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Jour de Galop

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Un "guide michelin" des hippodromes

Autres informations / 11.07.2013

Un "guide michelin" des hippodromes

Les hippodromes sont des lieux de convivialité qui accueillent plusieurs types de visiteurs : public bien sûr – composé d’enfants et d’adultes, d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes – propriétaires, entraîneurs, éleveurs, parieurs, visiteurs étrangers, personnel d’écurie, jockeys, chevaux, entreprises, sponsors... et j’en oublie certainement. Des "segments de clientèle" différents, qui viennent aux courses pour des raisons différentes (à commencer par le fait qu’il s’agit d’un loisir pour certains, d’un travail pour d’autres, voire un peu des deux pour les événements "corporate" !), ne s’intéressent pas nécessairement aux mêmes aspects des courses, ni ne recherchent la même "expérience" sur un hippodrome.

Il faut bien reconnaître que peu de sports regroupent une telle diversité d’acteurs et de spectateurs. La "catégorie" des propriétaires est même tout à fait spécifique aux courses hippiques : quelle autre compétition fait intervenir un acteur qui n’est pas l’athlète lui-même, ni son coach, ni une entreprise sponsor... mais sans lequel l’événement ne pourrait avoir lieu ?

Offrir un accueil, des infrastructures et un spectacle qui satisfasse des populations aussi variées est un défi de grande ampleur. Le relever nécessite un éventail de compétences extraordinairement large, de l’entretien de la piste à la conception et à la gestion des espaces d’accueil ou de l’offre de restauration, en passant par les relations publiques avec les professionnels et les propriétaires, le recrutement et la formation des équipes, la promotion de l’événement, l’organisation d’animations entre les courses pour petits et grands, etc. Un sacré challenge, surtout en France où la majorité des hippodromes sont gérés par des structures associatives animées par des bénévoles !

Beaucoup d’"utilisateurs" réguliers des hippodromes français, qu’ils soient propriétaires, entraîneurs, éleveurs, courtiers ou turfistes, ont déploré au cours de nos enquêtes des manquements sur certains points de cette impressionnante check-list. Dès lors, la question que nous nous posons est : comment encourager nos hippodromes à s’améliorer, à progresser, à innover ?

Le quotidien britannique Racing Post a eu une idée originale, il y a quelques années. Pendant près de deux ans, une de leurs plus fines plumes, David Ashforth, a sillonné le Royaume-Uni et l’Irlande à la découverte des 87 hippodromes qui émaillent le territoire. Il a passé au crible la totalité des infrastructures et des prestations offertes aux différents segments de clientèle, interviewant les jockeys, le personnel d’accompagnement des chevaux, les propriétaires présents, testant les bars, les restaurants, les guichets de jeu, les toilettes... Cette vaste enquête a donné lieu à une série de reportages dans le célèbre quotidien, qui, grâce à la plume alerte et humoristique de David Ashforth, a rencontré un immense succès. De nombreux autres organes de presse, nationaux et régionaux, s’en sont fait l’écho. En outre, le journaliste a attribué des notes de 1 à 5 à chaque hippodrome, selon plusieurs critères dont l’accès, le cadre, l’accueil, les sanitaires, la restauration, le jeu, l’ambiance, ou encore la qualité de la perspective pour voir les courses depuis les différentes enclosures. Un classement général a enfin été établi sur le total des points obtenus.

L’impact de ce racecourse tour a été tout à fait significatif. Les hippodromes les mieux notés (Cheltenham en tête) en ont tiré profit pour leur communication et leur recherche de partenaires, tandis que beaucoup d’hippodromes "à la traîne" ou déçus de leur classement se sont efforcés d’apporter des améliorations sur les points les plus critiqués. Six ans plus tard, l’émulation entre champs de course a été institutionnalisée par Racing For Change à travers les Racecourse Showcase Awards, une compétition annuelle qui récompense les meilleures initiatives dans le domaine de la restauration, de l’initiation ou encore de l’événementiel.

Qui lancera le "Guide Michelin des hippodromes français" ? Certes, il ne s’agit pas, chez nous, de 87 hippodromes... mais de 251 ! Il serait peut-être raisonnable de commencer par les 155 hippodromes qui courent au galop... Et il paraîtrait juste d’adapter la grille d’évaluation aux différentes catégories (de pôle national à troisième catégorie) : on ne peut pas demander aux champs de course n'ouvrant que deux fois par an de proposer le même niveau de service que ceux où se courent les Grands Prix. Ces précautions prises, il y aurait sans doute là une belle manière de valoriser les efforts des sociétés de courses, et de stimuler leur détermination à innover en faveur du développement et de la fidélisation de leur clientèle.