Maxime guyon : « obtenir le statut de sportif de haut niveau serait justifié »

Autres informations / 27.07.2014

Maxime guyon : « obtenir le statut de sportif de haut niveau serait justifié »

SERIE : LES JOCKEYS. Nous poursuivons notre série sur les jockeys avec Maxime Guyon. Ce jeune homme de 26 ans, père de famille et bien connu des hippodromes depuis bientôt dix ans, nous parle de son métier avec beaucoup de maturité.

jour de Galop. – VOTRE FAMILLE N'EST PAS ISSUE DU MILIEU DES COURSES, VOUS ETES-VOUS INTERESSE SEUL AU METIER DE JOCKEY ?

Maxime Guyon. – Pratiquement, oui, mais mon père m'emmenait de temps en temps sur les hippodromes et c'est ainsi que j'ai découvert les courses. J'ai décidé de faire l'Afasec et j'ai eu la chance de tomber sur André Fabre comme maître d'apprentissage.

QUE RETENEZ-VOUS DE SON ENSEIGNEMENT ?

C'est une question difficile car il m'a vraiment tout appris. C'est le seul patron que j'aie jamais eu. C'est un très grand professionnel, le meilleur dans son domaine. Il apporte de l'importance à tous les détails. Ce qui est impressionnant, c'est qu'il a beau avoir plus de deux cents chevaux à l'entraînement chaque année, il connaît chacun d'eux sur le bout des doigts. Il ne se trompe jamais sur leurs engagements et tous les chevaux sortant de chez lui ont au moins gagné une fois.

QUEL SOUVENIR GARDEZ-VOUS DE VOS DEBUTS EN COURSE ?

Un souvenir un peu douloureux ! (rires) Je me souviens de mes débuts à Longchamp, où j'avais perdu mes deux étriers dans la ligne droite. Ce jour-là, André Fabre m'a dit que j'allais monter un peu en province, pour me "former", avant de revenir à Paris.

EXISTE-T-IL UNE HIERARCHIE DANS LES VESTIAIRES ET DANS LE PELOTON ENTRE LES JOCKEYS ?

Je ne pense pas que nous puissions parler de hiérarchie. Il y a simplement des jockeys qui possèdent un caractère plus fort que d'autres et qui naturellement s'imposent davantage. Mais nous nous respectons tous.

L'ARGENT EST-IL UN SUJET TABOU ENTRE VOUS ?

Non. Je sais que de manière générale, en France, c'est un sujet tabou, on n'aime pas parler d'argent. Mais entre nous, on en parle et puis rien n'est caché !

LORSQUE VOUS AVEZ GAGNE BEAUCOUP D'ARGENT, AVEZ- VOUS PENSE PERDRE LA TETE A UN MOMENT DONNE ?

Non, jamais. J'ai la tête sur les épaules, je sais d'où je viens...

AVEZ-VOUS PARFOIS LA SENSATION DE SACRIFIER VOTRE VIE DE FAMILLE AU BENEFICE DE VOTRE METIER ?

Non, ce n'est pas un sacrifice. Je fais ce métier aussi pour ma famille. À l'âge que j'ai, j'ai la chance de très bien gagner ma vie. Je suis très heureux du métier que je fais et je n'ai absolument aucun regret. C'est vrai que c'est un métier prenant, mais je sais aussi que je ne l'exercerai pas jusqu'à mes 60ans!

PENSEZ-VOUS DEJA A CE QUE VOUS POURRIEZ FAIRE APRES ?

Non, je n'en ai aucune idée. Mais je ne serai pas entraîneur. C'est un métier extrêmement compliqué et exigeant. Si nous n'avons pas les meilleurs propriétaires, c'est difficile de gagner sa vie. Et une chose est sûre, je n'aurai pas envie de "rejouer" l'argent gagné en étant jockey.

QUE PENSEZ-VOUS DU FAIT QUE LES JOCKEYS NE SONT ACTUELLEMENT PAS RECONNUS COMME DES SPORTIFS DE HAUT NIVEAU ?

Les personnes qui ne montent en course que de temps en temps se rendent compte de l'effort physique que cela demande. Il a été prouvé plus d'une fois qu'un jockey produisait un effort très intense sur un temps très court. Obtenir le statut de sportif de haut niveau serait justifié par l'effort que nous fournissons à chaque course mais aussi par l'hygiène de vie que ce métier nous impose.

VOUS N'AVEZ JAMAIS EU DE PROBLEME DE POIDS, MAIS PENSEZ-VOUS QUE FRANCE GALOP DEVRAIT CHOISIR DE REHAUSSER LES POIDS EN COURSES ?

Non, je ne pense pas, car le métier de jockey est un métier de sélection. Être léger, c'est ce qui caractérise un jockey. Et nous le savons, ceux qui connaissent des problèmes de poids en plat, et qui deviennent jockeys d'obstacle pour cette raison, finissent par avoir les mêmes problèmes dans l'autre discipline.

QUE PENSEZ-VOUS DES GROUPES DE TRAVAIL ORGANISES PAR FRANCE GALOP ET AUXQUELS LES JOCKEYS – PAR L'INTERMEDIAIRE DE L'ASSOCIATION DES JOCKEYS – PARTICIPENT ?

France Galop nous écoute, c'est déjà bien. Mais pour l'instant, aucune solution concrète n'est ressortie de ces groupes de travail. Nous sommes un peu déçus, mais nous patientons encore. Il faut du temps pour que les changements s'opèrent.

QUE CHANGERIEZ-VOUS DANS LES COURSES FRANÇAISES ?

Il existe beaucoup de petits problèmes. Mais je pense surtout que nous avons du mal à obtenir des sponsors. Je pense que nous devrions adopter une réglementation plus souple pour attirer davantage de marques.

Aujourd'hui, il existe trop de restrictions sur les conditions de visibilité de nos sponsors et cela les freine beaucoup pour investir.

DANS QUEL PAYS ETRANGER AIMERIEZ-VOUS MONTER A L'ANNEE ?

C'est difficile de vous répondre car je trouve la France plutôt agréable et les allocations y sont très raisonnables. De plus, il y a des courses tous les jours, ce qui n'est par exemple pas le cas à Hongkong ou au Japon, où ils ne courent que deux fois par semaine.

Et puis, cela devient difficile de monter à Hongkong. Le H.K. Jockey Club se montre de plus en plus strict. Non, s'il fallait choisir, je ne sais pas ce qui me plairait le plus en dehors de la France. Dubaï c'est super, mais deux mois de l'année, en hiver.