Patrick joubert : « j'aime aller dénicher mes chevaux á pétaouchnok »

Autres informations / 21.05.2014

Patrick joubert : « j'aime aller dénicher mes chevaux á pétaouchnok »

Céréalier à Souvigny, au cœur du bocage bourbonnais, Patrick Joubert a commencé il y a vingt ans à élever des chevaux de course. Aujourd'hui, il est toujours céréalier, mais il est aussi un propriétaire-éleveur bien connu des hippodromes avec une trentaine de chevaux à l'entraînement, une vingtaine de poulinières et des chevaux de son élevage ayant du succès au plus haut niveau en France comme en Angleterre. Récemment, il a également vu briller dans le Prix Ferdinand Dufaure (Gr1), Fleur d'ainay (Poliglote), la sœur de l'une de ses poulinières, Flower des Champs (Robin des Champs), qu'il a en association avec Nicolas de Lageneste (haras de Saint-Voir).

Jour de galop. – POUR QUELLES RAISONS AVEZ-VOUS DEVELOPPE UN ELEVAGE DE CHEVAUX EN PARALLELE DE VOTRE ACTIVITE DE CEREALIER ?

Patrick Joubert. – J'ai toujours aimé les chevaux. Je montais déjà à cheval à dix ans. Il y a vingt ans, j'ai eu une poulinière pour le plaisir et puis je l'ai fait saillir et il s'est avéré que son premier produit a intéressé monsieur Niess, permis d'entraîner. Et voilà, la machine s'est mise en route et je suis devenu éleveur de chevaux de course. Pourtant, personne dans ma famille n'élève ou n'a élevé des chevaux. Mon père les aimait parce que c'est une bête sympa, mais ça s'arrêtait là. J'ai bâti mon élevage seul, sur les conseils d'amis comme Nicolas de Lageneste, Gérard Ferté, M. Gomeau ou un peu plus tôt Guy de Villette ; c'était un grand professionnel un peu farfelu, qui avait un gros élevage en Saône-et-Loire.

COMMENT CHOISISSEZ-VOUS VOS CHEVAUX ?

J'aime aller les dénicher à "Pétaouchnok". Si je vois un produit qui me plaît, j'appelle son éleveur, on se voit, on parle du produit et puis de pleins d'autres choses. J'aime le contact avec les éleveurs, j'aime causer avec eux, de chevaux bien sûr, mais pas seulement.

VERS QUELS ETALONS ALLEZ-VOUS ?

J'aime beaucoup les produits de Network, j'en ai 26 ou 27 dans mes prés, parfois en association. Et puis j'aime évidemment Martaline, Saint des Saints et Kapgarde. J'aime ramener de la vitesse sur mes juments qui n'en ont pas pour la plupart.

VOUS ALLEZ AUX GRANDES FAMILLES...

Oui, parce que je crois beaucoup en la génétique. Avec les bonnes souches, on a tout de même moins de problème. Regardez l'élevage des Cyprès, le haras de Saint-Voir et d'autres grands élevages encore : ils ont tous de super souches. Après, évidemment, ce n'est pas une science infuse et il arrive parfois que des juments issues de souches quelconques produisent très bien. J'ai une jument chez moi, Gazelle Lulu (Altayan), qui me fait un produit tous les ans

et ils sont tous gagnants. Elle n'est pas issue d'une grande famille, mais elle n'était pas mauvaise en course. C'est notamment la mère d'Ucello Conti [Martaline, gagnant de Listed et placé de Groupes, ndlr], de Toscana Conti [Dom Alco, gagnante de Listed]...

POURQUOI AVOIR CHOISI LE SUFFIXE CONTI POUR NOMMER VOS CHEVAUX ?

Mon premier gagnant à Auteuil s'appelait Enzo Conti (Altayan), il était entraîné par François Nicolle. Et puis, Conti, je trouvais que ça sonnait bien. Quand je suis venu le voir courir, c'était la première fois que j'allais à Auteuil, j'étais tout émerveillé, je regardais partout, je me suis installé dans les tribunes pour regarder la course et puis je n'ai jamais vu Enzo Conti passer le poteau en tête ! Il a gagné de vingt longueurs ce jour-là et moi je le cherchais dans le peloton ! (rires).

VOUS AVEZ UN AUTRE "CONTI" DE RENOM, SILVINIACO CONTI (DOM ALCO), EXPORTE EN ANGLETERRE ET QUI CONNAIT UNE TRES BELLE REUSSITE...

Oui, j'ai la chance d'avoir cette année deux très bons chevaux outre-Manche. Silviniaco Conti, multiple lauréat de Grs1 et 2, est entraîné par Paul Nicholls. C'est aussi un produit de ma super poulinière Gazelle Lulu. Mon deuxième très bon cheval est chez Willie Mullins, c'est Vautour [Robin des Champs un 5ans invaincu à l'étranger, gagnant des Novice's Hurdle de Cheltenham et Punchestown, Grs1]. Je l'ai élevé en association avec Nicolas de Lageneste, c'est un produit de Gazelle de Mai (Dom Pasquini).

QUEL EST AUJOURD'HUI VOTRE PLUS BEAU SOUVENIR EN TANT QUE PROPRIETAIRE-ELEVEUR ?

net lovely (Network), sans hésitation [2e du Prix La Haye Jousselin, quadruple gagnante de Grs3 à Auteuil]. C'est une jument sur laquelle j'étais associé avec Paul Couderc. Quand j'allais la voir courir, qu'elle entrait sur la piste, j'avais de la sueur dans le dos, des frissons, une sensation presque de jouissance. C'était une jument tellement généreuse.

VOUS VENEZ SOUVENT SUR LES HIPPODROMES ?

Maintenant oui : si on ne vient plus aux courses, tout le monde croit qu'on est mort (rires). Et puis j'aime bien venir, je discute avec tout le monde. Mais aller sur les pistes le matin, c'est encore mieux ! Assister aux préparations des grandes courses, c'est toujours un instant formidable et des sensations fortes.