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Romantica, ou la recherche du pedigree parfait

Autres informations / 22.08.2013

Romantica, ou la recherche du pedigree parfait

Autoritaire lauréate du Darley Prix Jean Romanet (Gr1), Romantica a fait honneur à ses origines de la plus belle des manières. Fille de Galileo, l’étalon numéro un en Europe, et de la championne Banks Hill, une propre sœur de Dansili, son pedigree tutoie la perfection...

Par Thierry Grandsir (DNA Pedigree)

LE MEILLEUR PEDIGREE...

Après s'être penché sur les origines américaines du dernier lauréat du Prix Morny, nous abordons avec Romantica ce qui se fait de mieux en Europe aujourd'hui. Un pedigree parfait, tout simplement. La perfection en matière de pedigree commence au rang des deux parents. Galileo et Banks Hill. Soit un champion classique doté de la plus pure classe, devenu le reproducteur numéro 1 de son temps, et une championne miler, lauréate de Gr1 en Angleterre, en France et aux USA, gratifiée du plus haut rating au Monde pour une pouliche en 2001. Difficile de trouver mieux... Galileo et Banks Hill totalisent à eux deux six victoires dans des courses de Gr1 : le Derby, l'Irish Derby et les King George VI & Queen Elizabeth Stakes pour le mâle, les Coronation Stakes, le Breeders' Cup Filly & Mare Turf et le Prix Jacques Le Marois pour la jument. Romantica aurait donc pu s'appeler "Six Crowns" (six couronnes), mais le nom était déjà pris par une fille de Secrétariat et de Chris Evert que l'on connaît surtout pour avoir engendré le champion américain Chief's Crown. Ceci dit, on le sait, ce ne sont pas les performances qui se transmettent mais les gènes.

La carrière d'un reproducteur n'est qu'un indicateur de la qualité de son génotype, et pour les deux parents de Romantica, les plus grands espoirs étaient évidemment permis. Galileo n'a pas failli : Romantica est son trente-et-unième gagnant de Gr1 dans notre Hémisphère après Magician (Irish 2000 Guineas), Ruler of the World (Derby) et Intello?(Prix du Jockey Club), en se limitant à la liste de ses réalisations classiques 2013.

Pour Banks Hill, il aura fallu attendre son quatrième produit pour atteindre les sommets. Avant la naissance de Romantica, elle fut présentée par deux fois à Kingmambo pour engendrer deux mâles, dotés eux aussi d'un pedigree parfait. Kingmambo est gagnant classique (Poule d'Essai des Poulains), fils du Chef de Race Mr Prospector et de l'immense championne Miesque (neuf victoires de Gr1 dont le doublé 1.000 Guinées-Poule d'Essai des Pouliches et deux éditions successives du Breeders' Cup Mile), et frère utérin de East of the Moon (Poule d'Essai des Pouliches, Prix de Diane, Prix Jacques Le Marois). Le fruit de leur première union s'appelle Cavvy. Demeuré inédit, il a trouvé place au haras aux USA.

Le second fut Ideal World, bien connu chez nous puisque double gagnant de Listed sur notre sol, et qui tutoya l'élite en n'étant devancé que d'un nez par le champion Vision d'Etat à l'arrivée du Prix Niel (Gr2) à 3ans. Ideal World est aujourd'hui étalon en Afrique du Sud.

Un reproducteur américain fut ensuite proposé à Banks Hill : l'étalon maison Empire Maker, pour un pedigree a priori parfait là aussi : Empire Maker est gagnant classique (lauréat des Belmont Stakes à 3ans), né dans la pourpre (par le gagnant du Kentucky Derby Unbridled et la poulinière d'élite Toussaud, gagnante de Gr1 et mère de quatre produits victorieux à ce niveau !), et étalon tête de liste en Amérique du Nord... De cette union naquit Trojan Queen, qui ne put mieux faire que de remporter son maiden à Chinon malgré des débuts prometteurs, deuxième à une tête de la gagnante de Listed Shamakiya. Son avenir est assurément au haras. Notons que Intercontinental, gagnante de Gr1 et propre sœur de Banks Hill fut elle aussi présentée à Empire Maker pour engendrer la pouliche Mascarene, demeurée maiden en cinq sorties publiques, et que Very Good news, une fille de Empire Maker et Hasili elle-même, est restée inédite. Un croisement qui, apparemment, ne fonctionne pas.

De retour en Europe, Banks Hill rencontra donc Galileo pour donner le jour à Romantica, puis l'étalon maison Oasis Dream avec lequel elle engendra la pouliche Dumfriesshire, aujourd'hui âgée de 3ans mais sortie de l'entraînement à l'été de ses 2ans. Inbred en 3x3 sur Danzig, son croisement fut sans doute inspiré par les résultats de la bonne Visit (par Oasis Dream et une propre sœur de Hasili), une double gagnante de Gr3 qui échoua de peu et à cinq reprises au niveau Gr1 des deux côtés de l'Atlantique. Enfin, Banks Hill a pouliné le 17 janvier de cette année d'une pouliche par Makfi. Croiser un lauréat du Prix Jacques Le Marois avec une jument ayant elle-même remporté cette épreuve tient du pur bon sens, même si, sur le papier, les points forts du pedigree sont beaucoup moins apparents que dans le cas de Romantica.

GALILEO X DANEHILL, ENCORE ET TOUJOURS...

Le pedigree parfait est aussi l'expression d'un croisement ultra classique entre le père et le père de mère. Pour Romantica, le doute n'est plus permis : le nick Galileo x fille de Danehill a engendré quatorze gagnants de Groupe dont huit au niveau classique, à savoir Cima de Triomphe (étalon au Haras du Thenney), Frankel, Golden Lilac, Maybe, Roderic O'connor, Teofilo, et le jeune champion français Intello. Mais le croisement dont est issu Romantica peut également se lire à la deuxième génération de son pedigree, avec la combinaison magique Sadler's Wells x Urban Sea x Danehill x Hasili... Sadler's Wells et Danehill sont les deux étalons les plus influents en Europe de ces vingt dernières années. Il semble donc logique que leur croisement fonctionne. Quant à l'association entre les juments Urban sea et Hasili, elle fait tout simplement rêver : Urban Sea remporta le Prix de l'Arc de Triomphe (Gr1) avant de donner le jour aux gagnants de Gr1 Galileo, black Sam Bellamy, Sea the stars et My Typhoon, tandis que Hasili engendra sept gagnants de Stakes dont les gagnants de Gr1 Cacique (Danehill), Champs Elysées (Danehill), intercontinental (Danehill) et Heat Haze (Green Desert), sans oublier Dansili (Danehill), multiple placé de Gr1 et qui ne cesse de produire des vainqueurs à ce niveau : citons flintshire (Grand Prix de Paris), Dank (Beverly D Stakes), Laughing (Diana Stakes) et Winsili (Nassau Stakes), tous vainqueurs durant l'été 2013 !

LE HASARD GÉNÉTIQUE VAINCU ?

En matière d'élevage, l'une des grandes questions que tout le monde se pose est : combien de fois faut-il répéter un croisement pour espérer en tirer sa quintessence. Urban Sea a rencontré quatre fois Sadler's Wells pour engendrer deux gagnants de Gr1 et une placée classique, et Hasili fut croisée cinq fois à Danehill pour donner le jour à autant de chevaux de top niveau. Pour tenter d'expliquer ces résultats absolument exceptionnels, on se reposera sur des considérations génétiques, scientifiquement admises, dont la notion d'héritabilité. Lorsque le génotype d'un reproducteur est riche en chromosomes homozygotes (c'est- à-dire identiques) porteurs d'allèles dominants, des traits communs apparaissent dans l'ensemble de sa production. Imaginons que cet étalon rencontre une jument présentant un génotype fortement homozygote lui aussi, mais sur d'autres chromosomes porteurs d'allèles dominants et complémentaires, la combinaison qui en résultera aura une probabilité de réussite beaucoup plus élevée que la norme, car reposant sur une constante. En clair, Danehill (dont la concentration génétique repose en grande partie sur un inbreeding en 3x3 sur Natalma en mode Formule 1) et Hasili étaient faits l'un pour l'autre, comme d'ailleurs Sadler's Wells et Urban Sea. Les poulains porteurs de la combinaison Sadler's Wells x Urban Sea x Danehill x Hasili ne sont pas encore très nombreux, mais parmi eux figurent déjà la lauréate des Phoenix St. (Gr1) La Collina, une fille de Strategic Prince (Dansili) issue d'une fille de Galileo. Les prémisses d'un croisement à succès ? De quoi, en tout cas, faire rêver les éleveurs ayant des juments porteuses de ces courants de sang...

Y-A-T-IL DEUX RACES DE PUR-SANG ?

Bien qu'issus des mêmes souches originelles et souvent croisés entre eux, les pur-sang américains et européens affichent des différences de plus en plus flagrantes, liées aux programmes spécifiques des deux continents majeurs : des courses disputées sur des distances de plus en plus courtes (et sous médication) sur les tourniquets en dirt américains, et des épreuves courues sur les grandes lignes en gazon de nos hippodromes européens. A force de sélection, les phénotypes et les génotypes s'éloignent, et il devient d'ailleurs de plus en plus difficile de trouver à Keeneland des yearlings aptes à briller sur nos pistes, No Nay Never étant une exception à la règle.

Les génomiciens ont récemment mis en évidence des combinaisons de gènes spécifiques à l'aptitude au dirt. Une découverte fort intéressante, qui confirme ce que l'étude des pedigrees avait déjà mis en exergue. L'inefficacité du croisement entre Empire Maker et la famille de Hasili vient peut-être de là.

Prenons le cas de Romantica : son père Galileo a produit trente-et-un gagnants de Gr1, tous vainqueurs sur gazon ; son grand-père Sadler's Wells en dénombre plus du double, et aucun sur le dirt US ; son père de mère Danehill en compte quatre-vingt-cinq, tous sur le turf... Il n'y a qu'un entraîneur génial comme André Fabre pour nous faire mentir et envoyer Romantica à la conquête d'une Breeders' Cup Distaff, comme il le fit autrefois avec Arcangues dans le Breeders' Cup Classic. Mais il ne semble pas que cette option soit à son programme, ni dans ses gènes d'ailleurs !