élever des chevaux de course : une entreprise hasardeuse

Autres informations / 12.09.2013

élever des chevaux de course : une entreprise hasardeuse

« J’ai été fort surpris de l’expression « les difficultés actuelles des éleveurs » utilisée hier par Nicolas Ferrand. Son père, Bernard Ferrand, président du Syndicat des éleveurs pendant près de quatre ans (juin 2007-mars 2011), ne lui avait-il pas inculqué qu’élever des chevaux de course – galopeurs ou trotteurs – c’était une entreprise hasardeuse, très différente d’élever des bovins ?

Non les difficultés ne sont pas « actuelles » mais perpétuelles. Principalement dans deux de mes livres (Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours et plus récemment 70 ans au galop), je les ai exposées. C’est pour compenser les aléas de l’élevage que la demande d’assistance sollicitée dès 1881 par "un vétéran éleveur" a été accordée en 1890 sous la forme d’une prime à l’éleveur représentant « une compensation à tant de déboires et une satisfaction d’amour-propre bien légitime. »

Si Éric Palluat de Besset se félicite d’avoir acquis une pouliche yearling, Siljan’s Saga, seulement 2.500 euros grâce à son entraîneur, Jean-Pierre Gauvin, qui lui a fait gagner à ce jour 96.462 euros (dont une "Listed"), Philippe Sogorb peut tout autant s’enorgueillir d’avoir su découvrir à Deauville pour 9.000 euros la pouliche Vorda (titulaire du Prix Robert Papin, Gr2) dont les gains atteignent à ce jour 325.720 euros.

Et pendant le même temps, la pouliche fille de Galileo vendue yearling à Deauville en 2011 par le Haras de la Pérelle, pour le prix record de 1.700.000 euros, à Waratah Thoroughbreds, et nommée Flight to Fancy, a dû se contenter de gagner le 24 août à Pornichet un prix de 6.000 euros. Quant au premier produit de la championne du prince Karim Aga Khan, l’invaincue Zarkava, née en 2010 des œuvres de Dalakhani et nommée Zerkaza, elle n’a toujours pas vu un hippodrome à l’automne de sa troisième année.

Est conscient de la difficulté de l’élevage un homme d’expérience, Gérard Augustin-Normand, qui se dit prêt à affronter « les coups du sort qui donnent à l’élevage tout l’intérêt d’une science et tout le charme d’un jeu de hasard. » Il a certainement en mémoire ces paroles : « Le pur sang existe parce que sa sélection ne dépend pas d’experts, de techniciens ou de zoologistes, mais à cause d’un morceau de bois, le poteau d’arrivée du Derby d’Epsom. Si vous basez vos critères sur quelque chose d’autre, vous obtiendrez n’importe quoi, mais pas le pur sang. » Ces sages paroles émanent de Federico Tesio, qui aurait sans doute ajouté « ou le poteau d’arrivée de l’“Arc de Triomphe” », s’il n’était décédé en 1954, quelques jours avant les débuts de Ribot, voulu et élevé par lui, appelé à être invaincu dans ses seize courses dont deux fois l’“Arc de Triomphe”. »

Guy Thibault, historien des courses