La place de la france au sein de l’europe hippique au cœur des debats

Autres informations / 22.08.2013

La place de la france au sein de l’europe hippique au cœur des debats

L’Assemblée générale du Syndicat des éleveurs, qui s’est tenue ce mercredi à Deauville, a débuté par différents exposés techniques relatifs aux diverses commissions (sanitaire, étalonniers, jeunes éleveurs, élevage et technique) du syndicat.

Puis, Bertrand Bélinguier, Président de France Galop, a exposé les conclusions du comité stratégique, comme il l’avait fait dans nos colonnes il y a quelques jours, ainsi que dans l’émission Equidia Turf Club. « Dans le monde hippique tel qu’il fonctionne, il n’existe pas de bon système sans une relation très étroite entre l’organisation des courses et l’organisation des paris, a-t-il rappelé.

Nous avons la chance d’avoir en France un système où l’organisateur des paris, en l’occurrence le PMU, est en étroite symbiose avec les sociétés mères. Et ceci existe depuis 1997. C’est un acquis qu’il faut préserver pour l’avenir, un véritable élément fondateur. Le deuxième élément auquel tout le monde est attaché, c’est la forme associative.

Troisième élément, notre activité dépend du jeu et des paris, et qui dit paris dit forcément Etat. Il est important que l’institution des courses puisse continuer à travailler dans une relation de partenariat positif avec les représentants de l’Etat. A partir de ce socle, nous avons constaté, lorsque nous avons commencé nos travaux, que nous étions dans une situation de détérioration économique générale de notre pays, qui a forcément affecté les paris hippiques. Il fallait que nous ayons une préoccupation qui soit résolument économique. Notre but est donc de trouver les marges de manœuvres nécessaires pour que le financement des courses puisse se faire dans des bonnes conditions pour l’avenir. Concrètement, cela veut dire examiner avec lucidité toutes nos dépenses et nos coûts de gestion, voire comment nous pouvons mieux gérer et ne pas hésiter à regarder

même ce qui peut paraître ne pas représenter de problèmes. C’est ce que nous avons décidé de faire au sein de chaque société mère. Nous devons rationnaliser les dépenses de l’institution pour avoir un objectif très simple : donner plus d’argent aux courses. Les prix des courses sont notre raison d’être. Une société mère qui s’éloignerait de cette préoccupation ne remplirait pas sa mission. Nous sommes là pour distribuer des allocations pour permettre qu’il y ait des propriétaires qui puissent acheter des chevaux que vous élevez, les mettre à l’entraînement, les faire courir et en racheter d’autres. Au galop, nous sommes dans un environnement concurrentiel. Et il faut que nous puissions tenir notre rang dans cette concurrence. »

LA COOPERATION AVEC LES AUTRES PAYS EUROPEENS, UNE ACTION ESSENTIELLE

Le Président de France Galop a aussi insisté sur l’importance des relais de développement à l’international : « Nous considérons que parce que nous sommes aujourd’hui dans une situation enviable par rapport à beaucoup d’autres pays, nous pouvons agir plus à l’exportation. Le savoir-faire acquis reconnu par le PMU pour le développement de paris hippiques, l’organisation de la filière en matière de courses et d’élevage, sont aujourd’hui regardés avec beaucoup d’intérêt par un certain nombre de pays, parfois très éloignés des autres, comme c’est le cas de la Chine ou parfois aussi près de notre porte. Au niveau des ventes, nous avons constaté, grâce à l’effort conjugué des éleveurs, qui ont présenté de très beaux produits, d’Arqana et du FRBC, que les acheteurs sont venus de très nombreux pays et qu’ils ont souvent pris la décision de laisser des chevaux à l’entraînement en France. C’est un mouvement positif pour l’avenir. Pour autant, ne croyez pas que je sous-estime les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Le problème de la taxe affectée, de la TVA, de la hausse des coûts d’exploitation sont des vrais problèmes qui nous préoccupent énormément. La situation de nombreux professionnels de la filière exige une attention toute particulière.

Notre objectif, le seul objectif, c’est simplement de prendre les mesures pour vous aider le plus possible à passer ce cap difficile. Je pense que nous avons eu une bonne écoute par les pouvoirs publics, notamment au sujet de la compensation liée à la hausse de la TVA. »

QUAND DANIEL AUGEREAU INTERROGE BERTRAND BELINGUIER...

Daniel Augereau, présent dans la salle en tant que membre du Syndicat des éleveurs et fondateur de l’Asselco, a interpellé le président au sujet du rapport commandé par François Fillon en juin 2011 et remis en février 2012 au Premier Ministre ainsi qu’aux Présidents des deux sociétés-mères : « Ce rapport a démontré qu’il était absolument impératif et urgent de réorganiser les courses françaises, et de réformer l’organisation de l’institution. Ce rapport a été remis en février 2012. J’ai proposé la mise en place urgente d’un comité stratégique puis, immédiatement, d’un comité de pilotage compte tenu de l’urgence des mesures à prendre. J’ai proposé que l’on fasse immédiatement tous les audits nécessaires pour que l’on identifie tous les problèmes de la filière cheval. Vous semblez passer sous silence ce rapport. Vous n’en parlez jamais. Aujourd’hui, vous annoncez que vous avez travaillé dix-huit mois pour faire un rapport, et que vous allez bientôt proposer un plan pour les cinq années qui viennent, un plan dit stratégique, ce que je proposais déjà dans mon rapport. Pourquoi n’êtes-vous pas allés plus vite ? Et pourquoi ne vous êtes-vous pas saisi de mon rapport de 70 pages ? »

Bertrand Bélinguier lui a répondu dans ces termes : « Je vous réponds très simplement. D’abord, nous avons étudié votre rapport. Il y a beaucoup d’éléments intéressants. Mais nous n’avons pas la même conception. Il nous a semblé qu’en suivant vos recommandations, on aboutirait à une double division au sein de l’Institution, d’une part entre les sociétés mères et les sociétés régionales, et d’autre part entre le PMU et les sociétés mères. Cela nous a paru extrêmement dangereux. Nous sommes donc partis sur quelque chose de beaucoup plus concret et pragmatique concernant la situation des courses. »

LA PLACE DE L’ELEVAGE FRANÇAIS DANS L’EUROPE DE DEMAIN

Le débat qui suivait l’assemblée avait pour thème : « Quelle place pour notre élevage dans l’Europe de demain ? » Bertrand Bélinguier, Louis Romanet, Eric Hoyeau, représentant Arqana, Emmanuel Viaud, pour Osarus, Benoît Cornu, directeur de la communication du PMU et Cathy McGlynn, secrétaire générale et lobbyiste pour l’EFTBA, se sont succédés à la tribune.

Bertrand Bélinguier a lancé le débat, en soulignant l’importance d’une présence française active auprès de la Commission européenne : « En ce qui concerne la loi d’ouverture du marché des paris hippiques par internet, j’ai eu l’occasion d’aller très souvent à Bruxelles pour défendre la situation exceptionnelle de la filière hippique. C’est là où j’ai appris à quel point il était indispensable d’avoir une présence de plus en plus active au niveau de la commission européenne. Pour moi, c’est un élément essentiel. C’est pour cela que dans le rapport du comité stratégique, nous avons clairement évoqué cette possibilité d’avoir une présence si possible permanente à Bruxelles pour montrer l’importance de la filière hippique. Il y a une trentaine d’années, il y a eu une directive cheval qui reconnaissait l’importance de l’élevage du cheval de course dans le cadre de la PAC. Il y a dix-huit mois, la Commission a publié un Livre vert sur le domaine des jeux en général. Nous n’avons pas réussi à faire reconnaître l’activité hippique comme une activité d’intérêt général au plan européen. Nous ne pouvons pas accepter cela. Nous devons agir et être beaucoup plus présents à Bruxelles. C’est fondamental, mais ce n’est pas tout. Il y a ensuite l’action trot galop confondus que nous devons mener en direction d’un certain nombre de pays européens. Nous pouvons aller plus loin que le simple développement des paris hippiques. Nous devons pouvoir aider les filières hippiques qui sont dans des situations extrêmement difficiles en Europe. Si nous avons besoin d’un exemple, il faut éviter à tout prix la situation dramatique que connaît l’Italie, pays d’élevage magnifique. Je suis convaincu que dans des pays comme l’Allemagne, la Belgique, nous devons aller beaucoup plus loin. Deux blocs doivent se joindre : l’action au niveau de la commission européenne, et les actions de coopération que nous devons mener avec les autres pays européens. »

LA FRANCE PROCHAINE PRESIDENTE DE L’EFTBA

Louis Romanet a rappelé : « Je partage l’opinion du Président Bélinguier. J’ajouterai qu’il est très important que la France préside l’an prochain l’EFTBA, pour que la France fasse entendre sa voix et fasse connaître ses idées, notamment pour empêcher certains projets, comme celui d’assimiler le cheval de course à un animal de compagnie, ce qui serait une vraie catastrophe. Il ne faut pas oublier que nous sommes toujours régis par deux directives des années 1990, qui encadrent encore aujourd’hui la distribution des primes aux propriétaires et aux éleveurs en France. Il faut bien évidemment faire perdurer ce système. »

LE DEVELOPPEMENT INTERNATIONAL CLE DE VOUTE DE LA CROISSANCE DU PMU

Benoît Cornu a évoqué la progression des chiffres du PMU à l’international.

« Nous avons doublé au premier semestre 2013 l’activité internationale, c’est-à-dire la ventes de courses françaises en masse commune aux parieurs étrangers. Les courses étrangères contribuent positivement à notre activité. Cela ne suffit pas à compenser la baisse de l’activité françaises stricto sensu, et nous continuons à nous développer notamment sur le numérique, les points de vente, et bien sûr l’international. Notre objectif en 2020 c’est de pouvoir générer, pour la filière hippique, 1 milliard d’euros de résultat net. C’est une ambition importante qui s’appuie notamment sur le développement à l’international du PMU. »

ERIC HOYEAU RESTE VIGILANT

Eric Hoyeau a rappelé les succès internationaux des chevaux nés et élevés en France, symbole du savoir-faire et de la compétence des éleveurs, des centres d’entraînement et des plateformes de vente français.

Mais il a aussi insisté sur la vigilance qu’il fallait garder sur différents points : l’amélioration de la qualité de la jumenterie, indispensable pour développer un parc d’étalons compétitif, le programme des courses, avec un raccourcissement du cycle d’exploitation, et la défense de la valeur de nos chevaux, donc de nos courses de Groupe. « Il existe une vraie compétition internationale au niveau des courses de Groupe, et nous devons mettre en place une vraie armée pour aller chercher des partants de nos épreuves de prestige », a-t-il rappelé. Il a aussi souligné l’importance de la pédagogie auprès des étrangers pour les amener à devenir propriétaires en France.

Emmanuel Viaud a enchaîné en posant la question de l’impact sur l’élevage français de l’émergence de puissances financières comme le Qatar, avec la perspective de l’installation sur notre sol d’étalons potentiels de premier plan comme Toronado, par exemple, ce qui pourrait attirer en France un certain nombre de poulinières. Enfin, Cathy Mc Glinn a exposé l’importance du bon usage du lobbying auprès de la Commission européenne, ce qu’a illustré un premier voyage très réussi à Bruxelles récemment avec une délégation du Syndicat emmenée par Hubert Honoré.