Bien être… et bien le faire savoir

Autres informations / 23.01.2015

Bien être… et bien le faire savoir

BIEN-ÊTRE… ET BIEN LE FAIRE SAVOIR !

Le jeudi 8 janvier, la Fédération nationale du cheval (F.N.C.) tenait une Assemblée générale, avec comme thème le bienêtre animal. Ce sujet touche de plus en plus les hommes qui vivent de l'exploitation des animaux, que ce soit à des fins commerciales, sportives ou culturelles. Bien sûr, le sujet du bien-être animal touche en priorité le domaine de l'agroalimentaire, car c'est celui qui pèse le plus lourd économiquement.

Mais il n'épargne pas non plus, par exemple, le commerce des animaux domestiques, l'univers du sport animal et tout spectacle mettant en scène des bêtes.

Précisément, cette Assemblée générale a souligné l'intérêt que nous avions tous à anticiper un phénomène de société qui s'est développé ces dernières années : la préoccupation du bien-être des animaux.

Car que s'est-il passé, historiquement ? D'abord, seules les associations de protection des animaux abordaient le sujet. Puis elles l'ont tellement développé sur le terrain médiatique, elles ont tellement milité, qu'elles ont fini par réussir à se faire entendre de la société... Bref, maintenant que le combat idéologique est gagné, les associations de protection des animaux se lancent à l'assaut des législateurs : Assemblée nationale, Sénat, ministères, Bruxelles, etc. Et l'on voit ainsi fleurir des projets de loi empreints d'un évident parti pris et témoins d'une certaine mièvrerie, mais le sujet n'est pas ici d'en dire du mal.

Juste d'expliquer pourquoi nous subissons cette évolution législative (comme nous avons, dans le passé, subi l'évolution sociétale) alors que nous devrions y contribuer pour la contrôler.

 

Prendre son destin en main

L'assaut législatif des "amis des animaux" a des conséquences directes sur toutes les filières travaillant avec les animaux. Celles-ci ont donc désormais deux choix : subir une réglementation imposée par la vox populi et (dangereusement) rédigée par des associations qui ne connaissent pas forcément la réalité et risquent de proposer de très mauvaises "solutions" ; ou bien prendre le taureau par les cornes (!), faire du ménage devant leur porte et mettre en place un certain nombre de règles. Créer, par exemple, une charte autour du bien-être animal. Et c'est, heureusement, ce qui a été décidé lors de l'Assemblée générale de la F.N.C.

 

Les courses et le bien-être animal : une question d'image

Mais quid de l'image renvoyée par les courses hippiques sur le sujet du bien-être animal ? Trois attitudes s'affrontent. Premièrement, les personnes travaillant dans notre milieu et celles qui le connaissent bien, savent que les chevaux sont le plus souvent choyés. Deuxièmement, pour le grand public qui ne s'intéresse pas aux équidés, les chevaux de course n'existent pour ainsi plus, éclipsés par le jeu. Le grand public ressent une certaine indifférence pour le sort des chevaux, devenus des numéros. Troisièmement, entre ces deux extrêmes, il existe une troisième catégorie et elle est, de loin, la plus inquiétante. À gros traits, il s'agit de personnes s'intéressant au cheval, mais pas au cheval de course. Amateurs de sports équestres et surtout de cheval de loisir, ces personnes n'aiment pas les courses.

Pour s'en rendre compte, il suffit d'aller sur le plus grand forum internet réunissant toute

la gamme des "passionnés" des chevaux. La virulence de certains commentaires est choquante, venant de personnes connaissant peut-être les chevaux, mais n'ayant aucune idée de ce qu'est notre sport. Voici quelques exemples qui peuvent prêter à sourire, mais qui sont graves et ne peuvent être  ignorés,  à  l'heure  où  les  courses  cherchent  à (re)conquérir le public :

" Dans toutes les courses, il y a au moins un cheval euthanasié, même si les blessures sont légères, car ça coûterait trop cher d'amener le vétérinaire et de le faire soigner. "

" Le monde des courses ? Les loulous [les chevaux, NDLR] ne rapportent pas ? Combien de camions d'abattoirs à la sortie des champs de course ? "

" De toute façon, dans ce milieu, il y a peu de vrais hommes de chevaux... On y trouve surtout des hommes à fric. "

" C'est juste une course criminelle [le Grand Steeple-Chase de Paris, ndlr] qui cherche à mettre en valeur des jockeys, au détriment de chevaux qui se font massacrer. "

" "Un cheval aime courir", mais oui bien sûr et il aime avoir le dos complètement à l'envers et les vertèbres flinguées dès l'âge de 10ans, tant qu'on y est... Il aime aussi finir à l'abattoir à 3 ou 4ans quand il ne rapporte pas assez de fric... Il aime qu'on le prive de bouffe pour qu'il reste maigre comme un coucou (et ne venez pas me dire que les chevaux de CSO sont pareils, eux on ne compte pas leurs côtes à distance)... "

Liste non exhaustive !

 

Un défi d'image important

Marianne Dutoit, présidente de la F.N.C., a dit lors de son Assemblée générale : " Une charte nationale sur le bienêtre équin nous permettrait de relever un défi d'image. Car notre intégrité est aujourd'hui attaquée. "

Il faut bien se rendre à une évidence : le défi d'image que doit relever le monde des courses est bien plus important que celui auquel devrait s'attaquer le monde des chevaux de sport, à l'exception peut-être de l'endurance qui souffre de ses scandales de dopage (les courses n'ont pas toujours non plus été exemptes de reproches sur le sujet du dopage, mais la France est à la pointe de la lutte anti-dopage et cela, personne ne le sait).

 

Appliquer les principes des cinq libertés et le faire savoir !

L'Animal Welfare Council britannique a posé le principe des cinq libertés pour définir le bien-être animal. Cette définition est aussi très similaire de la définition par l'OIE (Organisation mondiale pour la santé animale). La F.N.C. va s'appuyer sur ces cinq libertés pour établir sa charte du bien-être animal. Voici ces principes avec notre commentaire au sujet des courses.

1 Absence de faim, de soif et de malnutrition (accès à de l'eau fraîche et à un régime alimentaire convenable). J'ai lu sur les forums que nos chevaux étaient mal nourris. Contre-vérité ! Il est vrai qu'un poulain de 2 ou 3ans ne sera pas aussi imposant qu'un selle français de CSO de 10ans. Mais cette comparaison est totalement absurde, d'autant plus que le travail demandé n'est pas le même et forge donc des physiques différents.

Chaque personne travaillant dans le milieu des courses, de l'élevage aux entraîneurs, sait l'importance de l'alimentation dans la performance. Un cheval mal nourri ne peut pas être en bonne forme et ne peut donc pas donner sa pleine mesure.

2 Maintien du confort de l'animal (accès libre à un environnement approprié incluant au minimum un abri et une aire pour le couchage).

Les chevaux de course habitent le plus souvent dans des conditions privilégiées par rapport à la majorité des animaux vivant sur notre planète.

Leurs boxes sont soigneusement entretenus et quand ils sont à l'herbage, ils ont une surface confortable pour se nourrir et s'égayer. Quant aux étalons, ils disposent de boxes deux fois plus grands que la plupart des chambres d'étudiants de la Sorbonne !

Donc pas de problème sur ce point n°2. Si ce n'est sur le plan de l'image : il faut donc continuer à inviter des gens "en coulisses", pour qu'ils constatent par eux-mêmes que le confort est en général absolu.

3 Absence de douleurs physiques, de maladie ou de blessures (prévention ou un traitement vétérinaire suivant un diagnostic rapide).

Nos chevaux sont des outils de travail et des animaux vivants. Modestes ou champions, chevaux à l'élevage ou à l'entraînement, ils ont généralement une grande valeur financière, très supérieure à celle de n'importe quel autre équidé. Les chevaux de course sont donc parmi les animaux les plus suivis et les plus soignés au monde. Certains ont droit à des ostéopathes, des masseurs ou parfois même à des "psychologues" !

4 Expression des comportements normaux de l'espèce (espace suffisant et possibilité de contact et d'interaction avec d'autres membres de son espèce).

Que ce soit au boxe, au paddock ou au pré, les chevaux de course ne manquent pas d'espace. Les interactions avec les autres chevaux à l'entraînement sont possibles, même si la vie de l'écurie est tournée vers la préparation à la course. Ils interagissent autant entre eux que n'importe quel cheval de CSO. Au haras, ils sont rarement isolés.

5 Absence de peur ou d'anxiété (traitements et conditions de vie n'incluant pas de détresse psychologique).

Ce dernier point est peut-être celui qui soulève le plus de commentaires désobligeants de la part des gens qui n'aiment pas les courses. Prenons un exemple simple : la cravache. Elle implique "douleur" physique et donc "traumatisme" psychologique. J'ai lu un commentaire affligeant, toujours sur le même forum : on y voyait Trêve remportant son deuxième Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, couverte de transpiration et la cravache de son jockey levée... Commentaire de l'internaute : on voit la souffrance dans les yeux de la jument. Ceux qui ont vu la course savent que Trêve a gagné en roue libre, que  Thierry  Jarnet  n'est  pas homme à faire un usage abusif de la cravache et que Trêve est certainement l'un des chevaux les plus chouchoutés au monde.

Mais,  comme  il  s'agit  d'une course hippique, le cheval est forcément "cravaché à mort pour aller décrocher un chèque" ! Là encore, il y a un énorme défaut de communication. Personne ne semble savoir, en dehors du monde des courses, que l'utilisation de la cravache est limitée et que des sanctions sont encourues pour usage abusif. Personne ne semble non plus être au courant que l'objet cravache a évolué au cours de l'histoire. Elle est plus souple, plus molle et plus courte. Contrairement aux sports équestres, nous n'utilisons pas les éperons en compétition. Encore une fois, qu'avons-nous à nous reprocher ? Pas grand-chose. Mais il n'est pas toujours facile d'en convaincre nos détracteurs.

Dans le projet du Nouveau Longchamp, il a été question d'un Musée des courses. Nous aurions en fait surtout besoin d'un Musée vivant des courses, une mini-ferme modèle -

quitte à ce qu'elle soit éphémère ou saisonnière avec une démonstration sur l'entraînement et l'élevage de nos chevaux. Sans oublier le travail effectué pour leur reconversion, un sujet sur lequel nous avons beaucoup progressé.

Et enfin, pour clore cet éditorial, nous avons besoin de voir la question du bien-être non pas comme une punition mais comme une chance à saisir. Soyons-en certains !