Kingman est-il le nouveau frankel ?

Autres informations / 14.08.2014

Kingman est-il le nouveau frankel ?

"Le nouveau Frankel". C’est souvent ainsi qu’est présenté Kingman (Invincible Spirit), la star des 3ans sur le mile en Europe cette année. Profil classique, efficace sur la même distance et, surtout, même propriétaire-éleveur, le prince Khalid Abdullah. Voilà les trois éléments qui offrent un raccourci facile pour assimiler Kingman à Frankel (Galileo). Mais Frankel... restera Frankel. Pas un cheval, aussi bon soit-il, ne peut prétendre rivaliser et soutenir la comparaison avec celui qui est – selon de nombreux observateurs – le meilleur cheval de course de tous les temps sur 1.600m.

La meilleure preuve que Kingman n’est pas Frankel est, pour l’instant, la course des 2.000 Guinées de Newmarket (Gr1) de Kingman. Ce jour-là, Kingman a été battu, terminant deuxième de Night Of Thunder. James Doyle a pris sur lui, en expliquant qu’il était

venu trop tôt. Conclusion : Kingman, aussi bon soit-il, ne peut corriger totalement les erreurs de son jockey. Frankel, lui, le pouvait. Rappelez-vous sa victoire dans les St James’s Palace Stakes (Gr1) à Royal Ascot. Un cheval juste bon aurait totalement sombré suite à une telle monte (Tom Queally avait lancé les hostilités à huit cents mètres du poteau, avant la courbe). Ce jour-là, Frankel a réussi à gagner, certes péniblement, mais il a gagné quand même, réparant tout seul l’erreur de son jockey qui n’avait pas su le canaliser. En tribune, même le regretté Sir Henry Cecil n’avait pu réprimer un soupir de soulagement au passage du poteau !

Cliquez ici pour revoir la vidéo complète de la course et de l’après-course : https://www.youtube.com/watch?v=yLmu_pHF0sA

À ce stade de la carrière de Kingman, rien ne rapproche non plus les deux chevaux dans leur façon de courir. Au milieu de son année de 3ans, Frankel avait sa méthode propre : mettre ses adversaires dans le rouge très vite et poursuivre son effort sans trembler jusqu’au poteau. Pour s’en souvenir, il suffit de revoir sa victoire dans les 2.000 Guinées de Newmarket ou dans les Sussex Stakes, où il avait fait plier son aîné, Canford Cliffs. Ce style, inimitable, n’est pas celui de Kingman. Ce dernier pourrait certainement gagner en allant devant. Mais sa façon de faire, c’est plutôt de crucifier ses adversaires sur une pointe. Kingman possède une accélération vive et hors du commun, c’est son point fort qui n’était pas celui de Frankel.

Même s’ils sont tous les deux stationnés en Irlande, leurs pères aussi sont différents : pour Frankel, un chef de race produisant des gagnants de Gr1 sur toutes les distances (Galileo) ; et pour Kingman, un des meilleurs étalons européens actuels, plutôt connu pour faire des chevaux de vitesse à 1.600m.

Leur passé non plus n’est pas le même. Kingman a connu des ennuis de santé à 2ans, qui l’ont empêché de courir au plus haut niveau. Frankel, lui, a pu gagner son Gr1 à 2ans, les Dewhurst Stakes (Gr1). Il faut aussi dire que Frankel n’a jamais connu la défaite, alors que c’est le cas de Kingman. Voici quelques failles dans le profil de Kingman, alors que Frankel a toujours eu l’allure d’un cheval invincible (bien qu’ayant eu un léger souci en début d’année de 4ans). Forcément, puisque ce sont deux milers de niveau Gr1, Frankel et Kingman suivent des programmes assez similaires. Mais devra-t-on, à chaque fois qu’un cheval gagne

les St James’s Palace Stakes, puis défait ses aînés dans les Sussex Stakes, dire de lui qu’il est le "nouveau Frankel" ? Le monde des courses a besoin d’idoles et de stars. Et forcément, puisque Kingman porte la même casaque que Frankel, il est tentant de vouloir les assimiler. Sans être Frankel, Kingman trace sa route seul, sans copier le sillon tracé par son aîné. Il va oser s’aventurer dimanche hors de ses frontières, ce que n’avait pas fait Frankel. La venue de Kingman dans le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard Jacques Le Marois (Gr1) est une chance pour ce Gr1, qui veut être le meilleur mile de l’année en Europe, la grande finale intergénérationnelle de l’été sur 1.600m. Et c’est un honneur de l’accueillir, là où nous aurions tellement aimé avoir le privilège de dérouler un tapis rouge digne de Cannes à Frankel ! Frankel a été un champion hors norme et Kingman n’a rien à gagner à vouloir lui ressembler. Il est un champion en tant que tel, avec ses qualités qui lui sont propres. Kingman, c’est Kingman.