Le baromètre de l'“arc”

Autres informations / 04.10.2013

Le baromètre de l'“arc”

Par Pierre Laperdrix, Rédacteur en chef de Jour de Galop

TRÊVE, LE VRAI LEADER

Le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe (Gr1) est un événement taillé pour sacrer en priorité un mâle de 3ans. Mais pas n'importe lequel. Quand il choisit son roi parmi les jeunes mâles, il confirme un leader déjà apparu comme quasiment infaillible depuis le printemps : Montjeu, Hurricane Run, Dalakhani, Sea the Stars ou Sinndar en sont des illustrations. S’il n'y en a pas – c'était le cas en 2012 –, l’“Arc” devient une course accessible aux chevaux d’âge et aux femelles. L'édition 2013 entre dans ce schéma, puisqu'aucun mâle de 3ans n'a montré cette année avoir l'étoffe d'un vrai leader. Il faut chercher le favori ailleurs et, clairement, c'est trêve (Motivator) qui possède le costume de chef de file dans cet "Arc" 2013.

LES ENSEIGNEMENTS DE 2013 ET 2012

Comme l'a rappelé Yves Saint-Martin lors de la conférence de presse : « L'“Arc” est la synthèse de toute une saison ». J'ajouterai même de deux ou trois saisons, puisque les 3ans sont face à leurs aînés. Il faut donc bâtir un raisonnement en cherchant la solution de plusieurs équations. Pour nous aider, deux enseignements des derniers mois méritent d'être mis en avant :

LES AINES EUROPEENS ONT-ILS UNE CHANCE ?

La génération des 3ans de 2012 a clairement manqué de relief et n'a pas fait apparaître un vrai leader capable de ponctuer son œuvre par une victoire dans l’“Arc”. Il suffit d'ailleurs de se pencher sur le résultat de l’“Arc” 2012 : il y avait six mâles de 3ans et un seul a terminé dans les cinq premiers, Masterstroke (Monsun).

Cette fois, avec 59,5 kilos à porter, les 3ans de 2012, désormais âgés de 4ans, ne possèdent que des chances minimes d'améliorer leur présence. Un cheval comme le 4ans allemand Novellist (Monsun) n'est clairement pas un des

favoris, pas plus que Camelot (Montjeu), finalement forfait, ne l'aurait été.

MALES OU FEMELLES, QUE CHOISIR ?

Dans l'édition de Jour de Galop du 23 août 2013, j'ai déjà eu l'occasion d'écrire que les femelles de 3ans étaient meilleures que les mâles du même âge. Cet avis n'a pas changé depuis et je garde foi en les pouliches. Cette génération est très solide, alors que celle des mâles a eu des résultats plus aléatoires depuis l'été. Les mâles de 3ans ont notamment été battus par leurs aînés – ceux qui ne sont pas si excellents que cela – dans des rendez-vous comme les "King George", les International Stakes ou les Irish Champion Stakes (Grs1).

Il est dommage qu'il n'y ait qu'une seule femelle de 3ans au départ, trêve (Motivator). Car d'autres, comme Chicquita (Montjeu), auraient eu dimanche une première chance à défendre. Reste l’exception Intello?(Galileo), dont nous allons parler...

TRÊVE, LA POULICHE IRRÉPROCHABLE

Trêve est le seul cheval au départ de l’“Arc” qui soit irréprochable. Invaincue en quatre courses, elle a largement dominé dans le Prix de Diane-Longines (Gr1) des pouliches qui n'ont fait que répéter depuis. Le changement de jockey ne modifie pas ses chances. Dans le Qatar Prix Vermeille (Gr1), Frankie Dettori lui a offert le même parcours que celui donné par Thierry Jarnet dans le Prix de Diane : attentiste, sur un troisième ou quatrième rang, à la corde. C'est avec cette tactique que se gagne l’“Arc”. Montjeu, Hurricane Run, Urban sea, Sea the Stars ou Zarkava?l'ont gagné ainsi. Sans comparer Trêve avec la dernière nommée, il est évident qu'avec un parcours caché jusqu'à l'entrée de la ligne droite, Trêve sera sans difficulté dans les trois premiers de cet "Arc". Il faut une accélération hors norme pour gagner en venant de cette position et Trêve a montré qu'elle la possédait. Son temps partiel des quatre cents aux deux cents mètres dans le "Vermeille" est très bon et elle a gagné ce Gr1 sans forcer.

C'est la seule pouliche de 3ans au départ de l’“Arc” et elle porte le costume de leader, alors que la pression est plutôt sur Orfèvre (Stay Gold).

INTELLO, UN PARCOURS ATYPIQUE PLEIN DE PANACHE

J'ai choisi de placer Intello en deuxième position dans mon classement. Pourtant, je pense qu'il ne peut pas gagner, car il n'a pas la carrure du leader indiscutable qu'avaient des Sinndar ou Montjeu par exemple.

Mais concernant Intello, il faut bien analyser son parcours cette année pour se rendre compte que sa chance est évidente. Malheureux dans la "Poule d'Essai" (Gr1), il a ensuite survolé le "Jockey Club" (Gr1) qui a offert l'une des arrivées les plus limpides depuis qu'il se dispute sur 2.100m. Ensuite, son entourage a pensé avoir un cheval tellement bon, qu'il a tenté le "Jacques Le Marois" (Gr1) sur 1.600m. Intello y était troisième, mais cette défaite, si elle a un peu terni son aura, n'est aucunement honteuse. Intello n'était devancé que par des chevaux qui étaient dans leur élément, alors que lui ne l'était pas. Il a ensuite cueilli sans forcer le Prix du Prince d'Orange (Gr3), devançant une nouvelle fois Morandi (Holy Roman Emperor), son dauphin du "Jockey Club". Le parcours d'Intello est atypique. Mais il est fait de challenges et est plus amusant que celui qui aurait voulu attendre sagement le Qatar Prix Niel (Gr2). Ce parcours plein de panache sort de l'itinéraire classique pour un cheval d'“Arc”, mais ne doit pas occulter les chances d'Intello dans l’“Arc”. Chez les mâles de 3ans, c'est le cheval le plus fiable, et de loin. Il a beaucoup de choses pour lui, notamment l'accélération, le fait qu'il ne tire pas et de pouvoir être placé n'importe où dans un parcours. Il n'a jamais été poussé à bout sur plus de 2.000m et on va, enfin, vraiment voir jusqu'où son moteur peut le porter.

TRÊVE & INTELLO: DESTINS LIÉS

Trêve et Intello possèdent des destins liés. Ils ont débuté le même jour, le 22 septembre 2012, à Longchamp, par une victoire. Ils sont devenus classiques dans des courses équivalentes, le "Diane" et le "Jockey Club". On peut ajouter à cela les liens forts qui existent entre la famille Head, éleveur de Trêve, et la famille Wertheimer, propriétaire et éleveur d'Intello. Pour la première fois, deux chevaux qui ont commencé leur carrière un même jour vont s'affronter dimanche dans l’“Arc”.

IL FAUT FAIRE CONFIANCE AUX FEMELLES D'ÂGE

L'arrivée de l’“Arc” 2012 (avec Solémia et Haya Landa) a montré qu'en l'absence de leader infaillible chez les mâles de 3ans, il fallait chercher dans d'autres sphères les bonnes chances de l’“Arc”.

Pirika (Monsun), par exemple, possède un profil bien plus séduisant qu'il n'y paraît. Elle a choisi la difficulté, alors qu'elle aurait pu courir le "Royallieu" ou glaner son premier Gr1 dans "l'Opéra" – assez "creux" cette année – et cette ambition est un bon signe. Il faut aussi se souvenir que Pirika a bien couru à Longchamp et qu'en 2012 elle avait été très compétitive à l'automne, terminant deuxième du "Vermeille" et quatrième d'un grand "Opéra". Dans une course avec du train – même sans leader, il y a toujours du train dans l’“Arc” –, elle peut créer une grosse surprise.

L'autre femelle d'âge à suivre est The Fugue (Dansili). Nette gagnante des Yorkshire Oaks, puis des Irish Champion Stakes (Grs1), elle va trouver un terrain assez rapide pour fournir une bonne valeur. En théorie, elle est bien meilleure qu'un cheval comme Al Kazeem (Dubawi), pourtant installé parmi les favoris et capable de terminer dans les quatre premiers. Comme Pirika, The Fugue choisit la difficulté, car elle aurait eu la première chance dans "l'Opéra".

LEADING LIGHT FACE AU SYNDROME NIJINSKY

Supplémenté, Leading Light (Montjeu) a gagné en très bon cheval le St Leger de Doncaster (Gr1). Concernant son profil, annoncer une lapalissade revient à dire : « Aucun gagnant du "St Leger" n'a ensuite gagné l’“Arc” la même année ». C'est le syndrome Nijinsky, battu dans l’“Arc” 1970, qui parle. Mais cela a autant de sens que la théorie selon laquelle les femelles de 3ans n'ont que peu de chance de gagner, car seules Zarkava et Danedream ont gagné l’“Arc” à 3ans depuis 1980... Mais quel pourcentage, sur tous les partants de l’“Arc” depuis 1980, représentent les femelles de 3ans ? Quinze pour cent environ ? Et combien de gagnants du St Leger de Doncaster sont venus courir l'“Arc” depuis Nijinsky ? Huit ? Dix peut-être ? Lequels avec une vraie chance ?

Leading Light a gagné avec la manière à Doncaster, en dominant la lauréate des Oaks d'Epsom (Gr1), talent (New Approach), qui avait fait quelque chose sortant de l'ordinaire sur les "Downs". Sachant que les femelles sont meilleures que les mâles, Leading Light a donc réalisé une vraie performance à Doncaster. C'est un cheval "sur la montante" qui possède une chance de terminer dans les cinq premiers.

ORFÈVRE, LE GÉNIE AU GRAIN DE FOLIE

Orfèvre a été visuellement impressionnant dans le Qatar Prix Foy (Gr2). Mais pouvait-il en être autrement ? Sans être méprisant, il n'y avait derrière lui que Very nice name (Whipper) qui, il y a un an, était au départ du gros handicap la veille de l’“Arc” en 42,5 de valeur. Même s'il a fait beaucoup de progrès, assez pour être au départ dimanche, Very Nice Name est un bon cheval qui a progressé et cela s'arrête là pour le moment. Ce n'est pas encore, en Europe du moins, un des "top" parmi les chevaux d'âge. Il devançait aussi Pirika, mais elle sortait d'une saison qui n'a jamais été vraiment la sienne, l'été, et, contrairement à Orfèvre, elle n'avait rien à prouver dans le Prix Foy.

J'ai le sentiment que l'année d'Orfèvre était l'année 2012. Il a laissé passer son tour l'an dernier alors que l’“Arc” lui tendait les doigts et c'est entièrement de sa faute... celle de son grain de folie. Même s'il a soulevé Longchamp lorsqu'il a enrhumé le peloton au Pavillon dans le dernier "Arc", les plats ne repassent pas deux fois dans la plus grande course du monde.

QUE VAUT LE "NIEL" ?

Par usage, il faut se pencher sur le Qatar Prix Niel (Gr2). Le millésime 2013 a été gagné par Kizuna (Deep Impact), devant Ruler of the World (Galileo), Ocovango?(Monsun) et Flintshire (Dansili) qui sont tous au départ dimanche.

L'arrivée, très serrée, montre que le Prix Niel n'a pas été remporté par un leader incontestable, venu reconnaître le parcours avant le grand rendez-vous et balayer des opposants qu'il a déjà dominés deux ou trois fois. Le point positif concernant Kizuna est que son entraîneur a annoncé entre 20 et 30 % de progrès d'ici l’“Arc”. Il le faut car il n'a fait que battre Ruler of the World, dont la victoire dans le Derby d'Epsom (Gr1), si elle mérite d'être respectée, n'a pas enthousiasmé et n’est pas une "ligne" très fiable. Le troisième, Ocovango, peut être gagnant de Gr1 l'an prochain, mais, pour l'instant, il a plutôt le niveau d'un bon cheval de Gr2. Le grand perdant dans ce "Niel", ce fut Flintshire. Quatrième, il n'a pas eu la même accélération que dans le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1), à cause du terrain. À cela, il faut ajouter que son dauphin du 14 juillet, Manndawi (Dalakhani) n'a terminé que cinquième du Prix Turenne (L) pour sa rentrée. Cela ne suffit pas pour l’“Arc” concernant Flintshire, et cela brise la valeur du Grand Prix de Paris 2013. Voici donc tous les indices qui ne confèrent pas à Kizuna une première chance dimanche.

LES CAS NOVELLIST ET AL KAZEEM

Invaincu cette année, Novellist est logiquement, au papier, l'une des premières chances de l’“Arc”. Mais il faut le resituer dans un contexte plus général. C'est un 3ans de 2012 et

son coup d'éclat dans les "King George" était de l’ordre du réalisable. Battre de cinq longueurs Trading Leather (Teofilo) et Hillstar (Danehill Dancer), de bons 3ans qui ne sont pas des ténors, ne relève pas de l'exploit, surtout lorsque Cirrus des Aigles (Even Top) est défaillant. L'entourage de Novellist peut être confiant, il ne possède pas le profil d'un gagnant d'"Arc" et ses performances sont plus flatteuses qu'elles ne le sont réellement.

Quant à Al Kazeem, "favori bricolé" par les bookmakers en début de saison, il est sur la pente descendante. Il est totalement impossible, avec un raisonnement clair, de lui voir une première chance sur 2.400m avec 59,5 kilos. Peut-il rendre cinq kilos à Trêve par exemple ? Clairement, non !