Hommage à janine rouget

Autres informations / 09.03.2014

Hommage à janine rouget

Cette semaine une page s’est tournée à Senonnes, petite bourgade, point de rencontre géographique du 49, du 53 et du 44. Une page de son livre hippique. Janine, après avoir longtemps et affreusement souffert, est partie rejoindre "son Claude" qui lui, s’étant éclipsé un matin de novembre, en lui disant qu’il allait se reposer trente minutes entre le deuxième et le troisième lot, ne s’est plus jamais relevé, lui laissant subitement l’entreprise, avec les problèmes à gérer !

Femme d’entraîneur, elle avait accepté d’épouser totalement le "package", la profession avec le gentleman-rider. Avoir sa casaque chez Rouget à Senonnes c’était la convivialité, c’était la table ouverte, c’était les factures de Janine, c’était le coup d’muscadet de chez Jeannette à La Chapelle-Heulin, mais le champagne aussi. Ce n’était jamais un cheval que son propriétaire stupéfait aurait découvert partant dans la presse, etc. Travailler chez Rouget ce fut, pour beaucoup, comme avoir une seconde famille. Cela existe encore, heureusement, mais c’est tellement plus rare...

Discrète dans la présence, efficace dans l’ombre, cultivée sans paraître, disponible dans l’urgence, souriante en déception, Janine était cela, mais plus encore, Mme Fasquelle (en 2007, je crois) l’avait d’ailleurs très justement décorée, au titre de la reconnaissance pour le travail accompli.

À pied, jeudi, au Lion d’Angers, sur le chemin qui la menait rejoindre son Claude pour l’éternité, nous étions quelquesuns à nous remémorer des anecdotes joyeuses que nous avions vécues, d’une autre époque peut-être, mais ô combien marquées par le professionnalisme. Le couple d’entraîneurs fut longtemps "le bras de l’Ouest" du Syndicat de Criquette Head. Il fut aussi le premier à entraîner sur l’hippodrome à Senonnes et si le centre d’entraînement existe actuellement, avec plus de six cents chevaux, c’est en grande partie grâce à lui. Une statue de Claude y est d’ailleurs érigée en souvenir.

Ils ont aussi été les premiers dans l’Ouest à faire courir pour une casaque dite Classique – Daniel Wildenstein – mais aucune différence ne paraissait dans les rapports humains avec, par exemple, l’éleveur qui avait mis un poulain "en dépôt" chez eux en attendant qu’on lui trouve un acheteur.

Toutefois, s’ils avaient lu tous les deux Jour de Galop mardi matin, ils auraient bondi de leur chaise, car eux savaient que, bien entendu, il faut à la France des "Moonlight Cloud" et des lignes droites, mais que la priorité et l’avenir des courses, c’est de tout faire pour qu’il y ait toujours de nombreux partants, trot, plat et obstacle, même si ça dérange certains, alimentant ainsi les hippodromes et le jeu, celui-là même qui alimente, fait vivre et fera vivre les acteurs des courses. On a le droit de craindre que seuls les partants marqués du sceau des Émirats et autres Cheikh, par définition "classiques", ne fournissent les partants nécessaires ! Classiques il faut, bien sûr, mais pas au détriment du reste. Claude aussi, comme l’interviewé dont on peut se demander dans quel monde il veut nous faire vivre, avait longtemps et brillamment monté en courses, il acceptait, lui, comme les Peslier ou Soumillon qui ont débuté en courses de poneys, de s’adapter aux différents profils d’hippodromes parisiens et provinciaux comme, pour reprendre ceux cités, Amiens, Saint-Malo, Nantes ou Craon, car cela fait partie des spécificités et des aléas des courses sur lesquels s’adapte ou pas tel ou tel cheval, mais surtout ces petits, moyens et grands champs de courses qui font et feront les turfistes de demain.

Les provinciaux Pantall, Ferland, Rohaut, Rouget, pour n’en citer que quelques-uns, ont débuté "petits", eux, puis sont devenus Classiques, gagnants de Gr1. Il n’empêche qu’ils entraînent aussi, par la force des choses parfois, de nombreux chevaux moyens qui font des partants au profil différent.

En cette journée internationale de la femme, il était bon de rappeler le rôle important que jouent les épouses d’entraîneurs, un rôle parfois obscur mais ô combien important.

Philippe Desbois

Un propriétaire