« quand on intègre une écurie aussi prestigieuse que celle  des wertheimer, on doit rapidement se remettre en question »

Autres informations / 25.08.2014

« quand on intègre une écurie aussi prestigieuse que celle des wertheimer, on doit rapidement se remettre en question »

OLIVIER PESLIER

Nous poursuivons notre série sur les jockeys avec Olivier

Peslier. Le premier jockey de la casaque Wertheimer et frère nous a livré sa

vision des courses et de son métier avec toute la gentillesse et la

disponibilité qu'on lui connaît.

 

Jour de Galop. – Quel souvenir gardezvous de vos débuts en

course ?  Olivier Peslier.– Dans ma

promotion, j'ai été le premier à monter en course car j'ai démarré en deuxième

année. J'estimais avoir beaucoup de chance, je ne pensais pas débuter aussi rapidement

: j'ai eu 16 ans en janvier et monté ma première course en mars... Et pour mes

deux premières, j'ai fini deuxième et premier !

 

Vous faisiez votre apprentissage chez Patrick Biancone, quel

enseignement vous a-t-il donné ?

Il nous laissait le temps et l'opportunité de prendre des

initiatives. Il nous expliquait aussi très bien, c'était un vrai pédagogue.

Gérald Mossé, Dominique Boeuf , Éric Legris... tous sortent de chez lui.

 

À l'époque, vous imaginiez déjà devenir le jockey que vous

êtes aujourd'hui ?

Non, pas vraiment. J'adorais les chevaux, tout simplement.

J'ai voulu tenter ma chance en me disant que si les premières années ne

marchaient pas, j'arrêterais... J'ai commencé avec les courses de poneys, dans

le dos de mes parents qui n'étaient pas trop d'accord au départ! Quand je leur

ai dit que je voulais être jockey, ils ont voulu "me mettre

palefrenier". Nous sommes originaires de la Mayenne, si bien qu’ils

voulaient me mettre dans le trot ! Mais non, moi je voulais être jockey. Et puis

j'ai rencontré le père de Christophe Lemaire, Patrice, qui m'a parlé de l'école

du Moulin à Vent. À l'époque, on ne savait pas qu'il y avait une école qui

formait les jockeys. J'y suis donc entré à 14 ans. Mais à 17 ans, juste avant

d'obtenir l'Étrier d'Or, j'ai bien failli tout laisser tomber. Toute- fois,

Yves Vasseur m'a dit : « Ce n'est pas rose tous les jours, mais il faut y

croire. » Et puis, il m'a conseillé de voyager un peu. L'année de mon Étrier

d'Or, j'ai effectué six mois chez Patrick Biancone, et six mois chez Nicolas

Clément. Ce dernier m'a envoyé aux Etats-Unis, chez son frère, Christophe. J'ai

appris les méthodes américaines, j'ai élargi mon horizon et je me suis

remotivé.

 

Pourquoi étiez-vous découragé ?

Vous savez, c'est difficile quand on commence si jeune un

métier comme celui-ci. On a pas mal de pression et puis c'est énormément de

travail. On voit les autres gagner des courses, ou parfois monter les chevaux

que nous aurions dû ou pu monter... Mais il faut toujours se remotiver, et se

dire que nous avons, nous aussi, notre chance.

 

« J'ai commencé avec les courses de poneys, dans le dos de

mes parents qui n'étaient au départ pas trop d'accord ! »

 

Quelles sont les qualités premières pour être un bon jockey

?

En dehors de la technique à cheval et en course, il faut du

caractère, du mental.

 

Vous êtes sous contrat avec la casaque Wertheimer &

Frère depuis onze ans, racontez-nous vos débuts dans l'équipe...

Les frères Wertheimer sont venus me voir directement durant

un mois d'août à Deauville. Ils m'ont demandé si je voulais devenir leur

premier jockey. Je ne leur ai pas donné une réponse immédiate, j'y ai réfléchi

et j'en ai parlé à André Fabre chez qui je travaillais. Il m'a dit de foncer.

Quand on intègre une écurie aussi prestigieuse que celle des frères Wertheimer,

on doit rapidement se remettre en question. On change tout, on monte pour différents

entraîneurs qui utilisent d'autres méthodes, il faut s'adapter et vite ! Nous

avons tous un rôle au sein de l'écurie. Nous formons une véritable équipe. Je

m'occupe des courses, je fais remonter les informations, et Pierre-Yves Bureau

s'occupe du haras. Je leur dis ce que je pense de tel cheval ou de tel autre,

si c'est un cheval léger, ou si au contraire il est plutôt lourd. Je leur donne

des indications sur leur comportement en course, leur façon de courir et c'est

important pour la suite car derrière il y a les yearlings, les foals et les

croisements à effectuer. Chaque maillon de la chaîne est important.

 

Si vous n'aviez pas été premier jockey des Wertheimer, avec

quelle casaque auriez-vous aimé signer un contrat ?

Avec celle du prince Abdullah. Il possède l'un des plus

beaux élevages au monde. C'est une très belle casaque. J'avais monté Banks Hill

[lauréate notamment des Coronation Stakes, du prix Jacques le Marois et du

Breeders’ Cup Fily ans mare Turf, Grs1, ndlr], je m’en souviens, j'aimais

beaucoup cette jument.

 

Quel est le cheval de votre cœur ?

Goldikova...

 

A-t-e   lle donné une dimension

supplémentaire à votre carrière ?

J'ai gagné cent-dix Groupes 1 à ce jour [sans compter ceux

remportés avec les pur-sang arabes, ndlr], quatorze avec elle... Il est vrai

que c'était une super crack, qui a eu la particularité de faire une longue

carrière. Nous n'avons pas souvent la chance, en tant que jockeys, de pouvoir

monter des cracks de son niveau aussi longtemps. Les frères Wertheimer ont

décidé de la garder à l'entraînement et tout le monde a pu en profiter, moi le

premier évidemment !

 

Qu'est-ce-qui fait la différence entre un très bon cheval et

un crack ?

Le très bon cheval gagnera sa course, son objectif. Mais le

crack pourra, lui, se sortir de n'importe quelle situation et faire la

différence. Le crack, c'est un très bon cheval qui a en plus une très grande

maniabilité et un mental exceptionnel.

 

Que changeriez-vous dans les courses françaises ? On manque

de public. Il faut continuer les "opérations séduction" auprès du

grand public, emmener les gens à l'entraînement le matin, montrer aux jeunes ce

que sont réellement les courses. Il ne s'agit pas seulement d'un support de

jeu, le football est aussi support de jeu, mais par ignorance, les gens se font

une mauvaise image des courses, les chevaux ne sont parfois à leurs yeux que

des numéros... Les courses doivent s'ouvrir au grand public en utilisant au

maximum les moyens de communication que nous possédons.

 

Seriez-vous pour  une

rehausse  des  poids en course ?

Nous devons en effet penser aux futures générations dont la

taille est plus élevée que la nôtre. Aujourd'hui, nous avons déjà de moins en

moins d'apprentis et une grande partie sont des filles car elles sont souvent

plus légères. La sélection se fait de plus en plus dans ce sens... Mais le

métier de jockey représente-t-il réellement un avenir pour toutes ces futures

femmes et mères de famille ? Je pose la question. Le métier de jockey n'est

peutêtre pas exactement celui d’un sportif, mais c'est un métier difficile,

physique, demandant une très grande disponibilité et quelques sacrifices... Je

ne suis pas sûr que toutes les filles apprenties que nous voyons aujourd'hui

seront les jockeys de demain. Il faut donc penser à rehausser les poids dans

les courses de sélection, sans toucher évidemment aux handicaps.

En Irlande, les conditions de courses sont mieux rédigées et

il est plus facile pour un apprenti de monter... Il y a une expression en

japonais qui dit : « On est les meilleurs en commençant par le bas ! » Je

trouve que c'est un peu ce qui pourrait nous arriver si nous ne nous soucions

pas plus de notre filière de sélection et de nos apprentis.

 

Connaissez-vous des problèmes de poids ?

Je fais très attention. Je suis obligé de courir trois

quarts d'heure par jour. Quand je cours en extérieur à Deauville par exemple,

les gens me regardent bizarrement car je suis habillé comme un cosmonaute, pour

suer un maximum !

 

Pensez-vous parfois à votre reconversion ?

Oui, évidemment, en tant que jockey, il faut y penser. Et je

m'intéresse beaucoup à l'élevage. La course est la finalité de tout le travail

qui a été fait en amont et c'est un travail qui me passionne. Je vais voir

Goldikova tous les ans au haras en même temps que les "petits".

J'adore retrouver les produits des chevaux que j'ai montés et ainsi de suite...

C'est là que je me rends compte que j'ai pris du métier !

 

« Le crack, c'est un très bon cheval qui a en plus une très

grande maniabilité et un mental exceptionnel. »

 

En dehors des courses, vous êtes un grand fan de paint-ball,

pourquoi ce sport vous attire-t-il ?

La rapidité, l'action, les stratégies... Mais ce qui me plaît

surtout, c'est le fait de jouer collectivement, d'être solidaires, le jeu en

équipe. ?