, une mesure équilibrée et positive. »

LE RAPPORT DU COMITE STRATEGIQUE REMIS LE 31 JUILLET AUX MINISTRES

Patrick Fellous a questionné Bertrand Bélinguier sur le contenu du rapport du comité stratégique. Le président de France Galop a expliqué : « Il y a plus d’un an, nous avons mis en place, avec Le Trot [nouvelle appellation de la Société du Cheval Français, ndlr], un comité stratégique, partant du constat qu’il fallait préparer l’avenir de l’institution des courses. Nous avons commencé par faire réaliser trois audits, l’un sur les ressources de l’institution, le deuxième sur les dépenses des sociétés des courses, et le dernier sur la situation des socioprofessionnels. Une fois que nous avons eu ces audits, nous avons évidemment travaillé pour aboutir à un certain nombre de conclusions. Ces travaux ont été conduits sous la présidence du sénateur Ambroise Du-

pont. Nous sommes maintenant au bout de nos travaux. Le rapport n’est pas encore sorti. Il sera présenté le 31 juillet à nos deux ministres de tutelle, celui de l’Agriculture et celui du Budget. À partir de là, nous serons en mesure de communiquer. Je le rappelle, l’objectif de ce comité est simple : avoir le maximum de marge de manœuvre pour que l’institution des courses ait le plus d’argent pour fonctionner.

Il faudra donc à la fois mettre en place un volet de rationalisation des dépenses de l’institution, et un objectif de développement. Il m’a paru indispensable de mettre en place un projet d’entreprise pour France Galop. Il est essentiel que l’on puisse déterminer un plan d’action qui engage l’intégralité des équipes de France Galop. Les propriétaires attendent que ce soit à la fois une maison dynamique et une société de services gérée au plus près, afin que nous puissions avoir le maximum d’argent pour les courses. Je le répète, c’est l’objectif et cela a toujours été le mien quelles qu'aient été les fonctions que j’ai pu occuper au sein de l’institution. Concrètement, cela veut dire que nous allons examiner de façon systématique toutes les dépenses effectuées au sein de l’Institution, regarder comment on peut mieux gérer, et c’est aussi bien entendu avoir un volet de développement. Ce développement, c’est à la fois nous préoccuper de l’image des courses, et c’est le sens de la mission que Patrick Fellous a exercée, mais au-delà de cette mission d’image, c’est de redevenir une activité à la mode, bien perçue, pour attirer le public et de nouveaux propriétaires. C’est pour cette raison que nous avons voulu donner un élan supplémentaire au département propriétaires et à la commission des propriétaires, et aussi donner des moyens supplémentaires pour permettre le développement de la multipropriété par exemple. Coté public, nous avons des signes d’encouragement très fort, comme le record d’affluence enregistré lors du Prix de Diane-Longines. Il y a beaucoup d’espoir et du répondant en ce qui concerne l’activité des courses. »

TAXE AFFECTEE : LE COMPTE N’Y EST PAS, MAIS...

En évoquant l’objectif du comité stratégique, Bertrand Bélinguier a commenté la décision de la Commission européenne de fixer la taxe affectée à 5,6 % : « Par rapport aux 8 % qui avaient été votés par l’Assemblée nationale, les 5,6 % accordés par la Commission européenne après de longues négociations avec l’État français ne nous donnent pas satisfaction. Le compte n’y est pas, et avec mon homologue du trot, nous venons d’écrire au ministre du Budget et à celui de l’Agriculture pour leur expliquer la problématique que nous pose cette décision prise par la Commission européenne et qui devra, pour entrer en vigueur, être votée par le parlement français dans le cadre du budget pour l’année prochaine. Mais il y a tout de même un élément positif, et même très positif : pour la première fois au niveau européen, on reconnaît que les sociétés de courses peuvent bénéficier d’une rémunération spécifique. Cette reconnaissance officielle n’est pas rien. »