Gérard lancry : « je recherche chez mes chevaux qu’ils aillent au combat »

Autres informations / 22.04.2014

Gérard lancry : « je recherche chez mes chevaux qu’ils aillent au combat »

Nous poursuivons ce mardi notre série sur les propriétaires avec Gérard Lancry. Propriétaire d'une quinzaine de chevaux, il est ce que l'on pourrait appeler un propriétaire averti : il sait ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas ou plus... Même si parfois la passion l'emporte sur la raison.

Jour de galop - COMMENT VONT VOS CHEVAUX ?

Gérard Lancry - Blacktype (Dunkerque) est super bien. C’est un poulain très estimé. Il est tardif, donc nous l’avons respecté, tout en lui demandant de nous montrer un peu de qualité. C’est ce qu’il a fait. Il a gagné ses deux dernières courses à Lyon et maintenant, nous courrons soit le Prix Machado (B) à Longchamp et nous nous frotterons aux « loulous parisiens », soit une course "D" à Chantilly sur 1.600m [il s’est classé bon troisième du Prix Machado, ndlr]. S’il nous montre qu’il a la pointure, nous irons sur un Groupe 3, le Prix Paul Moussac.

Nous pensons que c’est un vrai bon cheval. Il a "cassé le compteur" à Lyon sur les 1.800m. Les 3ans sur ce tracé bouclent le parcours entre 1'53 et 1'56 en général, lui l’a fait en 1'49. Outre Blacktype, j’ai aussi Tagar Béré (High Yield) un cheval de rêve pour tout propriétaire : toujours là, toujours au combat. Et il a une forte personnalité, ce qui le rend très attachant. Tagar Béré est un gladiateur, c’est ça que je recherche chez mes chevaux, c’est qu’ils aillent au combat. Je ne leur demande pas d’être tous de la qualité de Blacktype, mais ceux qui n’ont pas envie de courir, je préfère m’en séparer. Je vais donc réduire prochainement mon effectif de moitié pour le renflouer ensuite par des achats de yearlings.

OU ET COMMENT CHOISISSEZ-VOUS VOS CHEVAUX ?

Je suis essentiellement sur le marché Arqana de novembre. Je sais où est ma place, elle n’est ni au mois d’août ni en octobre et je préfère boxer dans ma catégorie. Pour trouver un équilibre financier et ne pas avoir de trop grands écarts de trésorerie, la raison et les chiffres voudraient qu’une écurie comporte un tiers de yearlings, un tiers de 3ans et un tiers de "vieux". J’ai plutôt tendance à avoir 70 % de yearlings ! C’est mieux qu’à une époque où je faisais de grandes folies avec 90 % de yearlings, mais ce n’est pas encore très raisonnable. Je ne parviens pas à l’être tout à fait, car acheter un yearling, c’est acheter une part de rêve, c’est avoir le plaisir d’ouvrir le catalogue, d’analyser des pedigrees, d’apprécier ensuite des modèles. Avoir des yearlings, c’est le plaisir de suivre et de participer à la carrière d’un cheval de A à Z, c’est avoir le plaisir d’essayer de résoudre les énigmes : de la génétique, des modèles, etc. Mais c’est aussi attendre neuf mois minimum pour avoir un retour sur investissement, parfois un an, parfois deux ans, et puis il arrive aussi que l’investissement ne paye jamais. C’est pour cela qu’il faut des 3ans et des "vieux" pour faire vivre l’écurie tant que les jeunes ne sont pas venus.

C’EST YEARLING QUE VOUS AVEZ ACHETE BLACKTYPE ?

Oui, je l’ai acheté au Haras du Quesnay, un élevage que j’aime beaucoup. Vous voyez, je crois qu’un cheval prend à 90 % de sa mère. Mais il existe quelques étalons améliorateurs. Le "Quesnay" en possède. J’ai d’abord sélectionné Blacktype sur catalogue. Et quand je pensais à lui, je l’imaginais comme un centaure, j’adore cette image de centaure, je trouve cela magnifique. Et puis, quand je l’ai vu, je n’ai pas été déçu. J’en ai ensuite discuté avec mes entraîneurs et Yann Poirier, c’est lui qui débourre tous mes chevaux. C’est un professionnel formidable. Je n’ai jamais vu un homme qui avait un tel regard sur les chevaux. Il est IM-PRE-SSIONNANT ! J’aime étudier seul le catalogue et regarder les modèles, mais je sais aussi que je dois être entouré par des professionnels pour ensuite faire un choix.

COMMENT VIVEZ-VOUS VOTRE PASSION AU QUOTIDIEN ?

J’ai une société de négociations qui me rend assez disponible. J’adore aller voir mes chevaux le matin ou au débourrage. J’essaye de ne pas être trop polluant pour les professionnels avec lesquels je travaille, mais je veux apprendre et je pose toujours un tas de questions ! Mes entraîneurs (Marc Pimbonnet, Fabrice Vermeulen, Keven Borgel, Jean-Pierre Gauvin, ndlr) se moquent un peu de moi et m’appellent "le professeur". Je suis sur les pistes toutes les semaines et mes entraîneurs le savent : ils doivent m’appeler pour le premier gazon de mes 2ans, je ne louperais cela pour rien au monde. C’est un vrai régal pour moi. Dernièrement, j’ai pu assister au galop de Chanel Béré (Sunday Break), une sœur de Quick Béré (Verglas) – [vingt-deux places et six victoires dans sa carrière, ndlr] que j’ai achetée, elle va débuter bientôt à Lyon et, croyez- moi, elle a impressionné tout le monde. Sur le centre d’entraînement de Lyon, la piste du bas est super pour suivre les galops, car parallèlement à cette piste, il y a un chemin que l’on peut emprunter en voiture pour suivre nos chevaux. J’aime aussi faire les engagements de mes chevaux. J’y travaille et je fais des propositions aux entraîneurs. Depuis dix ans que je suis propriétaire et trente ans que je désire l’être, je pense avoir une bonne lecture des courses et des engagements. En revanche, je suis incapable de voir si un cheval est prêt à courir. Mais je pourris la vie de mes entraîneurs pour apprendre ! (rires)