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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le « cauchemar » de david powell

Autres informations / 28.03.2014

Le « cauchemar » de david powell

« J’ai fait un rêve idiot la nuit dernière, mais je vais quand même vous le raconter. J’ai rêvé qu’on était en 2020, et que j’expliquais à mes (nombreux) petits-enfants pourquoi on n’élevait plus de chevaux en France. Comme tant de situations que l’on n'a pas voulu atteindre, il y a eu une multitude de petits pas, chacun rendant possible le suivant, pour enfin aboutir à un résultat inconcevable au départ. L'invention du Tiercé, "rallongé" en Quarté puis en Quinté, puis pour comble le "spot", a rapproché les courses des jeux de hasard, pour coller à l'air du temps qui préfère l'aubaine à l'effort, a progressivement dissocié la masse des enjeux de la recherche de l'excellence, et fini par écœurer ceux qui voulaient encore jouer "intelligemment" (lire à ce sujet l'excellente explication de Christophe Donner dans son livre passionnant À quoi jouent les hommes, que je reproduis à la fin de cet article).

L'ouverture inconsidérée des courses, avec un élevage incapable de suivre financièrement, ainsi que les boulets fiscaux et sociaux, entraîna, de la part des acteurs nationaux, une perte d'intérêt quant à l'importance des enjeux générés par les parieurs et accentua encore ce clivage entre "jeu" et "sport".

Ceci a conduit à une désertification des hippodromes, encouragée par le mauvais accueil – restauration pendant longtemps mauvaise, peu courtoise et hors de prix, contrôles tatillons, etc., ce qui a permis de "sevrer" un peu plus les vrais turfistes qui se seraient encore intéressés aux chevaux.

Le PMU était conçu comme organisme de collecte de fonds pour les courses, mais une vacuité à la tête de France Galop pendant la première décennie du XXIe siècle a inversé les rôles, et à la sortie de ce "tunnel", c'était le valet qui commandait le maître...

Dès lors, le PMU n'a vu que l'augmentation de son chiffre d'affaires comme objectif, les sociétés des courses et les professionnels étant sommés de "suivre".

N'ayant pu ou voulu faire valoir la qualité de notre produit, le PMU a préféré jouer la quantité en multipliant l'offre : courses télévisées tous les quarts d'heure, et surtout des épreuves médiocres étrangères sur lesquelles il est impossible de jouer intelligemment, de "faire le papier" puisque personne ne connaît les protagonistes, même s'il y avait eu le temps en quelques minutes de le faire... Constatant que le "nouveau public" ainsi conquis jouait au hasard, et qu'une course sur P.S.F. télévisée ressemble beaucoup à une course virtuelle, l'idée est venue qu'on pouvait très bien remplir l'écran d'Equidia toute la journée avec des trotteurs à San Pardo, des "réclamer" au Chili, en Tasmanie ou en Afrique du Sud, voire des courses "Playstation" pour boucher les trous.

À partir de là, le PMU et l'État ont fait le constat qu'organiser des courses en France était une dépense inutile, qu'on pouvait parfaitement "délocaliser" la production du support et économiser le milliard d'euros que coûtaient les sociétés de courses et les professionnels, optimisant ainsi le rendement économique... Un jour, le PMU nous a fait comprendre que les professionnels pouvaient s'abstenir de râler pour l'organisation, le terrain, les allocations et la T.V.A. : en effet, il n'avait plus besoin de nous ! Il nous a également fait comprendre qu'au stade où en était la mise en valeur sportive du galop, pour maintenir la parité avec le trot, cela coûterait bien moins cher "d'acheter" des réunions étrangères peu onéreuses, car ne présentant aucun intérêt, et dont les "vendeurs" étaient agréablement surpris de l'aubaine d'avoir trouvé un acquéreur... De plus, comme toute grande entreprise qui veille à ses intérêts, le PMU utilisa les supports de jeu qui lui coûtaient le moins cher.

C'est idiot comme rêve, non ? Ou faudrait-il que l'on se réveille ? »