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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

L’italie tente de sortir de la crise

Autres informations / 28.03.2014

L’italie tente de sortir de la crise

C’est le dernier train pour le secteur économique des courses en Italie et il faut le prendre, sans trop se poser de question. Le parlement a donné le feu vert à un projet nommé Lega Ippica, tout en chargeant le Gouvernement d’en écrire le règlement. On peut définir cela comme la privatisation des courses. Pour les optimistes, l’État a décidé de se retirer de la gestion des courses pour la laisser aux hippodromes, aux éleveurs et aux propriétaires. Pour les pessimistes, l’État fermera le robinet des subventions dans trois ans et laissera le monde hippique décider de son avenir. En plus de cela, il y a une arrière-pensée chez beaucoup de "sociopros" : les hippodromes, surtout ceux de la puissante HippoGroup (Rome, Bologne, Cesena, Turin et Varèse), vont prendre une position dominante dans ce nouveau projet.

C’EST LA DERNIERE CHANCE

Le règlement de la Lega Ippica est encore en chantier, mais les lignes du projet sont assez simples. Les hippodromes, les éleveurs et les propriétaires agréés par le gouvernement – donc avec des comptes en règle – pourront s’associer en payant une cotisation et l’État, par l’intermédiaire du ministère de l’Agriculture, en exercera le contrôle. En suivant ce premier projet, la Lega Ippica aurait un conseil de neuf membres : quatre qui représentent les hippodromes, deux les propriétaires et éleveurs du trot, deux les propriétaires et éleveurs du galop, ainsi qu'un président. Le conseil, le président et le directeur général auront la supervision sur cinq départements : trot, galop, budget, contrôle des courses et justice, marketing et presse.

Il s’agit d’un retour au passé, quand l’Italie marchait très fort sous la gestion de l’UNIRE, mais avec une petite différence : dans ces jours heureux, la seule façon d’engager des paris en Italie, c’était sur les courses hippiques.

Le département budget sera chargé de la gestion mais aussi des allocations. Le financement de la Lega Ippica sera assuré par un pourcentage prélevé sur les paris qui, après la disparition de l’UNIRE et de l'ASSI (l’ancienne société mère et l’agence qui devait assurer la relève), passe maintenant par la caisse du ministère, par la vente des droits TV (inexistants), le sponsoring (inexistant), les contributions sur les machines à sous dans les hippodromes et une commission sur les enjeux acceptés sur les courses virtuelles dans les agences hippiques et, surtout, par une contribution de l’État, étendue sur trois ans, la célèbre "start-up".

C’est simple et clair. Mais le problème reste toujours le même : trouver l’argent. La nouvelle structure de Lega Ippica, surtout dans sa gestion au quotidien, a sûrement plus de marge par rapport à la bureaucratie des ministères et pèsera donc moins lourd sur le budget. Mais pour assurer le maintien des courses au même niveau qu'actuellement, il faut trouver 215 millions d’euros. Ce qui n’est pas rien compte tenu de la situation actuelle en Italie.

La part du prélèvement sur les enjeux qui entre dans la caisse du ministère est fixée à 14 %. D’après les données de l’année 2013, avec un total d’enjeux de 870 millions d’euros, la Lega Ippica pourra compter sur 122 millions. Il faut donc une contribution de l’État de 93 millions pour garantir le même budget. Le problème est que l’année 2014 est partie sur la mauvaise jambe, avec moins de 80 millions d’euros d’enjeux (soit une baisse de 45 %) pour la période de janvier et février. Il y a des explications pour cette nouvelle chute des enjeux en Italie : les paris sur les courses étrangères ont repris le 10 février seulement et une bonne partie des courses italiennes, lors des deux premiers mois de l’année, au galop, à Naples et Pise, était vraiment difficile à déchiffrer pour les joueurs. En plus l’absence de courses de trot à Milan – où est à l’étude la reprise des activités après la fermeture de San Siro en décembre 2014 – et à Rome – la réouverture, prévue pour début mars est encore décalée de quelques semaines – est fort pénalisante. Imaginez-vous si, d’un coup, le trot français perdait Vincennes et Enghien... Mais, avec la reprise du galop à Rome et de meilleures courses à Pise, le secteur a donné quelques signaux de réveil, l’ouverture de San Siro faisant également monter les enjeux. Il faut toutefois compter avec la concurrence des courses virtuelles et des enjeux sur les autres sports virtuels, qui ont reçu un bon accueil de la part du public des agences hippiques.

Si la Lega Ippica voit le jour, comme on peut l'imaginer, au début du 2015, il faudra arriver au 1er janvier 2018 – date à laquelle l’État arrêtera ses subventions – à un chiffre d’affaires de 1.600 millions d’euros. Mission impossible ? La Lega Ippica imagine, comme première mesure, une réduction du prélèvement sur les enjeux à une moyenne de 25 %. D’après une étude réalisée en 2013 par un consultant de la Lega Ippica, la simple réduction du prélèvement donnerait un coup de pouce décisif aux enjeux. Ses prévisions parlent d’une croissance de 25 % par rapport à 2013, avec d’autres augmentations de 15 % en 2015 et 10 % en 2016, pour atteindre en 2018 l’objectif de 1.830 millions d’euros, et donc un financement de 230 millions.

Il faut rester optimiste mais, tout de même, il est plutôt difficile d’imaginer un changement radical du scénario. Le fond du problème reste le même : redonner du souffle aux parieurs – et donc à celui qui laisse un peu d’argent dans les caisses – et apporter une nouvelle image de marque aux courses. Cela sera-t-il suffisant pour confier le guidon – par l’intermédiaire de la Lega Ippica – aux anciens dirigeants, sortis du milieu des courses ?