Saison de monte 2015 : l’annee de tous les contrastes

Autres informations / 10.01.2015

Saison de monte 2015 : l’annee de tous les contrastes

SAISON DE MONTE 2015 : L'ANNEE DE TOUS LES CONTRASTES

DYNAMISME

ETALONNAGE

ÉLEVAGE A DEUX VITESSES

OBSTACLE

ELEVEURS

JEUNES ETALONS

PLAT

FIN DES HARAS NATIONAUX

 

À la veille de la Route des Étalons normands et des différentes présentations d'étalons, nous vous proposons un tour d'horizon des acteurs de la profession. Ces derniers nous ont confié leur point de vue à quelques semaines du début de la saison 2015, qui s'annonce assez contrastée en fonction de la discipline (plat ou obstacle) et du segment de marché concerné.    Par Adrien Cugnasse

 

 

Marché sélectif : contexte général positif

Un acteur majeur de l'étalonnage français, opérant aussi sur le marché des yearlings d'août, nous a confié : " Les réservations de saillies se portent plutôt bien, c'est actif. Ces dernières saisons sont beaucoup plus actives que par le passé. De nombreuses juments sont déjà inscrites. Dans une moindre mesure, un certain nombre de juments qui allaient auparavant à l'étranger vont être captées par les nouveaux étalons français de tête, mais je ne suis pas certain que cela prenne des proportions importantes. Beaucoup d'éleveurs vont continuer à aller à l'étranger et ce n'est pas une poignée d'étalons qui peut inverser cette tendance. Et ce d'autant plus qu'il y a peu de nouveaux étalons en 2015. Cela reste très difficile à quantifier. En revanche, ces mêmes étalons attirent en France des juments étrangères qui ne venaient pas auparavant, alors même qu'ils n'ont pas encore tous produit de gagnants de Groupe à l'étranger.

Les bons résultats des ventes en 2014 vont certainement influer positivement sur la saison de monte 2015. Ce n'est pas certain, mais c'est probable. Les éleveurs ont tendance à oser utiliser des étalons plus chers que par le passé. L'ambiance est positive, mais les négociations de prix de saillies restent très ardues. Les gens essayent d'obtenir des conditions avantageuses. Les bons résultats des ventes ont impacté positivement la confiance des éleveurs, mais tous n'ont sans doute pas encore suffisamment amélioré leur situation financière. "

 

 

Parc d'étalons français : dynamisé par les jeunes vedettes

Les chiffres des ventes et la nouvelle génération d'étalons apparue ces dernières années laissent espérer une saison de monte 2015 fructueuse : " Il y a des raisons d'être optimiste pour la saison de monte à venir. Plusieurs éléments très positifs devraient s'associer. D'une part, les ventes ont bien fonctionné et cela impacte directement le nombre de juments mises à la reproduction et les fonds disponibles pour payer les saillies. D'autre part, les chevaux français ont fait une très bonne saison sur le plan sportif, dans notre pays comme à l'étranger. Enfin, il y a une dynamique nouvelle dans le parc d'étalons. En ce qui concerne les étalons de plat, cela fait longtemps que nous n'avons pas eu un tel niveau. Il y a sans doute, dans les jeunes vedettes qui redynamisent le parc étalon français, les successeurs d'Anabaa ou de Linamix. Ces derniers ont respectivement fait leur dernière année de monte en 2009 et 2008.

??Même si nous ne rivalisons pas avec l'élite étrangère, d'une manière générale, le parc d'étalons s'améliore. Cela va impacter le nombre de saillies en captant des juments

étrangères ou des juments françaises qui étaient auparavant saillies hors de nos frontières.

Si cette tendance se confirme, cela devrait avoir un effet boule de neige très positif, avec des recettes plus importantes en termes de pension et de ventes de saillies pour les étalons français. En parallèle, je constate que les éleveurs français font des efforts pour mieux sélectionner leur jumenterie, ce qui ne peut qu'impacter positivement les performances de nos reproducteurs aux ventes et en piste. "

 

Fin des haras nationaux : pas si traumatisante

Un acteur important de l'étalonnage, basé dans le grand Ouest de la France, nous a expliqué : " Je pense que nous nous dirigeons vers une saison de monte à deux vitesses, car le paysage de l'élevage est lui-même à deux vitesses. La tranche supérieure, à l'image de ce qui se passe dans le reste de l'économie, s'en sort plutôt bien. La tranche inférieure souffre davantage. Il y a un changement de comportement. Cette population négocie plus les prix de saillie et manifeste moins d'enthousiasme. Ces éleveurs ne sont pas forcément concernés par les bons chiffres des ventes d'élite, car leur production n'y prend pas part. Par ailleurs, les débats politiques très animés et les chiffres du PMU sont anxiogènes. Je n'observe pas forcément de différences entre les régions. D'ailleurs, la fin des Haras nationaux a en réalité moins d'impact que beaucoup le craignaient, car la nature a horreur du vide et de nombreux acteurs ont repris le flambeau, avec souvent une qualité de service supérieure, plus particulièrement pour les chevaux d'obstacle.

C'est certainement dans cette catégorie que les éleveurs s'en sortent le mieux. En parallèle de la demande venue d'outre-Manche, le marché et les acteurs sont plus réalistes et cela participe à la bonne santé de l'ensemble.

Par ailleurs, je regrette le trop grand nombre de juments qui vont à la saillie à l'étranger pour de mauvaises raisons. C'est compréhensible pour celles destinées aux meilleurs étalons mondiaux, mais cela ne représente pas la majorité, qui va à des étalons moins élitistes. Or, ces dernières ont en France une offre comparable et à un très bon rapport qualité-prix. "

 

Le marché stimule la saison de monte 2015 dans les grandes régions d'obstacle

Un éleveur d'une région majeure de l'obstacle français atteste de la vitalité du marché : " Les éleveurs d'obstacle des grandes régions de production sont motivés, car le marché est soutenu. Les personnes qui ont de bonnes souches sont sur un petit nuage. Et ce d'autant plus que la précédente crise a fait du tri parmi les éleveurs. Dans beaucoup de bons élevages de chevaux d'obstacle, il n'y a plus de 2ans à vendre. Cependant, je ne pense pas que les éleveurs augmentent leur nombre de juments. Le vieillissement des éleveurs est une vraie question de fond et les premiers effets pourraient se faire sentir en 2015. Compte tenu du fait que les éleveurs qui continuent ne vont pas forcément augmenter leur jumenterie, le départ à la retraite de certains professionnels risque d'être préjudiciable sur le long terme. La densité des élevages est un élément important dans le marché du cheval d'obstacle, où le commerce se pratique beaucoup sur place. Pour compenser ce vieillissement, il faut recruter de nouveaux éleveurs. Je suis plus préoccupé par cela que par la réforme des primes. "

 

Une année charnière pour l'élevage de chevaux d'obstacle

Un élu du milieu associatif d'une région d'obstacle nous a confié : " C'est une année charnière sur le plan de l'étalonnage. Actuellement, il y a de nombreuses vocations d'étalonnier, ce qui va nécessairement impacter positivement le nombre de saillies. Mais du côté de l'étalonnage, il va forcément y avoir de la restructuration à terme, et elle sera peut-être douloureuse. Les Haras nationaux avaient la capacité à investir tous les ans, mais également à supporter les conséquences négatives d'un éventuel mauvais choix d'étalon. C'est plus compliqué pour des étalonniers privés. Dans l'ensemble, on observe une augmentation des prix de saillies et une diminution des étalons à bas coût. Cela ne concerne à présent que de très jeunes étalons ou ceux n'ayant pas confirmé. Un certain nombre d'éleveurs ont fait le choix de monter en gamme en allant à des saillies plus chères. En parallèle, la fin des Haras nationaux a provoqué la raréfaction de l'offre dans certains départements, comme la Saône-et-Loire ou la Corrèze. Il faut donc à présent souvent parcourir plus de kilomètres pour faire saillir. Dans la "clientèle agricole" de certaines régions, tout le monde n'est pas prêt à payer plus cher ou à aller plus loin pour faire saillir. Dans ce contexte, le profil des éleveurs de chevaux d'obstacle change. On observe une réduction du nombre de petits éleveurs, ce qui risque d'alimenter la crise du nombre de partants en obstacle, tout en augmentant le prix moyen des chevaux. "

 

Une saison de monte difficile à situer chez les arabes et les anglo-arabes

La saison de monte à venir est difficile à cerner chez les anglo-arabes et chez les arabes. En effet, dans les statistiques de saillies et de naissances chez ces deux stud-books, il est difficile d'extraire celles qui sont destinées aux courses hippiques. Une grande partie des arabes et des anglo-arabes sont conçus pour les sports équestres.

Une personnalité de la filière des courses pour chevaux arabes nous a expliqué : " C'est très spécifique. Après plusieurs décennies d'achats intensifs, nos clients du Moyen-Orient ont à présent une supériorité génétique indéniable. Heureusement, ils jouent le jeu en élevant, en achetant et

en faisant courir en France. La fin des Haras nationaux a rendu les très bons étalons difficilement accessibles à certains éleveurs. Cet élément, avec un certain nombre de débats généalogiques néfastes, peut impacter négativement la saison de monte 2015, mais dans des proportions difficilement quantifiables. " Ces dernières années, le marché a réalisé une vraie sélection chez les éleveurs d'arabes et ils sont à présent moins nombreux. Cependant, la demande existe, en particulier pour ceux qui peuvent miser sur l'excellence.

 

Chez les anglo-arabes, les efforts entrepris par le Syndicat Anglo-Course pour recruter de nouveaux éleveurs et redynamiser leur filière devraient commencer à prendre effet cette saison. Les élevages traditionnels d'anglo-arabes connaissent une certaine stabilité. L'orientation obstacle d'une partie de la population va continuer à stimuler la production d’anglo-arabes à 12,5 % de sang arabe. À court terme, la disparition de l’étalonnage public aura donc moins d’impact que prévu. En 2014, sports équestres et courses hippiques confondus, le stud-book anglo-arabe a enregistré une hausse de 6 % du nombre de saillies.

 

Le parc étalon évolue

Avec six étalons proposés à 15.000 € ou plus, le parc d'étalons français connaît une amélioration significative. Mais ces données statistiques ne doivent pas en occulter d'autres, qui apportent un éclairage complémentaire et différent.

Ainsi, entre 2009 et 2014, en France :

• le nombre d'étalons a baissé de 25 % (de 418 à 314),

• et le nombre de juments saillies a baissé de 10 % (de 8.160 à 7.300).

Du coup, puisque le nombre d'étalons a baissé beaucoup plus fortement que le nombre de juments, le nombre de juments saillies par étalon a en moyenne progressé. En 2009, le ratio " nombre de juments saillies/nombre d'étalons " était de 19,52. En 2014, il a été égal à 23,25. Donc plus de juments potentielles par étalon.