La foi qui renverse les montagnes

Autres informations / 06.10.2014

La foi qui renverse les montagnes

À la suite de notre Une de mercredi : « Papa m’a dit que j’allais gagner "l’Arc" cette année », nous avons reçu beaucoup de commentaires. Ils étaient plutôt sympathiques envers Christiane Head-Maarek, mais pourraient se résumer ainsi : « Elle est gentille Criquette, mais sa jument, elle n’y est plus... » Plus personne n’y croyait.

Personne sauf Criquette et son papa, Alec Head, « le professeur » comme elle l’appelle. Les turfistes avaient eux aussi délaissé Trêve malgré la confiance de son proche entourage. Dimanche, en cote individuelle, Trêve était proposée à 15/1. Alors que, à la suite de sa victoire dans "l’Arc" 2013, on pouvait la jouer à ce moment-là aux alentours de 3/1 ou 4/1 pour un doublé dans "l’Arc" tellement sa performance avait été éblouissante.

Un an plus tard, au moment où Trêve se présentait au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2014, beaucoup de choses avaient changé. Sauf la confiance de Christiane Head-Maarek en Trêve. Confiance. C’est bien le terme qui relate le mieux la relation entre Criquette et Trêve tout au long de la carrière de la pouliche.

Cela a commencé avant le Prix de Diane Longines (Gr1) 2013. Malgré deux offres, sûrement conséquentes pour une pouliche qui avait gagné deux courses dont seulement une "B", Criquette a résisté. Sûre que sa pouliche était une pouliche de "Diane", elle n’a pas consulté la « famille » - Trêve portait alors la casaque de l’entité familiale, le haras du Quesnay - et a repoussé les offres d’achat.

Le résultat du troisième dimanche de juin 2013 lui a une première fois avec Trêve, donné raison. Elle a changé de casaque ensuite, et a justifié le niveau de confiance qu’avait placé en elle son entraîneur en survolant le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2014.

L’année 2014 a en revanche été longtemps plus terne pour Trêve avant ce dimanche 5 octobre : battue par Cirrus des Aigles (Even Top) pour sa rentrée, sans action ensuite à Royal Ascot dans les Prince of Wales’s Stakes (Gr1), puis quatrième du Qatar Prix Vermeille (Gr1) derrière des femelles qui sont, a priori, moins bonnes que la grande Trêve des grands jours. Ces trois performances ont leur lot d’explications, comme l’a raconté « le professeur » lors de la conférence de presse post "Arc" : « Dans le "Ganay", elle était battue par un bon cheval, qui était déjà en forme, ensuite, c’était une erreur, la seule qu’a fait ma fille avec Trêve, de la courir à Royal Ascot. J’étais à l’étranger et quand j’ai vu Trêve au canter, mes bras m’en sont tombés...Il n’aurait pas fallu courir cette course. Sa rentrée dans le "Vermeille", après avoir été arrêtée, était pour moi très bonne et j’avais dit à ma fille qu’elle allait gagner "l’Arc". Pour moi, et je l’ai dit à tout le monde, elle était imbattable dimanche.»

Pour "l’Arc", la confiance était du côté de clan de Trêve et cela, malgré les éléments, a priori contre elle, observés lors de ses trois courses cette saison. Toute la semaine, Criquette avait répété à tous les journalistes qui s’étaient donné la peine d’aller la voir, que Trêve revenait bien et qu’elle ne l’avait jamais eue dans un tel état de forme cette saison. Sans non plus annoncer que Trêve allait à coup sûr s’imposer, l’entraîneur n’avait pas masqué sa grande confiance. Elle était certaine que Trêve était capable de quelque chose de grand dimanche et sa pensionnaire lui a donné raison sur la piste.

La confiance qu’a Criquette en Trêve lui a imposé de prendre des décisions difficiles. La plus dure, ce fut certainement d’appeler son propriétaire, le cheik Joaan bin Hamad al Thani, pour demander le retour de Thierry Jarnet sur le dos de Trêve en lieu et place du premier jockey de l’écurie, Frankie Dettori. Jamais ce sujet n’a été abordé, mais nous pouvons imaginer qu’une telle demande peut être lourde de conséquences pour la poursuite de la collaboration entre Al Shaqab Racing et Christiane Head-Maarek. Et cela aurait été encore plus dur sans doute de continuer cette collaboration si Trêve n’avait pas gagné...

Mardi matin, Criquette rappelait encore que oui, Trêve n’était plus invaincue, mais que cela n’était pas grave, que seuls ceux qui restent au box peuvent rester invaincus. Pour grimper sur un piédestal, il faut courir et gagner et, parfois, la défaite peut amener un cheval à chuter un peu du piédestal sur lequel il a été posé. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas un champion. Pour gagner, il faut courir, et il faut être présent lors des grands rendez-vous.

En plus des qualités d’entraîneur, il fallait une bonne dose de confiance pour penser que Trêve allait conserver son titre dans "l’Arc" 2014. Cette confiance, Christiane Head-Maarek et son père l’avaient. Ils y ont cru, et la vérité du poteau d’arrivée leur a donné raison.