4 scénarios pour les courses françaises en 2030... rêve ou cauchemar

Autres informations / 28.01.2015

4 scénarios pour les courses françaises en 2030... rêve ou cauchemar

4 SCÉNARIOS POUR LES COURSES FRANÇAISES EN 2030... RÊVE OU CAUCHEMAR

Les éditions Quae, fondées par quatre instituts scientifiques (le Cirad, l'Ifremer, l'Inra et l'Irstea), ont récemment publié une étude prospective de la filière équine française. Coordonné par Christine Jez, ingénieur agronome, l'ouvrage regroupe la participation de plus de 120 personnalités issues des différentes familles de la filière cheval.

Quatre scénarios, représentant quatre images du futur possible de la filière équine en 2030, ont été élaborés. En voici un résumé, en insistant sur les points qui concernent les courses et les paris hippiques.

Lequel des quatre est le plus probable ? L'étude ne le dit pas. Chacun propose certaines hypothèses plus crédibles que d'autres, et dans quinze ans, la situation pourrait bien être un mélange des quatre...

LE SCÉNARIO 1 "TOUS À CHEVAL"

Ce scénario repose sur l'hypothèse d'une évolution économique favorable, avec un pouvoir d'achat en hausse permettant l'accès aux loisirs, et notamment celui de la pratique équestre. L'État n'apporte plus de soutien direct à la filière, mais continue d'encadrer les courses à travers le système mutualiste, lequel a été adopté au niveau européen.

Le retour des paris à la filière a été réduit à 5 % des enjeux. Un marketing ciblé sur les jeunes parieurs et la multiplication des produits proposés ont permis d'élargir le public des courses. En Europe, les courses prospèrent, et le PMU est désormais leader pour la prise de paris au niveau européen. Cet intérêt pour les paris hippiques permet d'augmenter le montant des allocations, et favorise l'investissement dans les chevaux de course.

Le réseau des hippodromes s'est développé. L'élevage des chevaux de course reste dans la main de passionnés dont ce n'est pas forcément le métier principal.

LE SCÉNARIO 2

"LE CHEVAL DES ÉLITES"

Dans ce scénario, les auteurs ont privilégié l'hypothèse de la persistance de la crise économique qui affecte en premier lieu les classes moyennes, dont le pouvoir d'achat a encore baissé. Le cheval représente un loisir difficile abordable pour ces classes et les classes populaires. À l'inverse, cette tension économique favorise l'engouement d'une certaine partie de la population pour les jeux et les paris. L'État, mobilisé avant tout par les questions sociales et énergétiques, se concentre, comme dans le scénario 1, sur l'encadrement et la régulation des paris sur les courses hippiques, qui lui apportent d'importantes rentrées fiscales. Le retour à la filière reste de l'ordre de 5 %. Les joueurs privilégient les jeux qui offrent le plus de taux de redistribution. Les paris hippiques se maintiennent cependant grâce à la possibilité de suivre les courses à distance en temps réel sur smartphones. Les allocations n'ont pas évolué depuis la fin des années 2000, alors que les coûts d'entretien des chevaux ont nettement augmenté. En conséquence, le nombre des propriétaires s'est réduit. Pour essayer de réduire les charges, les entraîneurs s'installent loin des grands pôles urbains, et le principe d'intégration, sur le modèle du trot, se généralise au galop. Les courses de galop peinent à conserver un nombre de partants suffisants pour maintenir la parité avec le trot.

La part d'éleveurs par passion s'est réduite, en raison de contraintes liées à l'optimisation économique.

LE SCÉNARIO 3

"LE CHEVAL CITOYEN"

Ce scénario s'est construit sur l'hypothèse que les Français, en 2030, exprimeraient une envie de retour à la nature suite à l'urbanisation croissante et à l'accélération des rythmes de vie. Le cheval est reconnu pour ses vertus en lien avec le développement personnel, et plus globalement avec le bien être de la société. L'État détient de nouveau le monopole sur les jeux afin de limiter les problèmes de santé liés à l'addiction. Ces comportements addictifs sont favorisés par une situation économique difficile, ainsi que par la possibilité de jouer à tout moment et tout endroit. Une part de son prélèvement sur les paris sert d'ailleurs à améliorer la santé publique, le reste étant cédé aux collectivités territoriales pour financer des actions encourageant l'utilisation du cheval. Dans la même logique, il s'est aussi engagé à contenir la croissance des jeux d'argent. En retour, il ac-

corde un taux de retour de 8 % à la filière, pour la soutenir. Toujours dans son besoin de se déconnecter d'un environnement trop virtuel, la société favorise les courses hippiques parmi l'éventail des jeux d'argent. Des outils de suivi des courses en direct, restituant une ambiance proche de celle des hippodromes, ont contribué à cette préférence. La régulation par l'État du montant des enjeux a entraîné une baisse des allocations et le nombre des propriétaires a diminué. Seuls demeurent les plus fortunés pour qui posséder et voir courir leurs chevaux est une activité de loisir. De ce fait, l'activité se concentre sur les centres d'entraînement et les hippodromes les plus importants, où la technicité a pu se maintenir.

Cette évolution a des conséquences sur l'élevage également. Celui-ci doit être rationnalisé économiquement. La sélection précoce des animaux s'est généralisée, avec des outils d'analyse du profil génétique des animaux, qui améliore la rentabilité de l'activité.

LE SCÉNARIO 4

"LE CHEVAL COMPAGNON"

Dans ce scénario, l'hypothèse prépondérante est celle de la place que le cheval a prise dans la société. Il est devenu un compagnon de vie dont on aime prendre soin. Les revendications de la population pour le bien-être animal ont abouti d'une part à l'interdiction de la consommation de viande de cheval, d'autre part au renforcement des réglementations encadrant les pratiques équestres. On irait jusqu'à interdire les courses d'obstacle, et retarder l'âge de l'entrée des chevaux à la compétition à 3ans.

Désengagé du développement économique de la filière, l'État a opté pour la libéralisation totale des paris hippiques avec privatisation du PMU. Les parieurs, eux, jouent indifféremment sur toutes les offres hippiques et sportives du PMU. Une vingtaine d'hippodromes high tech et adossés à des casinos concentrent l'essentiel des courses. Par crainte d'une interdiction totale des courses, des courses virtuelles se sont développées en parallèle.

RÉGLEMENTATION DES PARIS ET FISCALITÉ

QUELLES HYPOTHÈSES SONT LES PLUS PROBABLES ?

Le groupe de travail, pour aboutir à de telles conclusions, s'est intéressé de façon plus poussée à deux composantes qui régissent la filière courses, les paris hippiques et la fiscalité, dont l'évolution décidera en partie de son visage dans quinze ans.

L'administration et la régulation des paris hippiques Les auteurs décortiquent l'histoire des paris hippiques en France jusqu'à la récente ouverture à la concurrence pour les paris en ligne en 2010. Ils estiment que cette ouverture n'a pas, pour le moment, pénalisé le PMU, devenu le premier site de paris en France, grâce à sa diversification. Ils estiment que le financement de la filière est plus incertain. La remise en cause du retour aux Sociétés de courses menacerait fortement leur fonctionnement, puisque cette redevance représente 80 % de leur budget. Or si le taux de retour de 8 % semble institutionnalisé en France, il est plus fragile au niveau européen. Le principe d'un prélèvement permettant l'organisation des courses et le versement des encouragements devrait pouvoir se justifier et être compatible avec le droit européen, mais le montant pourrait en être limité en fonction du volumes des enjeux, sous la pression d'opérateurs étrangers, et notamment des bookmakers. Dans le meilleur des cas, le taux de 8 % sera maintenu en France, mais à long terme, ce maintien ne pourra être défendu que par la nécessité de maintenir un montant global suffisant pour garantir le fonctionnement des courses.

Les auteurs s'interrogent aussi sur les impacts sociaux et sanitaires des jeux d'argent et de hasard. La volonté d'ouverture et de stimulation de la concurrence qui s'est affirmée ces dernières années pourrait bien se heurter, dans quelques années, à des problèmes de santé publique qui conduiraient

l'État à revenir à une situation monopolistique, fondée sur un postulat de jeu responsable. Mais à long terme, avec le développement d'opérateurs mondiaux puissants, une libéralisation totale des jeux,   y   compris

dans les points de vente physiques, n'est pas à exclure non plus, du fait de l'incapacité à contrôler et taxer les sociétés. Pour les courses, cela serait synonyme de la disparition totale des retours financiers à la filière et de la concentration des courses par des entreprises privées sur quelques hippodromes seulement.

 

La fiscalité appliquée aux activités hippiques

Le taux de T.V.A. a aussi fait l'objet de projections de la part du groupe de travail. Pour lui, le financement de l'État reposera moins sur l'imposition du travail et les revenus du capital, mais plus sur la fiscalité indirecte et notamment sur la T.V.A. L'augmentation des taux de T.V.A est une tendance lourde qui devrait se poursuivre au sein d'une dynamique d'harmonisation à l'échelle européenne et de forte limitation du recours aux taux réduits.