Programme / allocations : les réponses des "p.p.

Autres informations / 28.08.2013

Programme / allocations : les réponses des "p.p.

Hubert Tassin, président des "P.P."

« Merci à JDG de permettre à chacun de s'exprimer, pour donner à ses lecteurs des éléments de base pour juger sereinement des enjeux du Galop, au moment ou l'application des recommandations du comité stratégique ouvre une nouvelle ère pour l'ensemble de l'Institution, qui va progressivement définir un modèle différent de croissance.

LE PROGRAMME : LA FINALITE, MAIS AUSSI LE MOYEN DE LA CROISSANCE

Le premier thème que propose JDG porte sur le programme et les allocations. Avant de donner les pistes en répondant aux questions posées par JDG, je me dois de cadrer le débat. La question qui importe avant tout n'est évidement pas la répartition des allocations, mais leur montant. Cette enveloppe de 260 millions est l'actif du Galop français. Un actif qui explique notre rayonnement international et qui fait de notre modèle le plus envié dans le monde. Cet actif est le fruit d'une organisation institutionnelle exemplaire, qui a permis de conclure dans la durée des partenariats gagnant/ gagnant avec l'État. Enfin, la croissance de cet actif est la priorité absolue. Après une progression de 75 % de l'enveloppe depuis 1996 (pour 31 % d'inflation), les conditions d'une nouvelle phase de croissance doivent être mises en place.

C'est sur ce prisme (faire grossir le gâteau plutôt que de se déchirer sur sa répartition) que la stratégie du Galop doit être définie dans sa totalité et, bien entendu, la question des programmes. Une particularité du modèle français des courses est précisément le double aspect du programme de courses : il est l'objectif de toute l'activité ; il est aussi le moyen de réaliser le chiffre d'affaires qui va la financer. Et donc, en final, financer justement les allocations et autres encouragements.

Le débat promet d'être long et demandera des données objectives précises mises au service de l'intérêt général. Dans la ligne du débat de JDG, les "P.P." répondent aux questions posées, évitant les questions ponctuelles, afin de donner une assise aux propositions à venir.

LA REPARTITION ENTRE LE PLAT ET L'OBSTACLE

La répartition des enveloppes d'encouragements (prix, primes, subventions) sur le ratio 1/3 obstacle et 2/3 plat est (légèrement) au désavantage de l'obstacle si on se base sur des données historiques (du temps des deux sociétés-mères distinctes) et si on compare avec la Grande-Bretagne par exemple.

Pour autant, cette répartition, inscrite dans le contrat fondateur de France Galop (société unique pour les deux spécialités), n'est pas à remettre en cause.

Deux observations toutefois. La première concerne la recette : l'obstacle doit rattraper un petit retard en la matière, avec un accroissement de l'offre Premium. La deuxième est d'ordre plus général. La grande réussite de l'élevage français d'obstacle doit inciter le Galop en général à capitaliser sur ce point fort et, pour le plat, à répliquer certains aspects de ce modèle gagnant.

Il faut plutôt faire évoluer les choses en ne bousculant pas les équilibres plutôt que "changer le programme". Le cycle des courses et de l'élevage est long et les acteurs ont avant tout besoin de visibilité.

FAUT-IL CHANGER LE PROGRAMME ? ET EN QUOI ?

On ne casse pas quelque chose qui marche, chacun le comprend. Mais on ne doit pas rester figé et, précisément, l'évolution durant les 17 dernières années a été constante et a apporté la croissance. On sait ce qu'il ne faut pas faire : revenir en arrière.

Cela dit, les évolutions des dernières années ont favorisé sans doute de façon excessive les catégories supérieures. Cela est vrai en obstacle comme en plat et les évolutions à venir devront concentrer les enveloppes sur les catégories moyennes qui sont la base, non seulement de la recette sur les paris, mais aussi d'un vivier de propriétaires français constitué et à reconstituer.

Ce rééquilibrage sera bien sûr favorisé par l'enveloppe de "contrepartie des recettes de T.V.A." que l'État va accorder aux sociétés-mères, à la condition d'un réemploi vers les catégories de propriétaires les plus affectées par la hausse de T.V.A.

LA REPARTITION ENTRE GENERATIONS EN PLAT

On est toujours dans une gestion évolutive des équilibres et pas dans une cassure destructrice. L'ajustement par les primes propriétaires joue assez bien son rôle à nombre de courses équivalent. Dans une nouvelle phase de croissance, l'hypothèse d'un nombre de courses constant doit être retenue. Centrer les encouragements sur les 3 et 4ans (le modèle actuel des primes propriétaires) est cohérent sur le plan sportif comme sur celui de l'économie des propriétaires. L’effort indispensable sur les catégories moyennes (près de 50 % des chevaux de plat à l'entraînement ont une valeur handicap comprise entre 25 et 34,5 ; 12 % s'inscrivent entre 35 et 39,5) jouera pour l'ensemble des générations, mais sans doute plus pour les 3ans et au-dessus que pour les 2ans. En contrepartie, un certain effort (en termes de nombre de courses en l'espèce) doit être prévu pour les 2ans, de façon très progressive, en accompagnant les effectifs à l'entraînement.

FAUT-IL FAIRE EVOLUER LES PRIMES ?

Là encore, on est devant un mécanisme unanimement loué et envié dans le monde. Pour ces subventions, le Galop va presque au maximum des possibilités offertes par un accord au niveau de l'Union Européenne.

Les primes à l'éleveur doivent rester définies, en plat et en obstacle, par la distribution d'une enveloppe représentant 10 % des allocations, ni plus, ni moins. Un principe est immuable : quand un cheval né et élevé en France perçoit une allocation dans une de nos courses, son éleveur a droit à prime. Des évolutions à la marge sont possibles (en particulier pour les primes sur performances étrangères) , et il faut laisser aux modalités actuelles (taux et principes d'assimilation) le temps d'un bilan sur plusieurs générations vues en course.

Les primes propriétaires en plat sont un support de l'élevage et, comme dit au-dessus, une façon de piloter la répartition des allocations entre générations. On est donc dans la revue des taux pratiqués tous les quatre ou cinq ans, ce qui doit suffire. La remise en cause de ces primes compromettrait en revanche gravement l'équilibre des élevages et du propriétariat.

P.S.F./GAZON

La question d'une remise à plat se pose, au vu de l'augmentation du nombre de courses P.S.F., liée au besoin du calendrier premium (en particulier de semi-nocturnes) et à l'impératif de lisser la distribution des enveloppes en plat sur l'ensemble de l'année, de façon plus équilibrée entre les régions. Pour autant, rien ne permet d'affirmer qu'un double programme P.S.F./gazon soit à mettre en place.

Le ratio maximal P.S.F. devra être défini, mais aussi détaillé entre catégories (par exemple les "F" ou les "B "de 2ans à Deauville ou de 3ans eu printemps à Chantilly). C'est un chantier primordial, car il joue directement sur la sélection et (c'est lié) sur la structure des effectifs à l’entraînement.

UN OBJECTIF UNIQUE : SERVIR DEUX CATEGORIES, LES PROPRIETAIRES ET LES PARIEURS

La question du programme et des allocations est plus que centrale dans la définition du nouveau modèle des courses, puisqu'il s'agit de la base et de l'objectif à la fois. Les dixsept dernières années ont permis la croissance, réalisée grâce à un vrai changement de philosophie. Sous la présidence de Bertrand Bélinguier, le PMU est passé du statut de monopole à celui d’entreprise et, sous celle de Philippe Germond il est entré dans la concurrence commerciale. Les parieurs sont passés d’utilisateurs d'un monopole à celui de clients. Et le rythme au jour le jour a été modifié pour les servir, avec une offre de pari de la fin de matinée au début de soirée, tous les jours, diffusée par Equidia, sans doute le meilleur média de commercialisation de paris hippiques au monde.

Servir des clients est moins confortable que de profiter d'une position monopolistique. Les efforts consentis par les entreprises d'entraînement et les sociétés de courses ont été très importants et ont été la base de cette forte croissance. Aujourd'hui, c'est la consolidation du modèle commercial qui est à réaliser, en innovant encore, en particulier pour amplifier la stratégie numérique de l'Institution au sens large.

Cette stratégie de consolidation de l'offre en termes d'opportunités pour faire jouer d'autres effets de levier, doit être l'occasion d'ajuster les évolutions de calendrier, de mieux cadrer les programmes au niveau régional, en tenant compte de l'autre priorité, celle de servir les propriétaires, financiers du système autant (sinon plus) que les parieurs. Pour eux, la croissance est un préalable, mais elle doit être mise à leur service, plus encore aujourd'hui qu'hier, en conservant la philosophie d'un programme pyramidal, régional pour les catégories moyennes et national pour les catégories supérieures.

Il n'est pas question de tourner le dos aux évolutions positives passées, de refuser l'émergence d'acteurs de qualité s'étant adaptés au modèle gagnant dont ils sont un des moteurs. Mais de définir un cadre d'évolution des équilibres en préservant des acquis indiscutés. »