Alimentation et modifications du comportement chez le cheval de course

Autres informations / 11.01.2015

Alimentation et modifications du comportement chez le cheval de course

Nous vous proposons aujourd’hui un nouveau volet de notre rubrique axée sur l’alimentation, en partenariat avec la société de recherche et de conseil en nutrition équine Lab to Field. Samy Julliand, nutritionniste équin et directeur de Lab to Field, explique l’impact de l’alimentation sur le comportement du cheval de course.

Le cheval est un herbivore adapté à une alimentation riche en parois végétales contenues dans les fourrages. Des pratiques d’alimentation ou un régime alimentaire non respectueux de son fonctionnement digestif peuvent entraîner une modification de son comportement : agressivité, dépression, automutilation, stéréotypies locomotrices ou orales, etc. Les stéréotypies sont définies comme des « mouvements répétitifs inlassablement reproduits sans but ni fonction apparente ». Ces signes sont la manifestation d’un mal-être et peuvent être la cause d’une baisse de performance (sportive ou zootechnique).

Selon les populations étudiées, jusqu’à un cheval sur dix est atteint de stéréotypies. Les pur-sang anglais semblent être particulièrement affectés, avec des prévalences trois fois plus élevées que dans les autres races. Cela peut être dû à des prédispositions génétiques, à la conduite intensive de ces chevaux, ou à une combinaison des deux facteurs.

Les stéréotypies ne sont pas observées chez les chevaux à l’état naturel. Elles semblent induites par l’action de l’homme. La gestion de l’alimentation apparaît comme un facteur de risque majeur, avec l’hébergement et les conditions de sevrage. Les facteurs de risque d’origine alimentaire se déclinent en deux catégories : les pratiques d’alimentation et la composition de la ration.

Au pré ou avec un libre accès au foin, un cheval passe entre douze et seize heures par jour à s’alimenter, soit environ 60 % de son temps, et jeûne rarement plus de trois heures consécutives. Au box, avec une ration composée de 6 kg de foin et 6 kg de concentrés, le temps consacré à l’alimentation ne représente plus que 15 % à 20 % de l’occupation quotidienne. En effet, l’ingestion d’un kilo de concentré prend en moyenne de quatre à cinq fois moins de temps que l’ingestion d’un kilo de foin (10 minutes vs 45 minutes). L’ennui et la frustration générée par l’impossibilité de respecter un comportement alimentaire naturel sont les premières causes d’apparition des stéréotypies orales (tic à l’air, tic à l’appui). Par ailleurs, lorsque le cheval ne mange pas pendant plusieurs heures consécutives, son pH gastrique diminue fortement et il est avancé que l’inconfort provoqué pourrait être à l’origine du tic à l’appui.

En ce qui concerne la composition de la ration, la distribution de grandes quantités de concentrés est associée à des comportements nerveux, irritables, et à une plus forte pré- valence de stéréotypies. Des apports alimentaires trop riches en amidon peuvent être à l’origine d’ulcères gastriques et d’acidoses au niveau du gros intestin (cf. articles JDG du 23 mai 2014 et du 9 juillet 2014).

La gêne occasionnée ainsi que la modification de l’écosystème intestinal (voir encart) sont avancées pour expliquer les modifications du comportement. Chez des chevaux en situation d’acidose du gros intestin, il a par exemple été observé qu’ils cherchaient à ronger le bois de leur box. Ceci peut être interprété comme une réaction à une proportion trop faible de fibres dans la ration.

Pour limiter l’apparition des stéréotypies orales, un apport de foin d’au moins 8 kg par jour est recommandé pour un cheval de 450 kg. Certaines recommandations plus sécuritaires préconisent un minimum de 10 kg de foin par jour. Ceci permet de maintenir une activité d’ingestion pendant sept à huit heures au minimum au cours de la journée. Un fractionnement de la distribution des concentrés permet en parallèle de réduire les périodes de jeûne et de limiter les apports d’amidon par repas.

LE COMPORTEMENT PEUT-IL RENSEIGNER SUR LA SANTÉ DIGESTIVE ?

Lors de récents travaux, conduits à Dijon par l’équipe de recherche "Nutrition du Cheval Athlète", il a été observé une corrélation entre la modification de l’écosystème microbien du gros intestin de chevaux subissant un stress alimentaire (ration riche en amidon) et la modification du comportement de ces chevaux. Notamment, les chevaux recevant des rations riches en amidon étaient dans un état de vigilance plus prononcé que ceux recevant des rations pauvres en amidon. Cet état de vigilance est considéré comme une "réponse émotionnelle négative". Avec des données complémentaires, le comportement pourrait être utilisé comme un indicateur de la santé digestive, ce qui faciliterait la prévention.