Plutot "cash", le dernier "donner

Autres informations / 24.01.2014

Plutot "cash", le dernier "donner

Par Mayeul Caire

Il y a des peintres qui peignent toujours le même tableau, des compositeurs qui composent toujours la même chanson et des écrivains qui écrivent toujours le même livre. Mais, heureusement, ce n’est pas le cas de Christophe Donner (alias Chris Donner, à prononcer "crise de nerfs"). À chaque opus, il nous surprend. Et, à tout le moins, il apporte quelque chose de nouveau.

Avec son Ready Cash, qui vient de paraître aux éditions Actes Sud, il remet au goût du jour un genre que l’on croyait oublié depuis Joseph Kessel : le reportage si long et si soigné (par rapport à un traditionnel article de journal), qu’on l’imprime sur papier bouffant couleur crème, qu’on lui offre une couverture vernie et une reliure carrée-collée, avant de le vendre en librairie plutôt qu’en kiosque, sous la griffe d’une maison d’édition connue pour sa littérature élitiste.

ATTENTION ÇA PIQUE...

Ceux qui aiment Donner retrouveront ses formules qui font sens (« Si on n’aime pas avoir peur, on ne fait pas ces métiers-là, entraîneur, propriétaire, turfiste, ce sont des boulots de trac. ») ou qui piquent (« Les gens des sociétés de courses [au trot] sont des conservateurs, ils vivent entre eux, en famille. Ils avaient leurs habitudes, reproduisant les mêmes erreurs, de génération en génération. Il fallait les entendre avec leurs théories génétiques sur la supériorité de la race française : une folie, mais ça les arrangeait, ça justifiait leur paresse, leur chauvinisme. »). Comme disent les jeunes, Donner parle "cash". Il n’a pas peur de se fâcher avec les vieux Normands ou Mayennais du Cheval Français... puisqu’il est déjà fâché avec eux.

Et les mots s’enchaînent l’air de rien, parce que Donner est un vrai écrivain : de la race de ceux qui masquent leur travail, qui écrivent et réécrivent pour alléger, simplifier, jusqu’à donner l’impression que le texte est sorti tout seul, en une fois. Facile, le Donner ! Flaubert faisait ça aussi : feindre la facilité pour envoûter le lecteur. Un style qui fait semblant de ne pas avoir de style. Tout le contraire de tant d’“écrivains” qui, à chaque nouvelle réécriture de leur manuscrit, alourdissent encore un peu plus la phrase.

GOLDIKOVA, ZARKAVA, TREVE, SEA THE STARS OU FRANKEL

Bref, Ready Cash est un livre qui mérite son heure de lecture, et d’entrer dans la bibliothèque de tout amateur de courses qui se respecte. Le seul petit bémol, c’est qu’il donne l’impression d’avoir été écrit et édité un peu dans l’urgence (Prix d’Amérique oblige), ce qui laisse quelques scories du genre : « ère de départ » au lieu d’« aire de départ » ou encore, au sujet d’un pari, un « 15 contre 10 » au lieu de « 15 pour 10 ».

Pourvu que Jean-Louis Gouraud, qui dirige cette collection chez Actes Sud, consacre d’autres livrets de ce tonneau à des Goldikova, Zarkava, Trêve, Sea the Stars ou Frankel. La France et l’Europe du galop le méritent.

Ready Cash, Éditions Actes Sud, 128 pages, 16 €. À commander ici : http://oua.be/1e4g