Dopage : harmonisation mondiale et traitement (de choc) médiatique

Autres informations / 26.03.2014

Dopage : harmonisation mondiale et traitement (de choc) médiatique

Par Mayeul Caire, Directeur de Jour de Galop

Pour gagner le combat contre la délinquance en blouse blanche, dont je parlais hier, il faut d’abord harmoniser les règles dans l’ensemble des pays. Il est déjà assez difficile de combattre le dopage dans des sports avec une unité mondiale (cyclisme ou tennis), mais si certains pays autorisent des molécules interdites ailleurs, la lutte est pour ainsi dire perdue d’avance. En effet, en laissant une petite porte ouverte au dopage en certains lieux, on fait exister un marché – et c’est cet espoir de business, grand ou petit, qui permet au dopage de prospérer au-delà de la zone concernée. C’est cette perspective de profit qui encourage des laboratoires à poursuivre leurs recherches pour faire progresser leurs armes de triche.

Depuis des années, Louis Romanet mène ce combat de l’harmonisation des règles antidoping à la tête de la Fédération internationale des autorités hippiques (FIAH). Il a obtenu de grandes victoires, notamment dans l’hémisphère sud, mais les États-Unis résistent toujours à la FIAH. Si seulement l’affaire Asmussen pouvait permettre à Louis Romanet d’achever sa mission salutaire sur le sol américain, les maltraitances de Scott Blasi auraient au moins servi à quelque chose...

PREVENIR PLUTOT QUE GUERIR, POUR NE PAS REVIVRE UNE TELLE AFFAIRE

Sur un autre plan, l’affaire Asmussen a également révélé deux enjeux de communication : institutionnelle et médiatique.

Du côté institutionnel, nos autorités hippiques doivent plus que jamais travailler la main dans la main avec la Société protectrice des animaux, sans attendre qu’elle vienne "faire nos poubelles". Un peu dans l’esprit de ce que le PMU a fait avec l’autorité de la concurrence : prévenir avant d’avoir à guérir. Cela tombe bien, depuis juin 2013, la SPA a une nouvelle présidente : Natacha Harry, vétérinaire et... chroniqueuse sur Equidia ! Voici une occasion qui ne se refuse pas. Du côté médiatique, il faut continuer, inlassablement, à expliquer comment fonctionnent les courses aux journalistes

généralistes, en les faisant venir le matin à l’entraînement et l’après-midi aux courses. Pas pour obtenir un article en retour, mais simplement pour les sensibiliser à notre sport. Ce devrait être la priorité absolue du service de presse de France Galop d’organiser au moins une fois par semaine une visite de dix journalistes pendant une journée complète : sur une quarantaine de semaines, cela fera quatre cents journalistes touchés chaque année. Cela représente un petit budget, mais c’est loin d’être de l’argent jeté par les fenêtres. C’est au contraire un investissement.

DANS QUEL MONDE VOULONS-NOUS VIVRE DEMAIN ?

Pour finir sur l’affaire Asmussen, même si ce n’est pas facile à expliquer sans risquer des procès en sorcellerie, je tiens à dire que je suis assez catastrophé par l’utilisation de plus en plus fréquente de la caméra cachée. Je suis choqué que l’on transforme des moments privés en moments publics, sans l’accord de la personne filmée ou enregistrée. Évidemment, cela ne change rien à la gravité des faits reprochés à l’écurie Asmussen. Mais sur un plan plus général, je pose la question : qui a envie de vivre dans une société où chaque personne que vous croisez est un inquisiteur potentiel ? Un dénonciateur potentiel ? On a connu cela à Venise il y a quelques siècles. C’étaient les Bocca dei leoni : des boîtes aux lettres spécialement destinées à accueillir les dénonciations anonymes... Nous avons aussi connu cela en France il y a moins d’un siècle. Des innocents furent torturés, déportés, fusillés seulement parce que leur voisin avait fait le corbeau, parfois pour voler une terre, parfois par jalousie, parfois par simple bêtise.

Internet présente le même risque, quand certains crachent leur venin en profitant de l’anonymat. S’ils devaient publier leurs écrits dans un journal en signant de leur nom, ils ne le feraient jamais. L’anonymat encourage les pires travers : lâcheté, violence, haine. C’est d’autant plus regrettable que rien ne justifie le recours à l’anonymat dans un pays démocratique comme la France, qui garantit la liberté d’expression à condition que l’expression soit respectueuse.