hors tolerance zero, point de salut !

Autres informations / 25.03.2014

hors tolerance zero, point de salut !

Par Mayeul Caire, Directeur de Jour de Galop

Les hasards de l’actualité ont fait que dimanche soir, Stade2 a diffusé un reportage édifiant sur le dopage dans le rugby, centré sur l’équipe sud-africaine lauréate de la Coupe du monde en 1995 (si vous souhaitez voir la vidéo de l’émission, cliquez ici – le reportage commence à 22mn45sec : http://pluzz.francetv.fr/videos/stade_2.html). Pour avoir possiblement usé de produits prohibés, cinq ou six joueurs ont été ou sont atteints de maladies dégénératives aussi graves que rares. Certains sont morts ; d’autres en fauteuil roulant. Sur vingt-deux joueurs, on trouve notamment deux cas d’une maladie qui n’est censée toucher qu’un humain sur plusieurs millions en moyenne !

C’est affreux de voir ces hommes comme Joost van der Westhuizen réduits à l’état de légumes, quand on les a connus si vifs, si forts et si talentueux sur un terrain de rugby il y a moins de vingt ans.

Cela fait le lien avec mes propos d’hier : aucun sport n’est aujourd’hui épargné par le dopage et ce serait une magnifique opportunité pour les courses hippiques de pouvoir se dire "seul sport mondial dans dopage".

LES COURSES : PREMIER SPORT A COMBATTRE OFFICIELLEMENT LE DOPAGE

Nous avons pour réussir ce challenge une longue tradition : Guy Thibault nous rappelle dans plusieurs de ses livres que, dès 1903, le Code des courses français a été le premier du monde sportif à proscrire l’administration d’un stimulant. Directeur du Syndicat des éleveurs pendant plusieurs décennies, Patrice Renaudin m’a écrit pour me dire qu’il fallait croire en nos chances d’avoir un sport propre. Il nous suggère une évolution prometteuse : « La véritable avancée serait de s'autoriser à réanalyser les échantillons déjà prélevés dans le passé, lorsque le laboratoire met au point une nouvelle méthode de détection. C'est ce que fait couramment la police scientifique. Le jour où l'on annoncera que l’on pourra désormais procéder à ces contrôles a posteriori, les tricheurs qui ont aujourd'hui une longueur d'avance sur la science s'abstiendront, craignant l'épée de Damoclès éternellement suspendue au-dessus de leurs têtes et les conséquences possibles sur leur notoriété, leur droit d'exercer et leurs finances. »

UN DISTINGUO PARFOIS DIFFICILE ENTRE SOIN ET DOPAGE

Il restera toujours, comme me l’a écrit Édouard Windrif, le problème de la frontière parfois ténue entre "soin" et "dopage". La question est excellente. Cela passerait peut-être par la visite – à la demande de l’entraîneur qui veut soigner – d'un vétérinaire indépendant. Et c’est à ce dernier qu’il reviendrait de déterminer si le cheval a réellement besoin de soins, ou si le soin demandé s’apparente à du dopage. Ce n'est sans doute pas facile à organiser, mais cela apporterait une réponse.

Pour prolonger le parallèle avec le sport humain, on demanderait à un médecin indépendant de vérifier que le sportif a par exemple de l'asthme avant de l'autoriser à prendre de la

Ventoline. Car, comme le reportage de Stade2 le révélait hier, sur le groupe de vingt-deux rugbymen sud-africains venus faire une tournée européenne en 1997, quatorze prenaient de la Ventoline pour combattre un asthme imaginaire !

UN ELECTROCHOC QUI PEUT ETRE SALUTAIRE AUX ETATS-UNIS

Autre élément du reportage de Stade2, « le dopage est dans les gènes du rugby sud-africain », comme l’expliquait un médecin local. On peut en dire tout autant des courses américaines. L’affaire Asmussen, bien que gravissime et violentissime, n’est pas surprenante – si ce n’est par la méchanceté et par la bêtise humaine qui surgissent à chaque minute de la vidéo.

Je dis "pas surprenante" car, comme toutes les drogues, le dopage ne supporte en fait aucune tolérance : autorisez une drogue dite douce et vous ouvrirez la porte aux drogues dures ; autorisez le Lasix et la Bute, et vous ouvrirez la porte à toute la pharmacie possible et imaginable. Et surtout : laissez certaines personnes (comme Scott Blasi) agir avec un sentiment d’impunité, et vous verrez naître un monstre, sans respect pour la vie – ni celle des hommes qui l’entourent, ni celle des chevaux sur lesquels il est censé veiller.

Les États-Unis tolèrent trop de produits qui devraient être interdits depuis longtemps ; ils laissent trop d’entraîneurs aller au-delà encore des pratiques qui ne devraient déjà plus être autorisées. Il ne faut donc pas s’étonner du résultat final. Ce qu’il faut espérer, désormais, c’est que cette affaire servira de détonateur et que les Américains balaieront devant leur porte en acceptant enfin l’idée qu’il faut interdire tout produit dit "améliorateur", comme le fait l’immense majorité des pays.

Quant aux autres zones géographiques, Europe, Asie, Australie... elles doivent rester attentives, car le combat contre la délinquance en blouse blanche est aussi difficile – si ce n’est plus difficile – à gagner que celui contre une délinquance qui dit son nom.