Programme et allocations : réponse de génération galop à hubert tassin

Autres informations / 06.09.2013

Programme et allocations : réponse de génération galop à hubert tassin

Dans la contribution d’Hubert Tassin au débat sur la réforme du programme, nous avons été particulièrement choqués par l’affirmation selon laquelle « les évolutions des dernières années ont favorisé sans doute de façon excessive les catégories supérieures. [...] Les évolutions à venir devront concentrer les enveloppes sur les catégories moyennes qui sont la base, non seulement de la recette sur les paris, mais aussi d'un vivier de propriétaires français constitué et à reconstituer ».

Cette allégation, dépourvue de tout argumentaire, est un reflet très tronqué de la réalité.

Effectivement, l’augmentation des allocations depuis une quinzaine d’années a profité en priorité aux meilleurs chevaux. L’allocation moyenne versée en victoire ou place, toutes catégories confondues, a progressé de 41 % de 1996 à 2010, mais cette augmentation n’a touché les courses à handicaps qu’à hauteur de 25 % et les « réclamer » à hauteur de 23 %, alors qu’elle a atteint 49 % dans les courses à conditions pour 2 et 3ans, et 83 % dans les courses de Groupe. Voilà pour l’arbre.

Et voici la forêt. Tout d’abord, le nombre de courses a suivi une évolution inverse : globalement, il a progressé de 11 % entre 1996 et 2010, mais 80 % de ces nouvelles épreuves sont des handicaps (+ 327 courses). Le nombre de courses à conditions pour chevaux de 2 et 3ans n’a progressé que de 4 %, tandis que neuf Listed et vingt-deux courses à conditions pour chevaux d’âge ont disparu du programme. Les opportunités pour les « bons chevaux », ceux dont la qualité justifie de suivre la filière de sélection, mais qui se révèlent juste un peu en dessous des meilleurs, se sont donc amenuisées : courses à conditions et Listed ne représentent plus que 49 % du programme en 2010, contre 54 % en 1996.

En deuxième lieu, malgré les augmentations décrites plus haut, l’espérance de gains de ces compétiteurs d’un niveau déjà élevé demeure insuffisante par rapport à celle des chevaux « moyens ». Il en va de même pour l’espérance de gains des jeunes chevaux par rapport aux chevaux d’âge, alors que les premiers portent la part de rêve qui anime tout propriétaire et que leurs gains sont autant d’incitations à réinvestir.

Le programme nous fournit chaque jour des exemples : En réunion Premium, le lauréat d’une course à conditions labellisée « D » empoche 13.500 €, exactement la même somme que le gagnant d’un « réclamer » à gros taux.

Le mois dernier à Deauville, le gagnant d’une deuxième épreuve de handicap, référence +31 pour chevaux de 5ans et plus, recevait presque autant (10.500 €) que le deuxième du Prix François Boutin, Listed pour 2ans (11.000 €).

Au cours d’une récente réunion Premium au Lion d’Angers, le maiden G pour poulains de 2ans était moins bien doté que le handicap référence + 30 pour chevaux de 4ans et plus (14.000 € vs. 16.000 € d’allocation totale).

Le troisième de la majorité des Gr.3 du programme touche 12.000 €, c’est moins que l’allocation accordée au gagnant d’un « réclamer » parisien.

C’est le traitement de ces chevaux de niveau « intermédiaire à bon », ceux qui font l’arrivée des bonnes courses à conditions, des Listed voire des Gr3, qui est le plus inéquitable dans la répartition actuelle des allocations. Le gain moyen d’un cheval en valeur 45-47,5 est supérieur de moins d’un quart à celui d’un cheval en valeur 39-41,5, pourtant tout propriétaire qui a eu la chance d’avoir un bon cheval mesure ce que représente cet écart de valeur ! ce n’est qu’au-delà de 51 de valeur, soit la crème de la crème, les chevaux capables de remporter un Gr2 ou de se placer au niveau Gr1, que le gain moyen explose réellement.

Les efforts d’aménagement du programme doivent donc viser à offrir aux « bons chevaux » davantage d’occasions de courir et à mieux les récompenser, conformément à la logique qui sous-tend toute compétition sportive.

Quant à la question du volume d’enjeux suscité par les courses de sélection, par essence moins fournies en partants que les épreuves de niveau inférieur, elle doit, à notre sens, être traitée de façon totalement distincte. Cette problématique ne sera pas uniquement résolue par une action sur le programme, mais par la recherche de systèmes de jeu permettant de réconcilier intérêt sportif et attractivité pour les parieurs. La proposition faite par Didier Krainc dans JDG, consistant à proposer du pari ante post à cote fixe sur les bonnes épreuves, nous paraît très intéressante. Bien sûr, de nombreux obstacles, notamment juridiques, s’y opposent à l’heure actuelle. Mais l’essentiel est là : soyons audacieux et « pensons en dehors de la boîte » comme disent les Anglo-Saxons. Il n’y a pas de fatalité à ce que les parieurs français préfèrent jouer sur des handicaps quatrième épreuve plutôt que sur des courses de Groupe.