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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Grammaire marketing

Autres informations / 15.02.2015

Grammaire marketing

par Dominique Léger

Après la prospective de la filière équine à l'horizon 2030 (Jour de Galop du 28 janvier) voici les prémices du « plan marketing commun des courses ». Fort d'un passé marqué du sceau de l'authenticité – voire de la tradition, le tout et ses composantes affrontent la modernité. Il est rassurant que des dirigeants se préoccupent de l'avenir de leurs ouailles confrontées à la complexité du monde ; le font-ils avec suffisamment de pertinence et d'opportunisme ? La réponse à la question appelle quelques remarques. C'est une première victoire que galop et trot puissent enfin, après des décennies de querelles de clocher, envisager un avenir commun au-delà du partage sourcilleux de leur collecteur de ressources. Puisque la donne équine et équestre enregistre la sortie d'une période multiséculaire par effacement des Haras Nationaux ; puisque l'avenir est, plus que jamais, incertain – à la marge pour cette raison, plus fondamentalement par le jeu d'un faisceau de facteurs économiques, environnementaux, sociétaux, etc. ; puisque sonne, ça et là, l'heure d'un collectif d'intérêts privés sous tutelle allégée du public, ne faut-il pas élargir la focale ?... Par exemple, au passage, injecter les conclusions de ladite étude prospective dans les "keyfacts" du plan marketing commun des courses !

Mayeul Caire s'interroge, dans son édito du 12 février sur la pertinence de la proposition du groupe de travail. « Les courses sont le seul spectacle sportif associant homme et cheval, qui allie authenticité et modernité, riche d'émotions démultipliées par le pari » : définition ? positionnement ? promesse ? Ayant professionnellement participé naguère à des disputes infinies sur de telles subtilités, j'y mets mon grain de sel : c'est pleinement une définition... ou, dit autrement, un positionnement immuable ! Le seul mot qui pourrait en faire douter, c'est "modernité" mais la modernité ne fait qu'accompagner le temps : chaque époque a la sienne !

Elle n'est pas exempte de critique dans sa forme, cette définition. La fin de la phrase (« riche d'émotions démultipliées par le pari »), d'expression plutôt heureuse, apparaît comme proposition subordonnée relative ; or elle est proposition principale, évidemment explicative : ce n'est qu'en raison « d'émotions démultipliées par le pari » que « les courses sont le seul spectacle sportif associant homme et cheval »... Sinon, que diraient les autres sports équestres ? Bon, un communicant n'est pas forcément un grammairien... Revenons au marketing pour dire, avec Mayeul Caire que cette phrase est banale, qu'elle manque de tension, d'énergie, d'envie, qu'elle ne prépare pas suffisamment l'étape suivante : la rédaction d'une promesse distinctive « qui donne faim et soif »...

Tiens, à propos de promesse, en voici une fameuse en accroche de l'article Les haras du Kentucky ouvrent leurs portes au public (*), qui suit immédiatement l'édito directorial : « Les courses plus magiques que Disneyland »... Comme on dit en Bourgogne : « Bon appétit et grande soif ! »

(*) Hier l'annonce de la diffusion d'un spot pendant la finale Super Bowl, aujourd'hui cette information : ceci explique cela... Top marketing !