Des économies pour la filière, il est urgent d’arrêter l’aventure geny infos

Autres informations / 11.09.2013

Des économies pour la filière, il est urgent d’arrêter l’aventure geny infos

« Le rapport du comité stratégique a déclaré ouverte la chasse aux économies, avec un objectif particulièrement ambitieux de 50 millions d’euros par an. À titre de point de repère, le PMU reversait en 2011, 924 millions d’euros aux deux sociétés-mères, dont 524 étaient affectés aux encouragements à l’élevage et 400 à la gestion des sociétés de courses. Comme il n’est, fort heureusement, pas question de réduire le montant des allocations et primes, il s’agit donc de réduire les différents frais de gestion de... 25 %.

Il existe une source particulièrement significative d’économies qui consiste à arrêter l’aventure Geny Infos dont le coût s’avère absolument considérable pour la filière. Ce poste d’économies est certes évoqué par le rapport du comité stratégique, mais d’une façon qui m’a semblé assez incomplète, c’est pourquoi j’aimerais préciser certains faits et chiffres pour en souligner l’urgence.

Pour rappeler l’historique que les lecteurs de JDG n’ont pas forcément en tête, la société Geny Infos, créée en 1984, est spécialisée dans l’information hippique et le pronostic, à l’origine par téléphone et minitel puis via Internet, mobile, etc. En 2008, le PMU et le fonds d’investissement Serendipity, dirigé par Patrick Le Lay et appartenant à Artémis (holding du groupe PPR) ainsi qu’au groupe Bouygues, prennent conjointement le contrôle du capital de Geny Infos, à hauteur de 50 % chacun. Le coût total de l’opération est évalué à 7 millions d’euros. De tels partenariats entre groupes de presse et opérateurs de jeux vont se multiplier à l’aube de l’ouverture du marché des jeux en ligne, qui intervient au mois d’avril 2010 : Canal+ signe un accord avec Ladbrokes, le groupe Amaury avec BWin, etc.

En septembre 2011, Geny Infos lance son quotidien, Geny Courses. Les autres titres de la presse hippique crient au conflit d’intérêt, risque que le PMU pense désamorcer en tentant de céder aux sociétés-mères.

Au-delà de ce mélange des genres potentiellement délicat, on était en droit de douter, dès le départ, des chances de succès d’une telle entreprise. Le marché de la presse écrite est sinistré, et celui de la presse hippique souffre particulièrement en raison d’un encombrement manifeste : Paris-Turf voit ses ventes chuter de 8,7 % en 2010, Paris Courses de 6,7 %, etc. Dans ce contexte, n’y avait-il pas un certain anachronisme à lancer un nouveau support papier... à l’heure du numérique et de l’ouverture du marché des jeux en ligne, défi majeur pour le PMU ?

Finalement, le journal Geny Courses n’aura pas fait beaucoup d’ombre à ses concurrents. Dès le mois de mai 2012, Les Echos révèlent qu’il s’en vend moins de 10.000 exemplaires par jour, alors que le "point mort" se situerait aux alentours de 25.000. Plus d’un an après, le quotidien est toujours en kiosque (les ventes ont beau être annoncées en croissance de 10 %, l’équilibre reste hors de portée), et l’addition est particulièrement salée. Les pertes cumulées de Geny Infos sur les trois derniers exercices s’élèvent à près de 14 millions d’euros, montant auquel le journal contribue pour pas moins de 6 millions pour la seule année 2012 ! En outre, la valeur des capitaux propres de la société a déjà été dépréciée à deux reprises pour atteindre une valeur négative de 12 millions d’euros.

Au total, l’investissement dans Geny Infos a donc coûté à ce jour près de 30 millions d’euros à la filière, via le PMU et les sociétés-mères. On parle pour l’exercice en cours d’une provision de plus de 5 millions d’euros. La filière, au total, aura perdu beaucoup d’argent pour une valeur ajoutée proche de zéro, sauf... pour le fonds d’investissement de M. Le Lay qui, grâce à une clause astucieusement glissée lors de l’achat de Geny, a pu revendre au PMU ses 50 % avec une magnifique culbute de plusieurs millions d’euros alors que l’opération s’avérait un naufrage.

Le Comité Stratégique évoque ce dossier comme une piste d’économies. Ce n’est pas une piste, c’est une urgence pour mettre fin à ce qui finira par apparaître pour la filière comme un scandale si ce n’est pas traité rapidement. »

Hervé Morin, vice-Président de Génération Galop