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Autres informations / 09.10.2013

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Notre confrère Claude Beniada se souvient : Trillion, Triptych, Maurice Zilber, Edward Stephenson... Tant d’émotions liées à la victoire de Trêve, dimanche.

Avec quelques jours de recul, l’impression est toujours là, vivace, tenace. Nous avons assisté, dimanche à Longchamp, à une réunion d’exception dont les deux temps forts ont incontestablement été le succès de trêve dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et celui de Moonlight Cloud dans le Prix de la Forêt.

Deux véritables championnes, chacune dans son registre et, toutes deux issues de la même famille maternelle, celle de la matrone Margarethen, née en 1962, lauréate de seize courses aux États- Unis et devenue la mère de quatre filles qui ont remarquablement tracé au haras.

Prix, une fille de Vaguely Noble, est l’aïeule de deux gagnants de Groupe en France, in Extremis et Juvenia (Prix Marcel Boussac), déjà pour la famille Head. trillion, sœur cadette de Prix par Hail to Reason, est la mère de la championne triptych et de trevilla, arrière-grand-mère de Trêve. Sine Labe, autre petite-fille de Trillion, a produit tamarisk, un lauréat de la Haydock Sprint Cup. Hail Maggie, propre sœur de Trillion, est l’arrière-grand-mère de Landseer, lauréat de la Poule d’Essai des Poulains. Enfin, l’inédite Doff the Derby est à l’origine de l’arborescence la plus prolifique, étant la mère de Generous, gagnant du Derby d’Epsom et de Imagine, lauréate des Oaks d’Epsom. Ventura, la mère de Moonlight Cloud, est une petite-fille de Doff the Derby et Imagine est la mère de Horatio Nelson, gagnant du Prix Jean-Luc Lagardère.

Pour quelqu’un qui, comme moi, a eu la chance de côtoyer de près Trillion, immense par la taille et le talent et dotée d’un caractère d’une douceur extrême, les victoires de Trêve et de Moonlight Cloud ont évidemment fait remonter à la surface des souvenirs enfouis au fond de ma mémoire. Des images de victoires, de défaites, de voyages extraordinaires quand, en 1979, j’ai sillonné les États-Unis aux côtés de Trillion, avec son garçon, Patrice Fouquoire, pour disputer quatre Grs1 en l’espace de trois semaines, du Canada à Washington, en passant par New York et la Californie avec, à la clef ,quatre secondes places et l’Eclipse Award de meilleure jument sur le gazon.

Des images de joie quand Triptych, le premier produit de Trillion, a gagné le Prix Marcel Boussac et de tristesse quand Alan Clore, son propriétaire, a décidé, sans raison, de la retirer de l’entraînement de chez David Smaga pour l’envoyer en Irlande.

Des images de fierté quand, entraîneur à Chantilly, j’ai reçu yearling à l’entraînement Trevilla, la propre sœur de Triptych et future aïeule de Trêve, mais qui, malheureusement, n’a jamais pu courir.

Des images d’un cheval de grande classe quand Generous a gagné le Derby d’Epsom et que, quelques mois plus tard, alors journaliste à Week-End, j’ai eu, à l’occasion d’un reportage chez son entraîneur, Paul Cole, le plaisir de voir de près Generous, quelques semaines avant sa tentative dans l’"Arc".

Et bien évidemment toutes ces images des deux courses de dimanche dernier, la joie et la fierté de la famille Head, la ferveur populaire autour de ces deux succès.

Pourtant, de toutes ces images qui se sont bousculées dans ma tête, une plus que d’autres restera à jamais. Dimanche à Longchamp, un vieux monsieur est arrivé aux courses dans un fauteuil roulant, entouré de sa famille. Il tenait plus que tout à assister à la réunion de l’"Arc" et, comme je le connais bien, il m’a demandé si Trêve pouvait gagner l’"Arc". Je lui ai confirmé que la pouliche de Criquette était une pouliche de grande classe et que oui, elle pouvait gagner l’"Arc". Ce monsieur s’appelle Edward Stephenson, personne n’a vraiment fait attention à lui, hormis quelques personnes qui le connaissent. Il était le propriétaire de Trillion et ce Gentleman a toujours voué une passion indéfectible aux courses de chevaux. Sa mère était la propriétaire d’un cheval, Jay trump, venu des États-Unis en bateau gagner le Grand National de Liverpool... Et son rêve à lui était de gagner un jour l’"Arc", une course qu’il plaçait loin devant les autres et qu’il n’a que très rarement manquée, ces dernières années, pour des raisons de santé. Il a presque atteint son but en 1978 quand Trillion a pris la deuxième place derrière Alleged, qui remportait alors la course pour la seconde année consécutive. Depuis, il n’a jamais élevé ou acheté le cheval qui aurait pu réaliser son rêve.

Dimanche à Longchamp, son sourire et ses larmes de joie faisaient plaisir à voir après la victoire de Trêve. Il s’est souvenu de son entraîneur et ami, Maurice Zilber, qui entraînait Trillion et, trente-cinq ans après, il a quelque part gagné l’"Arc" par procuration au travers de l’exploit d’une descendante de sa chère Trillion.

C’est cette image qui restera la plus belle d’une journée mémorable.