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Jour de Galop

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Le colostrum : quel role de l’alimentation de la pouliniere ?

Autres informations / 14.04.2014

Le colostrum : quel role de l’alimentation de la pouliniere ?

Nous vous proposons aujourd’hui un nouveau volet de notre rubrique axée sur l’alimentation, en partenariat avec la société de recherche et de conseil en nutrition équine Lab to Field. Samy Julliand, nutritionniste équin et Directeur de Lab to Field, explique le rôle de l’alimentation de la poulinière dans la qualité du colostrum.

Dans le numéro du 5 mars dernier, nous nous interrogions sur l’impact de l’alimentation sur la fertilité de l’étalon. Qu’en est-il de la relation entre alimentation de la poulinière et qualité du colostrum produit ?

Le colostrum joue un rôle primordial pour la santé du poulain. En effet, le poulain naît vierge de toute immunité et les anticorps de la mère ne sont transmis que lors de la prise de colostrum dans les premières heures de la vie du nouveau-né. L’échec du transfert d’immunité de la mère au poulain représente la cause première prédisposant aux infections et à la mortalité chez le poulain nouveau-né.

La qualité du colostrum, évaluée par sa concentration en anticorps (principalement en immunoglobulines G, IgG) est donc essentielle. Pour assurer des défenses immunitaires satisfaisantes au poulain, il est considéré que le colostrum doit contenir une concentration minimum de 60 grammes d’IgG par litre. Cette qualité du colostrum dépend de nombreux facteurs comme la race et l’âge de la poulinière, son numéro de lactation, l’avancée dans la saison et les conditions environnementales, ou également l’alimentation de la poulinière.

Peu de recherches ont été conduites spécifiquement sur la relation entre apports de la ration et qualité du colostrum des poulinières. La plupart des travaux se sont intéressés à la relation entre apports alimentaires et la production de lait.

Chez les équins, comme dans d’autres espèces d’élevage (bovins, ovins), des apports énergétiques insuffisants en cours de gestation entraîneraient une diminution de la quantité de colostrum produite, sans modification de la concentration en IgG. Au final, il en résulte donc une baisse de la quantité totale d’IgG dans le colostrum. Au contraire, des apports énergétiques supérieurs aux besoins de la poulinière en fin de gestation semblent induire une plus grande production de colostrum, sans augmentation de la quantité totale d’IgG. En effet, bien que le volume produit augmente, la concentration en IgG diminue par un phénomène de dilution.

Les effets d’une supplémentation en minéraux (calcium, phosphore, magnésium, sodium) et oligo-éléments (zinc, iode, manganèse, sélénium) ne paraissent pas avoir d’impacts bénéfiques sur la concentration du colostrum en IgG, sauf chez des mères initialement carencées. Le statut de la vitamine E est controversé. Plusieurs études prêtent un effet positif à une supplémentation en vitamine E, avec une hausse de la concentration en IgG associée à cette supplémentation. Cependant, il ressort de ces résultats que les bénéfices sont similaires à différentes doses de supplémentation (entre deux et six fois les besoins recommandés)... Ceci suggère que les recommandations actuelles en vitamine E seraient sous-estimées pour les poulinières en fin de gestation. Enfin, par analogie à une hypothèse avancée dans des études sur les ovins notamment, il est possible que l’alimentation ait un lien indirect sur la qualité du colostrum via la durée de gestation. Le colostrum n’est synthétisé qu’au cours du dernier mois de gestation (lors des semaines 45 à 48 de gestation). Dans le cas de naissances avant terme, la quantité de colostrum produite serait peut-être moindre, tout simplement car la mère n’a "pas eu le temps " de le synthétiser... mais ceci n’a pas encore été prouvé chez la poulinière.

Lab to Field est une société de recherche et de conseil en nutrition équine, dont les domaines de compétence s’articulent autour de trois axes : la nutrition équine, la santé digestive équine et la physiologie de l’exercice chez le cheval athlète. Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter le site internet www.lab-to-field.com