Le pari hippique en crise … en angleterre !

Autres informations / 29.08.2014

Le pari hippique en crise … en angleterre !

À la mi-août, le Racing Post a publié un long article sous le titre : « Insoutenable ! » Il se faisait ainsi l’écho de l’angoisse des bookmakers britanniques, qui annoncent à plus ou moins long terme la mort des paris hippiques. Bien sûr, on sait que les "bookies" « crient toujours avant d’avoir mal », pour pouvoir négocier les taxes à la baisse... mais tout de même, la situation est assez grave de l’autre côté de la Manche.

Les bookmakers enregistrent des résultats catastrophiques pour le premier semestre 2014, malgré les bons scores enregistrés sur les paris de la Coupe du Monde de football. Ainsi, le directeur général de Ladbrokes a lancé à la mi-août, dans le Racing Post, un appel au secours. Il assure que les courses hippiques pourraient devenir « non viables » comme produit de paris si la tendance à la baisse se confirmait... à moins que la politique des taxes infligées aux bookmakers ne soit revue à la baisse. Et Richard Glynn d’insister : si les impôts sur les courses ne baissent pas, les bookmakers pourraient bien se détourner du sport hippique.

PREMIER PROBLEME : LES COURSES N’INTERESSENT PLUS

On connaît la chanson, puisque les bookmakers pleurent depuis des années sur leur sort pour conserver les taxes les plus basses possible. Mais ce qui nous a incités à traduire et adapter l’article du Racing Post, ce sont plutôt les chiffres annoncés par le responsable de Ladbrokes.

Ces chiffres sont catastrophiques.

Richard Glynn annonce une baisse de son résultat avant impôts de 49,7 %, à 27,7 millions de livres (contre 55,1 millions en 2013, ce qui était déjà un très mauvais résultat), et ce malgré l’effet Coupe du Monde. Le directeur attribue cette baisse en majorité aux paris hippiques, dont les paris sportifs ne parviennent plus à compenser la baisse constante.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser en France, où l’on voit les courses anglaises plus belles qu’elles ne le sont, les courses hippiques font beaucoup moins recette en Angleterre. Et le sport hippique y est – comme chez nous – à la recherche d’une nouvelle base de fans et de parieurs. Le manque d’intérêt chez les hommes de dix-huit à trentequatre ans (une population essentielle pour la prospérité des paris) est particulièrement inquiétant. Ces hommes « ne considèrent pas les courses comme un produit attractif, et le chiffre d’affaires continue de chuter, tandis que celui du football continue de progresser. Je ne jette la pierre à personne. J’ai bien travaillé, je connais quelques-uns de mes collègues qui ont aussi bien travaillé avec l’industrie des courses hippiques, et nous aimons le produit, mais si les coûts augmentent et si le client ne trouve pas le produit intéressant, à un moment on arrive à un point critique. Nous ne pouvons laisser cela arriver. » Pas de clients, pas de bookmakers... pas de bookmakers, pas de clients ! Mesurons notre chance de ne pas avoir de bookmakers en France et que notre opérateur de paris principal appartienne à l’Institution.

DEUXIEME PROBLEME : LES COUTS AUTOUR DES COURSES

Le deuxième problème soulevé par Richard Glynn concerne les frais de régulation par le gouvernement, les droits média ou encore les taxes. Les bookmakers paient notamment des droits pour obtenir les images de courses. Il y a aussi l’argent que versent les bookmakers aux courses anglaises : les paiements de redevance réglementaires plus l’argent supplémentaire que les bookmakers ont accepté de donner au Levy Board dans un accord signé il y a quelques mois.

Encore une fois, ne pleurons pas sur les bookmakers... qui versent déjà assez de larmes pour leur propre compte. Mais notons que les bookmakers ferment de plus en plus de boutiques. Quarante-six échoppes de Ladbrokes ont déjà fermé cette année, et la tendance devrait se poursuivre. William Hill a aussi annoncé la fermeture de plus d’une centaine de ses enseignes en 2014, et les prévisions ne seraient pas positives non plus pour Paddy Power.

TROISIEME PROBLEME : REDUCTION DES CHAMPS DE PARTANTS ET ARRIVEES DE FAVORIS

Le troisième problème vient du système même des bookmakers. Or, en 2014, les favoris ont bien souvent répondu présent. Favoris à l’arrivée, donc moins de bénéfices pour les "bookies", telle est la règle.

Richard Glynn a expliqué dans un rapport diffusé auprès des actionnaires : « Même si Cheltenham attire de plus en plus de clients chaque année, Aintree a, cette année, été un ton en dessous de l’année dernière, qui fut exceptionnelle. Les principaux meetings de plat, Epsom et Ascot, ont beaucoup plu aux clients, et à Ascot nous avons vu quatorze favoris s’imposer sur trente courses. Nous avons enregistré des pertes en ces deux occasions. Cela est le reflet d’une tendance en hausse dans les courses, avec un taux de victoires des favoris égal à 37,5%. Il s’agit là du pourcentage le plus élevé depuis vingt ans. Cela représente une hausse de 1,5 % sur la moyenne enregistrée sur cinq ans, et cela est exacerbé par la tendance, en développement, des courses à faible nombre de partants. »

Là, nous sortons de la vallée de larmes des "bookies" pour évoquer un problème que nous connaissons bien dans la France du galop : des deux côtés de la Manche, le faible nombre de partants est en train de gravement affaiblir le sport hippique.

LES COURSES ANGLAISES PEUVENT-ELLES SURVIVRE SANS LES BOOKMAKERS ?

Probablement pas. Et c’est certainement sur cet argument que les bookmakers vont s’appuyer pour obtenir une réduction de leurs coûts et voir leurs bénéfices repartir à la hausse. L’avertissement de Richard Glynn est clair : « Alors que l’industrie des courses poursuit sa quête pour obtenir ses revenus du betting, la valeur qu’elle apporte continue de décliner. Cette nouvelle doit absolument être comprise. Un dialogue constructif, qui accorde une valeur égale au rôle que les bookmakers ont dans l’industrie hippique pour en faire un sport viable, pourra alors être établi sur de bonnes bases pour faire des courses un produit vivant et florissant. »